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Peut-on se rencontrer entre personnes vaccinées? Des experts répondent

Neuf personnes mangent à une table.

S'ils n'écartent pas l'idée, les experts ne l'envisagent pas à court terme.

Photo : Associated Press / Emilio Morenatti

Les autorités de la santé publique américaine avaient été les premières à jeter un pavé dans la mare en évoquant la possibilité pour les personnes vaccinées de se réunir en petits groupes.

Avec l’évolution de la vaccination au Canada, la question peut également se poser. C'est une option qui à terme n’est pas tout à fait à exclure, selon le Dr Wajid Ahmed, médecin hygiéniste de la région de Windsor-Essex.

Le principe général quand on vaccine tout le monde c’est que lorsque l’on a un bon vaccin, qui est efficace, il devrait permettre d’éviter toutes formes de transmission. La vaccination est déjà commencée dans différents endroits du monde, une bonne partie des États-Unis est déjà vaccinée, nous aussi nous nous rapprochons d’une bonne partie de la population, explique-t-il.

Si nous arrivons à ce niveau, nous soutiendrons assurément le fait que les personnes vaccinées n’auront peut-être pas à prendre des précautions, mais nous n’y sommes pas encore. Nous étudions encore les données.

Une citation de :Dr Wajid Ahmed, médecin hygiéniste de Windsor-Essex.

Les efforts de vaccination évoluent de manière disparate à travers le monde. On vaccine dans certains pays plus que dans d’autres.

En Israël par exemple, le rythme de la vaccination est tel que le port du masque en public n’est plus obligatoire depuis cette semaine.

Un médecin pose devant la caméra lors d'une entrevue.

Le Dr Wajid Ahmed pense que la décision d'autoriser des rencontres entre personnes vaccinées ne pourra se faire qu'après études des données.

Photo : Radio-Canada / Alex Brockman/CBC

Les regroupements entre personnes vaccinées sont cependant loin d’être envisageables au Canada. Ils n’interviendront, de l’avis du Dr Ahmed, qu’après l’étude de données concrètes qui indiquent que cela est faisable en toute sécurité.

Lorsque nous aurons suffisamment de données qui nous indiqueront que les personnes vaccinées peuvent se retrouver au même endroit en toute sécurité, alors nous feront probablement des recommandations, mais soyons clairs, ce n’est pas le cas en ce moment, précise-t-il.

Une approche potentiellement périlleuse

Pour le Dr Ahmed, la décision de permettre ce type de rassemblement ne sera, si elle devait intervenir un jour, pas du ressort des bureaux de santé locaux, mais du comité consultatif national de l'immunisation au Canada.

La Dre Valérie Sales, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital Markham-Stouffville, n'envisage pas d'assouplissement. Elle pense que la nature même de la troisième vague de la pandémie rend impossible l’octroi de privilèges aux personnes vaccinées.

C’est assez classique de voir, par exemple, le virus rentrer par quelqu’un qui est dans la cinquantaine ou la soixantaine, qui l’a attrapé, mais ne se rend pas compte encore, et le passer aux grands-parents et à leur époux qui vivent dans le même domicile.

Une citation de :Dre Valérie Sales

Mme Sales craint par ailleurs qu’un certain pourcentage des personnes vaccinées ne soient pas tout à fait protégées, et cela sans le savoir.

Un portrait de Dre Valérie Sales.

Dre Valérie Sales, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital de Markham-Stouffville.

Photo : Avec l'autorisation de Dre Valérie Sales

Les personnes qui ont été vaccinées, il y en a certaines qui vont être immunosupprimées et qui ne vont pas pouvoir avoir une bonne réponse immunitaire au vaccin même après leur seconde dose. Et donc, ces personnes demeurent à risque d’attraper la maladie, ajoute-t-elle.

Le Dr Santiago Perez Patrigeon, médecin des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Kingston, a un point de vue un peu plus nuancé.

Il n’est de prime abord pas opposé au principe de rencontres entre personnes ayant été vaccinées ou de privilèges dont pourraient bénéficier les personnes qui ont reçu le vaccin.

Le fait de promettre ce genre de droits pourrait inciter encore plus à la vaccination, ça aurait un double effet ce qui est très souhaitable, indique-t-il.

C’est ça le problème. Comment va-t-on réguler cette question? Comment on va confirmer ou pas que les gens ont effectivement reçu ce vaccin?

Une citation de :Dr Santiago Perez Patrigeon

Il s’interroge toutefois sur la faisabilité de la chose et sur les risques qui peuvent être liés à ce genre de mesures.

Il faut faire attention quand on généralise parce qu’il ne faut pas que tout le monde commence à se croire vacciné, à se croire protégé alors qu’ils n’ont qu’une seule dose par exemple ou alors ils n’ont pas du tout de vaccin et ils disent qu’ils sont vaccinés, précise-t-il.

Qu’en est-il du passeport vaccinal ?

Un outil dont il a souvent été question ces dernières semaines, c’est le passeport vaccinal. Autrement dit, l’idée que l’on pourrait accéder à certains lieux ou voyager dans certains endroits s’il l’on peut fournir une preuve de vaccination.

Là encore, le Dr Santiago Perez Patrigeon n’est pas opposé au principe, compte tenu du fait que cela existe déjà ailleurs.

Ce genre de mesures se font déjà depuis très longtemps. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Je suis tout à fait d’accord qu’avant de voyager on demande le vaccin. Pour cela on aurait besoin du vaccin, qu’on nous offre le vaccin. [...] À ce moment-là, les pays ou les provinces pourraient décider, nous n’accepterons que des gens qui ont accepté d’être vaccinés, explique-t-il.

C’est quelque chose qui se fait déjà. Il y a beaucoup de pays qui ne laissent pas rentrer des gens si on n’est pas vacciné contre la fièvre jaune, par exemple. [...] Surtout si on vient d’un pays où il y a la fièvre jaune.

Une citation de :Dr Santiago Perez Patrigeon

La Dre Sales pense que le passeport vaccinal pourrait exister entre les pays ou les provinces qui ont sensiblement les mêmes taux de vaccination.

Elle juge toutefois cela inenvisageable en l’état puisque, dit-elle, les situations sont tout à fait disparates à travers le monde, certains pays étant beaucoup plus avancés que d’autres en matière de vaccination.

Ne surtout pas baisser la garde

Quoi qu’il en soit, chacun des experts rappelle qu’il faut continuer à suivre les consignes de la santé publique qu’on soit vacciné ou non. Tous déconseillent les rencontres entre amis ou membres de la famille qui ne vivent pas sous le même toit.

Le Dr Santiago Perez Patrigeon conseille même une attitude aux personnes vaccinées qui permettrait, selon lui, d’éviter de croire que le vaccin résout tous les problèmes.

Un homme arborant un pull noir sourit en direction de l'appareil photo.

Le Dr Santiago Perez Patrigeon souhaite que les personnes vaccinées agissent comme si elles ne l'étaient pas.

Photo :  Santiago Perez Patrigeon

Les vaccins sont efficaces, certains à 80 %, certains à 95 %, certains à 70 %. Il faut toujours penser qu’on est dans la catégorie, justement le 30 % qui n’a pas marché ou le 10 % qui n’a pas marché. Ce n’est pas une vision pessimiste. C’est juste pour continuer à prendre les précautions nécessaires au cas où on n’est pas protégé à 100 %, indique-t-il.

Il ne souhaite absolument pas, en l’état actuelle des choses, la levée de quelque forme de restriction que ce soit.

Mme Sales conseille quant à elle de ne pas se regrouper. Elle précise néanmoins, pour les personnes qui sont malgré tout amenées à le faire, de respecter les règles édictées par la santé publique.

Si on se regroupe, à ce moment-là de se regrouper dehors en petit nombre, en portant des masques constamment, à distance, et faut pas manger ou boire parce que ça, ça voudrait dire évidemment d’enlever le masque, ajoute-t-elle.

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