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Analyse

Après le verdict à l'égard de Chauvin, les élus américains délibèrent toujours

Moins de 24 heures après le verdict de culpabilité à l'endroit de l'ex-policier Derek Chauvin, une enquête sur le service de police de Minneapolis est ouverte et des élus à Washington exigent des réformes contre la brutalité policière et les inégalités raciales.

Une murale avec le visage de George Floyd et portant l'inscription « I can't breathe. I want justice ».

La mort de George Floyd à Minneapolis en mai 2020 a provoqué une onde de choc partout dans le monde.

Photo : Emmanuel Dunand/AFP/Getty Images

Mardi après-midi, l'horaire de la Maison-Blanche a été chamboulé. Le président Biden a repoussé la visite virtuelle d’une entreprise de technologie verte de Caroline du Sud.

Son équipe a également reporté une séance d’informations pour les journalistes en vue du grand sommet sur le climat qui s’ouvrira jeudi.

Au 1600, avenue Pennsylvania, la priorité a été d’organiser la réaction au dossier le plus suivi aux États-Unis : le verdict dans le procès de l’ex-policier Derek Chauvin.

Après avoir passé un appel aux membres de la famille Floyd, le président Biden s’est adressé à la nation, en compagnie de la vice-présidente Kamala Harris.

Ce n’est pas assez, nous ne pouvons pas nous arrêter ici. Pour obtenir de vrais changements et des réformes, nous devons en faire davantage pour réduire les risques que des tragédies comme celles-ci se produisent de nouveau, a déclaré le président.

De grandes intentions, dont la mise en œuvre n’a pas été détaillée dans cette allocution.

La responsabilité au Congrès

Pour l'instant, l’administration fonde beaucoup d’espoirs sur une loi qui se trouve devant le Congrès et dont le nom ne pourrait être plus symbolique : le projet de loi George Floyd pour les actions policières.

Proposé par des élus démocrates, ce projet prévoit notamment l’interdiction au niveau fédéral de certaines techniques controversées, dont le chokehold, cette utilisation du genou sur le cou que le meurtre de George Floyd a rendu tristement célèbre.

La loi propose aussi la mise sur pied d’un registre national d’inconduites policières et la fin de protections contre des poursuites civiles dont disposent des policiers.

Puisque le gouvernement fédéral a un pouvoir limité sur les services de police locaux, le projet de loi démocrate prévoit ainsi rendre le financement fédéral que reçoivent nombre de ces corps policiers conditionnel à certaines réformes.

Ce projet adopté par la majorité démocrate à la Chambre des représentants en juin 2020 pourrait néanmoins faire face à des obstacles politiques au Sénat, où son sort n’a pas encore été déterminé.

Comme les sénateurs démocrates détiennent de justesse le contrôle de la Chambre haute, ils devront vraisemblablement apporter des modifications à la loi pour obtenir l’appui de suffisamment d’élus républicains et éviter les mesures d’obstruction.

Or, les sénateurs républicains, menés par Tim Scott, leur seul élu afro-américain, ont proposé leur propre projet de loi dans la foulée de la mort de George Floyd l’année dernière.

En septembre, le Bureau de recherche du Congrès, un service indépendant, notait que si les deux projets de loi avaient des points communs, comme l’interdiction de certaines techniques policières controversées, d’importantes différences existent. Bien qu’ils s’attaquent à des enjeux similaires, ils prennent souvent différentes approches, peut-on y lire.

Ainsi, selon le service de recherche, le projet démocrate tente d’imposer des réformes contre un financement fédéral, alors que le projet républicain préfère une approche non contraignante qui récompense les initiatives de services policiers locaux.

La capacité des élus à trouver un terrain d’entente pourrait s’avérer déterminante pour la survie de la loi.

Vers des actions unilatérales?

Au-delà du Congrès, l'administration américaine peut aussi agir à l’intérieur de ses champs de compétence.

Ainsi, au lendemain du verdict de culpabilité à l’égard de Derek Chauvin, le procureur général Merrick Garland a annoncé l’ouverture d’une enquête civile sur le service de police de Minneapolis, question de voir si des pratiques discriminatoires y sont systémiques.

Puis il y a les décrets présidentiels, que Joe Biden a utilisés dans les premiers jours de sa présidence à un rythme beaucoup plus élevé que ses prédécesseurs.

Des voix s’élèvent par exemple pour que le président appose sa signature sur un décret qui exigerait à différents corps policiers à travers le pays de rendre au gouvernement fédéral de l’équipement militaire qui leur a été transféré par le Pentagone ces dernières années.

Une demande à laquelle la Maison-Blanche n’a toujours pas répondu.

Dans un pays qui compte environ 18 000 services de police différents et où la Constitution octroie de grands pouvoirs aux États dans l’encadrement des forces de l’ordre, la réponse ne peut pas venir uniquement de la Maison-Blanche.

N’empêche, les attentes sont grandes à l’endroit de Joe Biden, qui a fait de la réconciliation et de la lutte contre les inégalités raciales un thème important de sa campagne.

Le président dispose peut-être d’un avantage pour mettre en oeuvre des changements : un climat social légèrement apaisé, un scénario qui aurait pu être tout autre si le verdict à Minneapolis n’avait pas été celui qu’a rendu le jury mardi.

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