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Desserte des banlieues : une « augmentation de capacité routière déguisée » selon QS

Autoroute Laurentienne à Québec.

Une voie réservée serait ajoutée sur l'autoroute Laurentienne entre la rue de la Faune et la rue de la Croix-Rouge.

Photo : Radio-Canada

Kassandra Nadeau-Lamarche

Avant même son annonce officielle, le plan de la CAQ pour assurer la desserte des banlieues de Québec trouve ses détracteurs. Plusieurs y voient une façon déguisée de favoriser ultimement l’usage de l’automobile.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement Legault planifie aménager 100 kilomètres de voies réservées sur les principaux axes autoroutiers de la région de Québec.

Dans la vision caquiste, les conducteurs de véhicules électriques et hybrides rechargeables, ainsi que les véhicules dans lesquels prennent place au moins deux personnes, pourraient avoir accès à ces voies réservées.

Projet déguisé

Selon le député de Jean-Lesage Sol Zanetti, il s'agit plus d'un projet d'élargissement d'autoroute que d'un projet de transport en commun. Québec solidaire, dénonce ce plan de 844 millions de dollars en affirmant qu’il permettra ultimement d’augmenter la capacité autoroutière et sera ainsi contre-productif.

Les voies supplémentaires seront réservées aux autobus seulement aux heures de pointe. En permettant aussi aux voitures hybrides et électriques de les emprunter, d’ici quelques années, l’effet sur la fluidité du transport en commun sera nul. On va se retrouver avec plus d’autos au centre-ville et un transport en commun qui n’est pas plus avantageux que la voiture , accuse-t-il.

Le député solidaire Sol Zanetti.

Le député Sol Zanetti estime que ce plan ne fera qu'encourager l'étalement urbain.

Photo : Radio-Canada

C'est une inquiétude que partage le directeur général du Conseil régional de l'environnement Alexandre Turgeon.

Notre réseau autoroutier est déjà surdimensionné. On n'a pas besoin d'investir des centaines de millions pour augmenter cette capacité routière là. […] Il faut l'utiliser à son plein potentiel.

Une citation de :Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement

Manque d'ambition

Le Conseil régional de l'environnement déplore aussi l'absence d'un plan de développement de desserte des banlieues incluant un mode de transport lourd comme le tramway. Il rappelle que le tracé vers Charlesbourg a déjà été étudié et pourrait facilement être lancé comme deuxième phase du réseau structurant.

L'argent d'Ottawa est là, il y a une volonté du fédéral pour les infrastructures lourdes. Je ne peux pas croire qu'on va dire qu'à Québec c'est fini les infrastructures lourdes, s'inquiète M. Turgeon.

Monsieur Turgeon donne toutefois le bénéfice du doute à la CAQ. C'est la première fois qu'on sent une volonté politique de faire autant pour des voies réservées. Je pense qu'il y a des ajouts intéressants notamment dans le réseau municipal.

Un homme en chemise à fines rayures blanches et bleues et portant des lunettes de vue à cadre noir parle au micro.

Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale

Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane

Le directeur général d’Accès Transport Viable, Étienne Grandmont juge aussi que le gouvernement voit juste dans la portion municipale du plan. Il y a des endroits où il n'y a pas de voies réservées et où ça peut être pertinent de le faire et ça peut se faire sans ajouter de la capacité routière .

M. Grandmont souhaiterait par ailleurs que le ministère des Transports se soumette lui-même à une évaluation d’impacts environnementaux pour ce projet, même s’il n’y est pas contraint.

Un trambus pour Lebourneuf?

De son côté, le chef de Démocratie Québec Jean Rousseau estime qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction. Mais il voudrait que la CAQ aille plus loin. Il suggère notamment la planification d'un tracé de trambus dans Lebourneuf.

Jean Rousseau, chef de Démocratie Québec

Jean Rousseau, chef de Démocratie Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

J'irais avec l'axe Robert-Bourassa en premier, pour rejoindre le pôle Lebourgneuf, le troisième pôle d'emploi dans la région de Québec. C'est comme ça qu'on va intéresser les gens au transport collectif, affirme-t-il.

Une « bonne nouvelle »

Pour la professeure et directrice du département de géographie de l’Université Laval Marie-Hélène Vandersmissen, ce plan représente la meilleure façon de plaire au plus grand nombre. Elle estime que la densité de la population dans les banlieues n'est pas suffisante pour justifier un plan plus élaboré.

Sans retirer des voies aux automobilistes, elle considère que le plan caquiste améliore l’attractivité du transport collectif.

C’est une bonne nouvelle pour les résidents de ces banlieues-là parce que ça va leur donner une alternative intéressante et concurrentielle en termes de temps de déplacement par rapport à l’auto solo. En principe, avec des voies réservées, il y a une certaine garantie, une certaine stabilité du déplacement , souligne-t-elle.

Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du département de géographie de l'Université Laval

100 kilomètres de voies réservées : une bonne nouvelle selon une experte

Photo : Radio-Canada

Elle met toutefois en doute le choix de permettre aux conducteurs de véhicules dits verts d’emprunter ces voies pendant les heures de pointe.

Si l’objectif est de diminuer la congestion et de rendre le transport collectif concurrentiel par rapport à l’automobile, on ne règle pas le problème. Ça demeure des véhicules qui utilisent l’autoroute.

Annonce retardée

Le ministre des Transports François Bonnardel, qui effectuait une annonce mercredi matin pour l’est de la province, a refusé de confirmer ou infirmer l’information obtenue par Radio-Canada.

La vice-première ministre et ministre responsable de la Capitale-Nationale Geneviève Guilbault s’est quant à elle contentée de réitérer que l’annonce se fera une fois les mesures sanitaires allégées.

On veut être capable de montrer aux gens exactement ce qu’on va leur proposer dans notre Capitale-Nationale. Bien que le Teams, le virtuel et compagnie aient de grandes vertus, ça a ses limites aussi. Pour savoir un peu où on s’en va avec cette annonce-là, je pense qu’effectivement ça vaut la peine d’être patient et d’attendre une annonce en personne.

Avec des informations d'Olivier Lemieux et de Bruno Savard

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