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Analyse

40 leaders réunis par Joe Biden pour accélérer l’action sur le climat

Le président américain a fait de la lutte contre les changements climatiques une priorité. Mais est-ce assez pour donner le coup de barre nécessaire prescrit par la science?

Des pancartes à l'effigie de dirigeants politiques sur lesquelles sont inscrits des slogans.

Une manifestation sur le climat devant la Maison-Blanche, à Washington, invitant les leaders, dont Justin Trudeau et Joe Biden, à en faire plus pour la planète.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

WASHINGTON DC - En plus de 25 ans de négociations internationales sur le climat, le gouvernement américain n’a jamais été l’hôte d’un sommet de haut niveau sur cet enjeu.

En invitant personnellement les dirigeants des 40 pays les plus pollueurs de la planète à se réunir à l’occasion du Jour de la Terre, Joe Biden entend montrer au monde entier que les États-Unis sont de retour dans le grand train climatique. Mieux encore : le président américain souhaite même conduire la locomotive de tête.

Il n’aura fallu que quelques heures après son assermentation pour qu’il pose un premier geste symbolique en ce sens. Dans l’après-midi du 20 janvier dernier, la bible sur laquelle il a prêté serment était à peine déposée qu’il envoyait une lettre aux Nations unies, annonçant le retour des Américains dans l’Accord de Paris sur le climat.

Donald Trump avait répudié cette entente signée par tous les pays du monde, faisant des États-Unis le seul pays de la planète à aller dans ce sens.

Un test

Pour Joe Biden, ce sommet des 40 leaders est un peu un test vis-à-vis de ses pairs. Car au niveau international, l’histoire des États-Unis en matière climatique est beaucoup celle d’un échec :

  • en 1997, Bill Clinton signe le protocole de Kyoto, sitôt abandonné par l’administration Bush;
  • en 2009, Barack Obama promet une entente internationale sur le climat à Copenhague, un exercice qui se conclut sur un texte presque vide qui tient à peine sur trois pages;
  • en 2015, le même Obama met tout son poids pour assurer le succès de l’Accord de Paris, aussitôt rejeté par Donald Trump dès son arrivée.
Joe Biden parle devant un micro.

Le démocrate Joe Biden, lors d'un événement de campagne sur les changements climatiques, en septembre dernier.

Photo : Reuters / Leah Millis

Bien entendu, l’action climatique aux États-Unis ne se résume pas seulement par les gestes posés par Washington. Les États et les villes jouent un rôle très important dans la réduction des émissions de GES. Mais les actions de Washington peuvent changer la donne. Et comme Joe Biden a fait de la question climatique une des priorités de sa présidence, il veut montrer qu’il mène le convoi.

C’est pourquoi il profitera de ce sommet pour dévoiler la nouvelle cible américaine : on s’attend à ce qu’il annonce une réduction des émissions d’au moins 50 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

Raviver l’Accord de Paris

Avec cette annonce, Joe Biden souhaite surtout inciter les autres grands émetteurs à suivre son exemple. Il veut rompre avec la dynamique néfaste du passé : face à la timidité légendaire des Américains – les plus grands pollueurs de l’histoire – pour l’action climatique, les autres grands pays n'ont jamais senti le besoin d’en faire davantage.

Il espère ainsi raviver l’Accord de Paris sur le climat, que la crise de la COVID-19 a éclipsé depuis un an.

Signée en 2015, l’entente fonctionne encore au ralenti. Les 197 pays signataires ne se sont toujours pas entendus complètement sur les mécanismes qui mèneront à respecter l’engagement le plus important de l’accord : limiter la hausse des températures à 2 degrés Celsius, idéalement à 1,5 degré Celsius.

John Kerry marche devant une affiche de la COP21.

John Kerry a été nommé par Joe Biden envoyé spécial chargé de la lutte contre le réchauffement climatique. Lors de la COP21 à Paris, il y était à titre de secrétaire d'État des États-Unis.

Photo : Reuters

Les négociations devaient être finalisées à la conférence des Nations unies sur le climat, la COP26, en novembre dernier, à Glasgow. Mais la rencontre a été reportée à novembre 2021 en raison de la pandémie.

À huit mois de cette conférence, Joe Biden veut donc inciter les grands pays pollueurs à s'engager pour que la COP26 soit un succès. (Voir plus bas)

En faire dix fois plus

La tâche à accomplir est titanesque. Les cibles de réduction proposées actuellement par les pays signataires de l’accord sont largement insuffisantes pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Rappelons que les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estiment que si on veut limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius, ce qui est l’objectif de l’accord, il faudra une réduction des émissions mondiales de 45 % d’ici 2030.

Or, une étude parue en mars dernier dans la revue Nature Climate Change, menée par l’équipe de la climatologue québécoise Corinne Le Quéré, de l’Université East Anglia au Royaume-Uni, montre qu’il y a très loin de la coupe aux lèvres : les efforts actuels des pays ne représentent qu’à peine 10 % des réductions nécessaires pour atteindre la cible de l’accord.

Les grands émetteurs de la planète doivent en faire dix fois plus.

C’est la raison pour laquelle plusieurs environnementalistes, comme la directrice de Greenpeace International, Jennifer Morgan, pensent que Joe Biden doit être encore plus audacieux en s’engageant pour une réduction de 70 % des émissions américaines d’ici 2030.

Rebond post-pandémie

Les choses se présentent pourtant très mal pour le début de la décennie, la tendance risque d’aller dans le sens contraire.

Selon une analyse de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publiée mardi, (Nouvelle fenêtre) les émissions de GES pourraient exploser cette année, tandis que la planète émerge de la pandémie et que les économies commencent à se remettre sur pied.

Selon les prévisions de l'agence, les émissions augmenteront de 5 % en 2021. Il s'agirait de la deuxième plus grande augmentation annuelle des émissions depuis 2010, dans la foulée de la crise financière mondiale de 2008-2009.

Pression morale

En invitant les grands pollueurs à s'engager, Joe Biden fait usage sans le dire d’un des principes de l’Accord de Paris : la pression morale.

Comme l’entente n’est pas légalement contraignante, les architectes de l’accord l’ont conçue pour que les pays soient incités à se comparer les uns aux autres.

En mettant la barre plus haut, Biden exerce sans le dire une pression morale sur les autres grands émetteurs. La stratégie semble porter ses fruits.

Un avion au centre d'une traînée blanche dans le ciel.

L'aviation civile compte pour environ 2 % des émissions mondiales de GES.

Photo : Reuters / David Gray

Mercredi, les 27 pays de l’Union européenne se sont engagés à réduire leurs émissions d'au moins 55 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. C’est un énorme morceau, considérant que l’Union européenne est, dans son entité, le troisième plus grand émetteur de GES de la planète.

Il y a quelques jours, en prévision du sommet, le Royaume-Uni a annoncé une bonification de sa cible, déjà la plus élevée des pays industrialisés. Londres s’était déjà engagé à réduire les émissions de GES de 68 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Boris Johnson promet aujourd’hui une réduction de 78 % d’ici 2035, en bonne voie vers la carboneutralité en 2050.

C’est une bonne nouvelle pour la tenue de la COP26 à Glasgow en novembre, qui sera menée par le Royaume-Uni.

Mais c’est surtout vers la Chine que les yeux sont tournés. Elle représente à elle seule près du tiers des émissions mondiales. Malgré un froid certain dans les relations entre Pékin et Washington depuis quelques années, les deux pays ont signé une déclaration commune il y a quelques jours, dans laquelle ils s’engagent à collaborer de près, sur des points très précis, pour réduire les émissions de GES.

Selon un représentant de haut niveau de l’administration Biden qui s’est exprimé dans une séance technique mercredi matin, la Chine et les États-Unis sont peut-être en désaccord sur de nombreux enjeux, mais ils sont sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la crise climatique.

Sans ce tandem, qui représente presque la moitié des émissions mondiales, la lutte contre les changements climatiques est vouée à l’échec.

Le Canada

La stratégie de Biden met aussi de la pression sur le Canada. Au cours des deux dernières années, Justin Trudeau avait beau jeu de dire qu’il en faisait plus que Donald Trump. Mais la donne a changé.

C’est ainsi que le gouvernement canadien annoncera une nouvelle cible de réduction des émissions à l’occasion du sommet de Joe Biden. Ce sera la première nouvelle cible des libéraux de Justin Trudeau. Car depuis leur arrivée au pouvoir en 2015, ils avaient gardé l’ancienne cible fixée par le gouvernement Harper.

La nouvelle cible canadienne devrait tourner autour d’une réduction de 40 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Un engagement qui risque de décevoir les environnementalistes, qui réclament du Canada qu’il soit plus en phase avec ce que prescrit la science et qu’il en fasse, au minimum, au moins autant que les États-Unis.

Le défi de sortir des énergies fossiles

Le sommet organisé par Joe Biden abordera la question complexe des énergies fossiles. Le charbon, le pétrole et, de plus en plus, le gaz naturel sont la cause de la croissance des émissions de gaz à effet de serre. Toutes les économies industrialisées en dépendent fortement.

C’est pourquoi la rencontre organisée par le président américain fera une place importante aux aspects économiques des changements climatiques.

Des puits de pétrole au crépuscule.

En octobre 2019, une étude du chercheur Richard Heede révélait que le tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) provenaient de 20 géants du pétrole.

Photo : Reuters / Nick Oxford

Comment mettre fin aux subventions à l’industrie des énergies fossiles? Comment s’assurer une transition énergétique juste en faisant en sorte que les travailleurs des secteurs polluants puissent continuer à travailler afin de faire vivre dignement leur famille?

Comment inciter les fonds d’investissement, les fonds de pension ou les institutions financières à réorienter leurs billes financières vers les secteurs faibles en carbone?

Comment donner une impulsion à l’innovation? Comment financer les solutions fondées sur la nature pour faire face aux sécheresses, aux inondations ou aux feux de forêt?

Ce ne sont pas des questions nouvelles, elles sont posées depuis longtemps. Mais c’est la première fois que le dirigeant d’une des plus grandes puissances du monde convie les pays responsables du problème à y répondre.

Le président Biden aura en main le plan de relance économique qu'il propose aux Américains. Un plan qui prévoit des investissements de 2000 milliards de dollars américains qui seront consacrés en très bonne partie à des secteurs qui permettront de réduire les émissions de GES.

Certes, les changements nécessaires pour y arriver vont bouleverser le mode de vie des habitants des pays riches de la planète. Mais à terme, tout le monde sortira gagnant de la modernisation des structures économiques.

De l’air plus propre, des milieux de travail moins pollués, des universités mieux financées, des espaces plus verts et, surtout, la fierté de faire partie de la solution.

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