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La police de Québec a-t-elle négligé de le secourir?

Un homme debout avec une casquette

Bob Welch lors de son entrevue avec Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Un homme de 49 ans, qui a été séquestré et violemment battu à son domicile de Beauport, affirme que la police de Québec a négligé de le secourir lors de son agression. Le Commissaire à la déontologie policière vient d’ouvrir une enquête à ce sujet.

L’événement s’est produit il y a un peu plus d’un an, le 22 janvier 2020. J’étais sûr que c’était ma fin, résume Bob Welch au sujet de cette soirée, dont il garde encore aujourd’hui des séquelles évidentes.

J'ai des doubles fractures de chaque côté de la mâchoire, avec des plaques métalliques. J'ai subi deux opérations, raconte-t-il. Il souffre aussi d’un syndrome de stress post-traumatique.

M. Welch a été attaqué par un homme et une femme qu’il hébergeait à son appartement du boulevard Sainte-Anne. Encore aujourd’hui, il dit ne pas savoir quelle mouche les a piqués, puisqu’il considérait l’homme comme un ami.

Je ne sais pas s'ils ont consommé quelque chose à mon insu chez moi [...] ou si c'était une question d’argent.

Une citation de :Bob Welch
Un homme au visage tuméfié

Bob Welch a subi de graves blessures lors de son agression, le 22 janvier 2020.

Photo : Bob Welch

Ses deux agresseurs font actuellement face à plusieurs chefs d’accusation, dont voies de fait, séquestration et vol qualifié. Leur procès doit s’ouvrir le 20 septembre prochain au palais de justice de Québec.

Mais pour M. Welch, une question demeure entière : pourquoi le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ne l’a-t-il pas secouru? Le mystère demeure entier puisque des policiers se seraient bel et bien rendus sur place à la suite d’un appel au 911.

Nu, dehors, en plein hiver

M. Welch raconte que sa séquestration a commencé en début de soirée. Ses assaillants lui auraient d’abord versé de l’eau de Javel sur la tête, avant de lui ordonner de se mettre complètement nu dans la baignoire remplie d’eau.

Le but, c'était pour pas que je me sauve pendant qu'ils fouillaient mon appartement, dit-il.

Ils ont rapproché une rallonge électrique, ils ont pluggé le séchoir dedans. C'était sur le bord du bain. Ils m'ont dit si tu sors du bain, on t'électrocute.

Une citation de :Bob Welch
Une salle de bain en désordre

Bob Welch aurait été tenu de rester nu dans cette baignoire, sous menace d'être électrocuté.

Photo : Bob Welch

Vers 20 h, M. Welch dit être parvenu à sortir du bain puis à quitter l’appartement en empruntant la sortie de secours, qui donne sur la cour arrière. Il a aussitôt été rattrapé par ses agresseurs.

Je me suis débattu pendant cinq minutes, tout nu, dans la neige, en sang, et je criais pour ma vie. Je hurlais pour ma vie.

Une citation de :Bob Welch

L'immeuble où je demeurais avait trois étages, avec plusieurs appartements. À 20 h le soir, je me suis dit : "C'est impossible que quelqu'un ne m'entende pas." Il a été ramené de force dans l’appartement et battu à nouveau.

Un immeuble d'appartements du boulevard Sainte-Anne à Québec

L'appartement où a eu lieu l'agression est situé dans cet immeuble du boulevard Sainte-Anne, à Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Je me disais, je ne peux pas croire que la police ne vienne pas. Je ne peux pas croire! Ça ne se peut pas que personne ne m'ait entendu hurler. Mais pourtant, il n'y a jamais personne qui est venu à mon secours.

Appel 911

Selon nos informations, un voisin a bel et bien téléphoné au 911. L’heure précise de l’appel demeure inconnue.

Un témoin confirme aussi à Radio-Canada que des policiers se sont présentés dans la cour de M. Welch ce soir-là, mais qu’ils sont repartis rapidement, sans jamais sortir de leur autopatrouille.

M. Welch est catégorique : si les policiers avaient quitté leur véhicule et fait le tour de l’immeuble, ils n’auraient pas pu ignorer les signes de l’agression.

S'ils avaient avancé un peu, sur le coin de l'immeuble, où la porte de sortie de secours de ma chambre, il y avait du sang partout [...] C'était très facile à voir, illustre-t-il. Selon lui, ses droits fondamentaux ont été violés.

C'est inconcevable qu'un système de police ne vienne pas au secours de quelqu'un. Ce n'était pas compliqué, c'était devant eux.

Une citation de :Bob Welch

Le SPVQ a décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada.

Étant donné que l’événement est sous enquête par la Déontologie policière, le SPVQ ne pourra y donner suite et n’émettra aucun commentaire à ce sujet, a déclaré le porte-parole Pierre Poirier dans un courriel.

Que disait l’appel?

Radio-Canada n’a pas pu prendre connaissance du contenu des appels faits au 911 concernant cet événement. M. Welch n’y a pas eu droit non plus. Le SPVQ a refusé sa demande d’accès à l’information, car ce n'est pas lui qui a fait l'appel au 911.

Pour François Doré, policier retraité de la Sûreté du Québec, il s’agit d’un élément extrêmement important pour déterminer si les policiers ont commis une faute déontologique dans ce dossier.

À la base, je pense qu'il faut savoir quel est l'appel initial au 911. Qu'est-ce qui a été dit? Est-ce qu'on localisait l'endroit précisément? Est-ce qu'on donnait une description plus précise de ce qui se passait?

Une citation de :François Doré, policier retraité de la Sûreté du Québec
François Doré, policier retraité de la Sûreté du Québec

François Doré, policier retraité de la Sûreté du Québec

Photo : Radio-Canada

Les informations transmises par les répartiteurs d’urgence aux policiers sont également à prendre en considération, selon M. Doré.

Savaient-ils qui avait appelé? Est-ce qu'ils auraient pu aller voir le plaignant dans un premier temps pour faire préciser certains points? Est-ce que c'était complet? illustre-t-il.

Rapport d’enquête à venir

Le Commissaire à la déontologie policière ne peut pas commenter le dossier de M. Welch. De façon générale, cependant, le rapport d’enquête doit être produit à l’intérieur de six mois.

Par la suite, le Commissaire pourrait décider de déposer des citations à comparaître contre les policiers visés. Il pourrait aussi rejeter la plainte si la preuve n’est pas suffisante.

À savoir quelle sanction pourrait s’appliquer à un policier qui aurait négligé de secourir un citoyen en danger, la secrétaire générale du Commissaire, Marie-Ève Bilodeau, ne peut répondre précisément.

Les faits particuliers de chaque dossier sont très importants. Si le policier visé a déjà des antécédents déontologiques, la sanction sera plus lourde, etc.

Une citation de :Marie-Ève Bilodeau, secrétaire générale du Commissaire à la déontologie policière

De manière générale, toutefois, le Comité de déontologie policière peut imposer des suspensions sans salaire allant de 1 jour à un maximum de 60 jours, dit Mme Bilodeau.

Dans des cas très graves, si le lien de confiance entre la population et ce policier est brisé, l’agent peut alors être destitué.

La justice

Au terme de sa soirée de cauchemar, lorsque ses agresseurs ont fui les lieux avec plusieurs de ses biens personnels, y compris son cellulaire, Bob Welch a trouvé refuge dans un motel voisin.

Un appartement en désordre

L'appartement de Bob Welch a été laissé sens dessus dessous après son agression.

Photo : Bob Welch

En voyant son état, une employée a appelé les secours. M. Welch confirme qu’à ce moment, vers 22 h selon ses souvenirs, il a été pris en charge par des ambulanciers et des policiers.

Mais il n’en démord pas : cette intervention aurait dû avoir lieu plus tôt, alors qu’il était encore séquestré et que ses agresseurs étaient toujours sur place.

Avec sa démarche en déontologie judiciaire, M. Welch n’espère qu’une chose : la justice. Je vais vous dire, l'année que ça m'a fait vivre, c'est pire que l'agression, je pense, au point de vue psychologique.

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