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Démystifier les thromboses liées aux vaccins contre la COVID-19

Le saviez-vous? Le risque de thrombose associé à la pilule anticonceptionnelle, d'un usage répandu, surpasse de loin celui posé par le vaccin AstraZeneca.

Illustration d'une thromboses.

Le Dr Marc Carrier nous explique ce que sont les thromboses et leur lien avec le vaccin d’AstraZeneca.

Photo : iStock

Les cas de thromboses associés aux vaccins d’AstraZeneca font beaucoup jaser et causent bien des inquiétudes dans la population. Mais s’inquiète-t-on outre mesure?

C’est une petite complication qui est extrêmement rare, mais qui est quand même importante, les gens doivent être au courant, soutient le Dr Marc Carrier, chef de la division d'hématologie de l'Hôpital d'Ottawa.

Santé Canada a d'ailleurs approuvé le vaccin d’AstraZeneca (Nouvelle fenêtre) pour les 18 ans et plus, tout en rappelant qu'il existe bel et bien un risque rare de caillots sanguins avec un faible taux de plaquettes.

Le vaccin de Johnson & Johnson, approuvé lui aussi par le Canada, pose un problème similaire, mais théorique ici, puisqu'aucune dose n'a encore été livrée au pays.

Mais de l'avis général, les bienfaits du vaccin continuent de l’emporter sur les risques, indiquent tant Santé Canada que l’Agence européenne des médicaments, l’Institut national de la Santé publique du Québec et le ministère de la Santé de l’Ontario.

C'est aussi ce que pense le Dr Carrier, qui est également secrétaire de Thrombose Canada. Car les risques associés à la vaccination sont clairement beaucoup moins élevés que ceux associés aux complications liées à la COVID-19. Si on est hospitalisé avec la COVID-19, le risque de thrombose passe de 10 % à 40 %, dépendamment des études qu'on lit.

Il rappelle en outre que les risques de thromboses sont encore plus élevés avec des produits couramment utilisés, comme la pilule contraceptive ou les traitements hormonaux de la ménopause.

On prend la pilule anticonceptionnelle et on accepte un risque de 1 sur 1000. Là, on parle d'un risque sur 100 000 ou même de 1 par 250 000, dépendamment des études et des différents groupes d'âge, et on fait plus de vagues. Il faut mettre ça en perspective.

Une citation de :Dr Marc Carrier, Hôpital d'Ottawa

Quels sont les risques de thrombose?

  • Avec le vaccin d’AstraZeneca : 4 sur 1 million (0,0004 %);

  • avec la pilule contraceptive : 900 sur 1 million (0,09 %);

  • pour le Canadien moyen : 1290 sur 1 million (0,13 %);

  • pour une personne hospitalisée en raison de la COVID-19 : 147 000 sur 1 million (14,7 %)

Source : Thrombose Canada

Il faut noter par ailleurs qu’une personne infectée par la COVID-19, mais qui ne requiert pas d’hospitalisation, a 1 % de chance de développer une thrombose en raison de la maladie, ce qui est beaucoup plus élevé que le risque de développer un caillot après avoir reçu le vaccin d’AstraZeneca ou de Johnson & Johnson.

Et comme le souligne le Dr Carrier, la COVID-19 peut causer non seulement des thromboses, mais aussi une panoplie de complications pulmonaires et cérébrales.

Les caillots, c'est juste une petite partie des problèmes de la COVID-19. Si on prend ça de façon globale, c’est sûr que la vaccination est le meilleur risque-bénéfice.

Une citation de :Dr Marc Carrier, Hôpital d'Ottawa

Rappelons que la COVID-19 a tué plus de 15 000 Canadiens et qu’environ 1 Canadien sur 100 qui est infecté sera hospitalisé.

Dans nos hôpitaux en ce moment, on a tellement de jeunes qui sont très malades aux soins intensifs. Il n’y a pas de doute que la vaccination en vaut la peine, affirme le Dr Carrier.

Les risques de thrombose au quotidien

Selon Thrombose Canada, chaque année, environ 100 000 Canadiens subissent une thrombose et 10 000 en meurent. En comparaison, en date du 20 avril 2021, seulement trois cas de thrombose ont été signalés au Canada sur les plus de 10 millions de doses administrées au pays, tous vaccins confondus.

Qu’est-ce qui augmente les risques de thrombose?

  • Hospitalisation ou chirurgie

  • Cancer

  • Immobilisation

  • Âge (60 ans et plus)

  • Génétique

  • Utilisation de médicaments à base d’estrogène (ex. : pilule contraceptive)

  • Grossesse

La majorité des thromboses (60 %) surviennent après une hospitalisation. En fait, le risque de développer une thrombose est 5 % plus élevé pour une personne hospitalisée et 20 % plus élevé pour une personne admise aux soins intensifs.

De plus, les thromboses sont la deuxième cause de décès chez les personnes atteintes de cancer.

Pourquoi a-t-on autant parlé de cette complication?

Marc Carrier devant un micro dans le studio de Sur le vif à Ottawa.

Le Dr Marc Carrier, hématologue à l’Hôpital d’Ottawa et porte-parole pour Thrombose Canada

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chevrier

Le Dr Carrier explique que le type de caillot causé par le vaccin d’AstraZeneca a une pathophysiologie différente, c'est-à-dire un mécanisme différent.

Il s’agit d’une réaction immunitaire. Les personnes vaccinées développent des anticorps contre la COVID-19, mais certaines vont aussi développer un anticorps qui va se lier aux plaquettes, une cellule qui est importante dans la formation de caillot. Et ça, ça va stimuler ces plaquettes à produire un caillot, explique-t-il.

S’il est beaucoup plus rare, ce type de caillot est aussi une complication connue de l’utilisation de l'héparine, un médicament anticoagulant, ajoute le Dr Carrier.

De plus, les caillots observés après la vaccination étaient dans des endroits inhabituels (abdomen, cerveau, etc.). C’est ce qui a poussé les différentes agences de santé à suspendre temporairement l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. C’est un effet secondaire qui n'était pas attendu qui a été beaucoup médiatisé, dit le Dr Carrier. Cela a apporté beaucoup d’inquiétudes.

Il croit qu’il était sage d’avoir fait une courte pause le temps de réanalyser les données. Mais celles-ci ont confirmé que s’il existe un risque, il est minime. Il rappelle aussi qu’on n’a jamais fait une campagne de vaccination à si grande échelle et qu’il est normal de voir certains effets secondaires.

Par exemple, on s’est rendu compte que la grande majorité des gens vaccinés au début en Europe étaient des jeunes femmes parce qu'elles font souvent les soins de première ligne. Donc, c'est peut-être pour ça qu'on a vu les premiers cas [de thrombose] se déclarer chez les jeunes femmes en Europe.

Plus de risque pour les femmes ou ceux qui ont déjà eu des caillots?

Boîte de contraceptifs Alysena 28 et comprimés.

Les contraceptifs oraux sont associés à un risque accru de thrombose.

Photo : Radio-Canada / Camille Bourdeau

Généralement, une femme sur 10 000 est à risque de développer une thrombose; ce risque est quatre fois plus élevé pour une femme qui utilise des méthodes de contraception.

Malgré cela, le Dr Carrier précise qu’une femme qui prend la pilule contraceptive n’est pas plus à risque de thrombose si elle prend le vaccin d’AstraZeneca ou de Johnson & Johnson. Il est très peu probable qu'il y ait un risque additionnel de prendre des contraceptifs hormonaux et d’être vaccinée, ajoute-t-il.

D’ailleurs, plusieurs médecins sur les réseaux sociaux ont déploré le fait qu’une rumeur conseille aux femmes de ne pas prendre leur pilule contraceptive avant le vaccin. Il n’y a aucune preuve pour conseiller ça!, prévient sur Twitter la Dre Leslea Walters, gynécologue à la clinique Millenium à Winnipeg.

Le Dr Carrier et la Dre Walters répètent que le mécanisme qui cause des caillots sanguins en lien avec les pilules contraceptives ou un caillot formé à la suite d’une chirurgie est complètement différent de ce qui pourrait se produire après la vaccination.

C’est pourquoi Thrombose Canada et Santé Canada rappellent aussi aux Canadiens qui ont déjà eu un caillot sanguin, ceux dont le sang a tendance à coaguler et ceux prenant des anticoagulants, qu’il est sécuritaire de prendre le vaccin d’AstraZeneca. Puisque la COVID-19 provoque souvent des caillots sanguins, le vaccin vous fournira en fait une protection contre le développement d'un autre caillot sanguin, précise Thrombose Canada.

Le Dr Carrier comprend que les gens se posent beaucoup de questions quant aux risques de thromboses causées par la vaccination, mais qu’il faut simplement prendre le temps de montrer la balance des risques et des bénéfices.

Il ajoute que les médecins doivent répondre aux inquiétudes de leurs patients, mettre les risques en perspective et bien les expliquer, comme ils le feraient avec n’importe quelle autre procédure médicale.

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