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Le Tchad hérite d'un président de 37 ans et d'un gouvernement de junte militaire

L'homme, portant un uniforme de l'armée, se tient debout les bras croisés.

Mahamat Idriss Déby, qui était le général à la tête des Gardes républicains du Tchad, succède à son père et devient président du pays.

Photo : afp via getty images / Marco Longari

Agence France-Presse

Les 16 millions de Tchadiens qui vivaient depuis 30 ans sous la férule du président Idriss Déby Itno, qui, à peine réélu, a été tué, héritent d'une junte militaire dirigée par son fils inexpérimenté qui détient tous les pouvoirs.

Mahamat Idriss Déby, jeune général de corps d'armée de 37 ans, a dissous l'Assemblée nationale et le gouvernement.

Il occupe les fonctions de président de la République, de chef de l'État et de chef suprême des armées, selon la charte de transition, publiée mercredi. Il nomme et révoque les membres du gouvernement de transition et désigne les membres du Conseil national de transition, responsable de la fonction législative, poursuit-elle.

Un Conseil militaire de transition (CMT) a été mis en place, composé de 15 généraux connus pour être dans le cercle des plus fidèles d’Idriss Déby Itno. Ce CMT a juré que de nouvelles institutions verraient le jour après des élections libres et démocratiques dans un an et demi.

À N'Djamena, la vie reprenait mercredi timidement son cours normal. Les banques, les marchés et la plupart des commerces étaient ouverts. Devant les ministères, où les drapeaux sont en berne, des fonctionnaires échangeaient sur les lendemains incertains.

Les rebelles, qui mènent depuis dix jours une offensive depuis la Libye contre le régime tchadien, ont promis de marcher sur N'Djamena et rejeté catégoriquement ce conseil militaire. Nous comptons poursuivre l'offensive, a assuré mardi Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT).

Avec la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, les Occidentaux, Paris en tête, perdent leur plus solide allié contre les djihadistes dans la région sahélienne, tourmentée, où l'ancienne colonie française faisait jusqu'ici figure d'îlot de relative stabilité.

Depuis son arrivée au pouvoir par les armes en 1990, avec l'aide de Paris, Idriss Déby a toujours pu compter sur son allié français, qui a installé à N'Djamena le quartier général de sa force antidjihadiste au Sahel.

La position de la France sur la transition militaire est donc particulièrement scrutée. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a appelé mardi à une transition militaire d'une durée limitée qui conduise à un gouvernement civil et inclusif.

Les obsèques nationales d'Idriss Déby Itno auront lieu vendredi à N'Djamena, en présence du chef de l'État français, Emmanuel Macron.

La transition annoncée doit être limitée, se dérouler de manière pacifique, dans le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et permettre l'organisation de nouvelles élections inclusives, a également averti dans un communiqué le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

D'autant que la période de transition peut être prorogée une fois, selon la nouvelle charte.

Coup d’État institutionnel

Pour de nombreux opposants qui ont toujours été réprimés par le régime d'Idriss Déby, cette prise de pouvoir n'est rien d'autre qu'un coup d'État institutionnel.

Une trentaine de partis d'opposition tchadiens ont dénoncé la situation mercredi et ont appelé à l'instauration d'une transition dirigée par les civils [...] à travers un dialogue inclusif.

L'opposition a aussi demandé à ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le CMT, notamment la charte de la transition et le couvre-feu.

Mahamat Idriss Déby est beaucoup trop jeune et n'est pas spécialement aimé par les autres officiers, selon Roland Marchal, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.

La toute puissante Direction générale des services de sécurité des institutions de l'État (DGSSIE), jusqu'alors dirigée par Mahamat Idriss Déby, risque de se diviser. Ils vont régler leurs problèmes, comme ils l'ont fait dans le passé, par des tentatives d'éliminations physiques, avec donc l'implication de violences armées dans la capitale, poursuit-il.

Les menaces pèsent donc de toutes parts sur le nouvel homme fort du régime. Un Zaghawa, comme son père. Un militaire de carrière, comme son père. Jeune, certes. Mais Idriss Déby était lui-même arrivé au pouvoir à 38 ans, à la tête d'une rébellion. Le fils prend les rênes du pays à 37 ans.

Les frontières du Tchad, fermées mardi, ont été rouvertes mercredi, et le couvre-feu initialement en vigueur de 18 h à 5 h a été allégé de 20 h à 5 h.

Une mort trouble

Si les circonstances du décès d'Idriss Déby restent troubles, l'armée assure qu'il est mort au combat, alors qu'il dirigeait les combats dans le Nord, à plus de 300 km de N'Djamena, contre la coalition de rebelles du FACT.

Lundi, l'armée assurait les avoir écrasés, mais des rumeurs persistantes avaient filtré sur de violents combats laissant de nombreux morts et blessés de part et d'autre. L'armée n'avait reconnu que cinq tués dans ses rangs et affirmé avoir tué plus de 300 ennemis.

Dans le massif du Tibesti, frontalier avec la Libye, mais aussi dans le Nord-Est qui borde le Soudan, des rebelles tchadiens affrontent régulièrement l'armée depuis leurs bases arrières dans ces pays.

En février 2019, venus de Libye pour tenter de renverser le régime, ils avaient été stoppés par des bombardements d'avions de combat français sur la demande de N'Djamena.

En février 2008, une attaque rebelle avait déjà atteint les portes du palais présidentiel avant d'être repoussée, là aussi grâce au soutien militaire de Paris.

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