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Caraquet n’est pas assez transparente, selon un ancien conseiller municipal

Michel Boucher a siégé au conseil d’administration d’AcadieNor et affirme qu’on l'a mis à la porte parce qu’il posait trop de questions.

L'enseigne devant les bureaux d'AcadieNor.

L'ancien conseiller Michel Boucher affirme qu’on l'a mis à la porte de l'organisme AcadieNor parce qu’il posait trop de questions.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Michel Boucher a été conseiller municipal de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, de 2012 à 2016. Il dit qu'en tant qu'élu, il s’intéressait aux dépenses de l'organisme AcadieNor et que cette tâche n’a pas été facile.

Quand nous étions dans les réunions, on n’avait pas accès aux rapports financiers et on ne pouvait pas sortir du bâtiment avec des documents en mains, raconte l’ancien élu.

Il ajoute, c’était un peu difficile parce qu’on savait qu’il y avait quelque chose qui se passait en arrière de tout ça.

Tout était caché en réalité. Il n’y avait pas de transparence.

Une citation de :Michel Boucher
Michel Boucher en entrevue devant les bureaux d'AcadieNor.

Michel Boucher est un ancien conseiller municipal de Caraquet.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Michel Boucher raconte qu’il y a plus de cinq ans, le maire Kevin Haché lui aurait demandé de quitter le conseil d'administration d’AcadieNor. Selon lui, c’est parce que ses questions étaient trop dérangeantes. AcadieNor, je surveillais ça de près. Ils savaient que je surveillais de près.

J’étais un petit peu dérangeant en réalité.

Une citation de :Michel Boucher

Michel Boucher raconte qu’il a alors été affecté au conseil d'administration du Club plein air. C’était leur manière de fonctionner.

Kevin Haché contredit Michel Boucher

Ces commentaires agacent le maire de Caraquet, Kevin Haché.  Ce n’est pas ça pantoute qui est arrivé, dit-il.

Le maire se demande si ce pavé lancé dans la marre en pleine élection municipale est une manœuvre pour l’affaiblir devant ses adversaires. Il essaie de me faire paraître un peu mal.

Kevin Haché.

Le maire de Caraquet, Kevin Haché, défend la transparence de la ville.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Kevin Haché estime que les changements dans les conseils d'administration de différents organismes faisaient partie de la norme au conseil municipal. À l'époque, tous les deux ans on changeait les conseillers de place, un peu comme un remaniement ministériel.

Kevin Haché est agacé par cette sortie publique. Il croit que Michel Boucher aurait pu faire part de ses inquiétudes au conseil municipal au lieu de sortir publiquement.

Toutefois, les autorités municipales ont jusqu’en 2018 considéré AcadieNor comme étant une entité complètement séparée et indépendante.

La transparence règne, selon Kevin Haché

Sur le fond, Kevin Haché assure que les mœurs ont changé à AcadieNor.

Il explique que tous les documents publics sont maintenant accessibles à ceux qui en font la demande. Selon lui, c’est la preuve que la transparence règne à la municipalité.

Aujourd’hui, ce n’est plus difficile. Si vous voulez avoir quoi que ce soit, je vais aller vous le porter en mains propres s’il le faut, a-t-il assuré.

La définition d’une transparence, c’est que l’information soit là quand les gens la veulent

Une citation de :Kevin Haché, maire de Caraquet

Kevin Haché assure que Caraquet a changé d’approche de gestion de son organisme. La comptabilité va revenir à la Municipalité, donne-t-il en exemple.

AcadieNor c’est un bijou. On peut parler du passé où ce n’était pas très clair, mais aujourd’hui c’est un bijou.

L'affiche de Caraquet à l'entrée de la ville.

La transparence est un thème de la campagne électorale municipale de Caraquet.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Michel Boucher n’a pas la même définition de la transparence. Selon lui, la Ville doit faire l’effort de rendre l’information publique sans qu’il soit nécessaire d’en faire la demande.

Il y a beaucoup d'endroits où les rapports annuels sont sur Internet. Tu vas là et tout est là. Ça, c’est de la transparence.

L’ancien conseiller estime que Caraquet n’est pas suffisamment transparente. Il dit que c’est d’ailleurs pour ça qu’il prend la parole aujourd’hui.

Ce n’est pas réglé. J'espère que le prochain conseil va surveiller ça. C’est pour ça qu’encore aujourd’hui il faut sortir et il faut en parler, lance Michel Boucher.

Trois mois pour des documents

Le processus pour obtenir des documents à Caraquet peut prendre un certain temps. Par exemple, le 28 septembre 2020, Radio-Canada a contacté la Municipalité pour obtenir des informations sur AcadieNor.

Il s'agissait des salaires des dirigeants d'AcadieNor, des dépenses et des budgets d'exploitation de 2018 à aujourd'hui.

La Ville, qui a répondu en vertu de la Loi sur le droit à l’information et la protection de la vie privée, a partagé ces documents le 21 décembre 2020, soit près de trois mois plus tard.

Kevin Haché précise que les délais peuvent être longs pour s’assurer de ne partager aucune information relevant de la vie privée.

Toutefois, ce délai est moins important qu'autrefois. Entre 2013 et 2018, il aura fallu cinq années de démarches auprès du commissaire à l'information et à la vie privée et devant les tribunaux pour obtenir ces mêmes informations de Caraquet.

80 000$ peu détaillés

Daniel Mallet, conseiller municipal depuis 2016, juge que l’accès à l’information n’est pas toujours facile à la Ville de Caraquet.

Ses inquiétudes tournent autour d’une subvention de 120 000$ accordée en urgence au Centre culturel de Caraquet pour affronter la pandémie. Jusqu'à 80 000$ de cette somme auraient été dépensés.

Daniel Mallet en entrevue devant le Centre culturel de Caraquet.

Daniel Mallet est conseiller municipal à Caraquet.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Daniel Mallet explique avoir eu les grandes lignes de ce qu’est advenu des 80 000 $, mais il dit souhaiter avoir plus de détails. Mes questions découlent du questionnement des citoyens, explique-t-il.

Voici les détails obtenus par Daniel Mallet à la suite de ses démarches

La répartition des dépenses attribuée à la subvention accordée au Centre culturel de Caraquet

  • « Les deux salles de spectacles et le cinéma : 24 876,51 $;
  • Site du Carrefour : 11 312,78 $;
  • Intérêts à long terme d’avril à décembre : 37 521,43 $;
  • Produit sanitaire et autres pour la COVID-19 : 6 289,28 $. »

Selon lui, ces informations sont trop vagues. On a eu des détails: 20 000 $ à un endroit et 30 000 $ à une telle place. Mais les détails que les citoyens me demandaient c’était : "Et bien, dans tel endroit, 30 000 $, c’est quoi? Qu’est-ce que vous avez fait avec?"

Il dit qu'après avoir posé des questions, il n'a pas eu l’information recherchée. Selon lui, on lui a indiqué qu’il fallait faire confiance au comité de gestion du Centre culturel. C’est la seule chose que j’ai pu obtenir pour répondre à mes citoyens.

L'entrée de l'édifice.

Le Centre culturel a besoin de l'aide de la Caraquet pour maintenir ses activités pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Kevin Haché ne partage pas l’interprétation de son collègue du conseil municipal. Selon lui, le Centre Culturel a été assez transparent et a présenté suffisamment d’informations aux élus municipaux concernant l'argent reçu.

Si le conseiller en question n'était pas satisfait des réponses, qu’il vienne me voir. On va lui trouver les réponses : c’est transparent, assure Kevin Haché.

Par ailleurs, Kevin Haché ajoute qu’il est difficile de savoir exactement ce que devient l’argent public une fois envoyé. Est-ce que c’est sur le café? Est-ce sur les bananes? C’est difficile de dire à quel endroit exactement le dollar a été dépensé.

Ce qu’en disent les autres candidats

Bernard Thériault et Gilles Lanteigne briguent tous les deux le poste de maire défendu par Kevin Haché et proposent aussi des mesures pour améliorer la transparence.

Gilles Lanteigne interviewé à l'extérieur.

Le candidat Gilles Lanteigne.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Gilles Lanteigne propose qu’AcadieNor rende des comptes directement au conseil municipal.

C’est un peu le manque qu’il y a eu dans le temps. [...] De 2015 à 2018, j’ai dû mettre un peu d’ordre dans AcadieNor pour m’assurer que ça revienne dans les bonnes pratiques de gestion, raconte l’ancien président de l’organisme.

Je pense qu’il va falloir développer un rapport d’activité, que les gestionnaires viennent répondre à l’hôtel de ville de leurs actions, leur bilan financier et des dépenses encourues. Sont-elles justifiables?

Bernard Thériault interviewé à l'extérieur.

Le candidat Bernard Thériault.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Pour sa part, Bernard Thériault propose que la Ville clarifie le rôle des organismes paramunicipaux, comme AcadieNor et le Centre Culturel. Les gens doivent être informés de ce que fait AcadieNor et de ses actions.

Toutefois, le politicien et historien ne s’intéresse pas à ce qui s’est passé à AcadieNor. Je vais ouvrir de nouvelles politiques de transparence, mais loin de moi l’idée de faire des chasses aux sorcières, dit-il.

Je ne me fais pas élire pour faire une commission d’enquête, je ne m’appelle pas M. Charbonneau, lance-t-il comme boutade en référence à la Commission Charbonneau au Québec.

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