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La mairesse Plante prête à des compromis pour prolonger la ligne bleue du métro

La facture du projet dépasse maintenant les 6 milliards de dollars.

Un panneau annonçant « des travaux préparatoires à la future station de métro [...] dès le printemps 2021 » dans le cadre du projet « Prolongement ligne bleue ».

Le projet de loi 66 adopté par l’Assemblée nationale en décembre dernier a permis d'amorcer des travaux préparatoires, et ce, même si de nombreuses expropriations sont contestées devant les tribunaux.

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Cloutier

La Ville de Montréal ne propose rien de moins qu’un « changement de paradigme » pour que le métro puisse un jour se rendre à Anjou, malgré l'explosion du coût anticipé des expropriations et les risques de dédoublement avec le REM de l’Est.

Dans un document confidentiel dont Radio-Canada a obtenu copie, l’administration de la mairesse Valérie Plante propose plusieurs pistes de solution pour relever les défis qui freinent le prolongement de la ligne bleue, attendu depuis plus de 30 ans.

Elle suggère notamment de retirer le stationnement incitatif souterrain de 1200 places qui doit être construit sous les Galeries d'Anjou – un aspect controversé du projet auquel s’opposent les propriétaires du centre commercial et le maire d’arrondissement indépendant Luis Miranda.

Un métro en gare.

La Ville évoque aussi la possibilité de réduire, voire d’abandonner le terminus d’autobus qui doit être aménagé près de la station Pie-IX* et de relocaliser celui de la station Anjou pour tenir compte de l’actualisation des besoins de mobilité rendue nécessaire depuis l’annonce du REM de l’Est, en décembre dernier.

L’administration propose de plus d’éliminer les édicules secondaires de trois stations. Celui de la station Lacordaire, qui doit permettre aux usagers du métro d’accéder au REM et vice-versa, pourrait également être transféré à CDPQ Infra, ajoute-t-elle.

Enfin, il pourrait être souhaitable, selon la Ville, d’optimiser le positionnement et l’ampleur du garage de fin de ligne prévu à Anjou, voire d’évaluer la possibilité de rationaliser les besoins en reliant l'extrémité de la ligne bleue à l’atelier-garage Beaugrand, tout au bout de la ligne verte.

Une note de plus en plus salée

Ces ajustements permettraient de réduire les coûts de construction et de limiter les acquisitions nécessaires, soutient l’administration, qui confirme que l’estimation de la facture totale du projet est passée de 4,5 milliards de dollars, en 2019, à plus de 6 milliards en 2020.

Ils pourraient en outre permettre une trêve judiciaire entre la STM et Cadillac Fairview, qui conteste en cour l’expropriation d’une partie du stationnement des Galeries d’Anjou et de certains bâtiments construits sur celui-ci.

Par ailleurs, la Ville fait valoir que la réduction, voire l’abandon, du terminus Pie-IX [faciliterait] le redéveloppement du site occupé actuellement par le centre commercial Le Boulevard, que la STM s’est vue forcée d’acquérir en totalité par le tribunal alors qu’elle souhaitait seulement en exproprier une partie.

Le stationnement du centre commercial.

Bien malgré elle, la STM est maintenant propriétaire d’un centre commercial dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

Photo : Radio-Canada

L’emplacement mériterait selon elle une meilleure valorisation foncière. Tout comme les autres terrains qui accueilleront les cinq futures stations de la ligne bleue, d’ailleurs. Car l’administration propose, en plus de réduire les dépenses, d’accroître les revenus du projet.

Pour ce faire, elle suggère d’optimiser la conception des stations afin de valoriser pleinement les droits aériens et les redevances.

En d’autres termes, la Ville propose de vendre à des promoteurs le droit de construire au-dessus des édicules et d’instaurer un système de captation de la valeur foncière, à l’instar de celui mis en place pour les projets immobiliers situés à proximité de la phase 1 du REM.

Ces mesures pourraient rapporter dans les prochaines années des dizaines, voire des centaines de millions de dollars, estime l’administration Plante. Et diminuer d’autant la facture du projet.

Se rendre à Langelier d’abord?

Les propositions de la Ville de Montréal ont été transmises à la fin de janvier au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui, depuis son élection, s'inquiète de la hausse prévisible des coûts du prolongement de la ligne bleue du métro, qui avaient déjà grimpé de 600 millions de dollars de 2016 à 2019.

Une carte des réseaux de la STM, du REM et d'exo, juxtaposés.

Tous s’entendent pour dire qu’il sera primordial de raccorder la ligne bleue du métro avec le REM de l’Est.

Photo : CDPQ Infra

Moi, j’ai écrit au premier ministre à la mi-octobre l’année dernière pour lui dire : "On le veut, ce projet-là, et on veut prendre le leadership", a expliqué la mairesse Plante en entrevue, lundi.

À la demande de Québec, la STM avait produit deux mois plus tôt un rapport analysant plusieurs autres scénarios destinés à réduire les coûts du projet. Elle y évoquait entre autres le prolongement de la ligne bleue jusqu’à Langelier, ce qui reporte aux calendes grecques la construction d’une cinquième station à Anjou.

C’est ce rapport – rédigé en trois semaines et gardé confidentiel depuis – qui a convaincu la mairesse Plante de s’investir encore plus pour faire avancer le projet, même s’il relève d’abord et avant tout du gouvernement québécois.

Il ne faut pas qu’il y ait moins de stations. Les cinq stations sont primordiales.

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

Depuis, la STM a confirmé que les travaux ne pourront pas être achevés comme prévu en 2026, sans pour autant se commettre sur un nouvel échéancier.

Un milliard de dollars par kilomètre

Québec a également annoncé la semaine dernière la création d’un groupe d’action composé de dirigeants de l’ARTM, de la STM, de la Ville de Montréal, du ministère des Transports et de la Société québécoise des infrastructures, qui devra soumettre d’ici le mois de juin des pistes de solution pour optimiser le projet.

C’est en présentant cette nouvelle structure que le gouvernement Legault a laissé entendre pour la première fois que le prolongement de la ligne bleue pourrait coûter 6 milliards de dollars, soit plus de 1 milliard par kilomètre.

Le coût des terrains a augmenté en grande partie à cause du marché immobilier, a confirmé en entrevue lundi le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb. Tout coûte plus cher pour vous construire une maison, alors imaginez pour construire un métro!

Un projet concurrent à Anjou

Même si la facture a grimpé, Québec assure que le projet demeure prioritaire à ses yeux. Nous nous attendons toutefois à ce que les coûts et les délais ne soient pas revus à la hausse, a prévenu mardi la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, dans une déclaration transmise à Radio-Canada.

Pour permettre au projet d'avancer plus rondement, la CAQ a fait adopter en décembre dernier le projet de loi 66, qui aura pour effet de faciliter les expropriations faisant l'objet d'un litige devant les tribunaux.

Car les propriétaires mécontents de se faire évincer de la sorte sont nombreux. C’est le cas de Cadillac Fairview, qui a dévoilé l’été dernier son propre projet immobilier de 2,5 milliards de dollars sur les terrains des Galeries d’Anjou.

Cette proposition reçoit l’appui du maire Miranda, qui suggère quant à lui de déplacer la future station de métro un peu plus à l'est et de construire un édicule de chaque côté de l’autoroute 25, dont un juste en dessous du parc Goncourt.

Un tel scénario permettrait d’épargner 450 millions de dollars d’argent public en expropriations, estime-t-il.

Le prolongement de la ligne bleue de Montréal en chiffres (version actuelle) :

  • 5 stations de métro (Pie-IX, Viau, Lacordaire, Langelier et Anjou);

  • 5,8 kilomètres de tunnels;

  • 1 stationnement incitatif souterrain de 1200 places (Anjou);

  • 2 terminus d’autobus (Pie-IX et Anjou);

  • 1 tunnel piétonnier relié au SRB Pie-IX;

  • 1 garage de métro souterrain (Anjou);

  • 4 arrondissements traversés : Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension; Saint-Léonard; Mercier–Hochelaga-Maisonneuve; Anjou.

* Les stations de la future ligne bleue, qui seront construites le long de la rue Jean-Talon, ont temporairement hérité du nom des artères perpendiculaires où elles devraient être construites, d’où les doublons avec le nom de certaines stations de la ligne verte. Un comité de toponymie de la STM verra à leur donner une dénomination propre.

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