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20 ans après, que reste-t-il du Sommet des Amériques?

Un jeune homme fait le signe de la paix en levant les deux bras devant un cordon de policiers.

Un manifestant fait face à un cordon de policiers lors du Sommet des Amériques à Québec, en 2001 (archives).

Photo : Associated Press / STEPHAN SAVOIA

Transformation des mouvements sociaux, culture « woke », prédominance de la question environnementale : 20 ans jour pour jour après le Sommet des Amériques de Québec, des militants et des chercheurs portent un regard sur les ramifications des événements, dont certaines se font encore sentir aujourd'hui.

Tous s'entendent pour dire que le mois d'avril 2001 a été un point de bascule dans les luttes sociales à Québec et au Québec.

Le résident de Québec Maxim Fortin se rappelle très bien des événements et leurs conséquences. Âgé de 22 ans à l'époque, il travaillait à l'organisation de la contestation en tant que membre du Comité d'accueil du Sommet des Amériques, le CASA.

Son organisation s'est dissoute environ 6 mois après les événements.

Une partie du CASA a pris le chemin du communautaire par après. Moi, je suis resté dans le mouvement étudiant puis on a participé à plusieurs luttes. Notre principale contribution a été la grève de 2005, illustre M. Fortin.

Maxim Fortin, coordonnateur de la Ligue des droits et libertés de Québec

Maxim Fortin est aujourd'hui coordonnateur de la Ligue des droits et libertés de Québec et milite depuis des années contre la brutalité policière et le racisme.

Photo : Radio-Canada

Si plusieurs des groupes militants de Québec formés spécialement pour l'événement ont aussi été dissous depuis, le Sommet a été le début d'un mouvement qui est demeuré pendant plus de 15 ans.

Il y a eu une espèce d'énergie qui est restée, un savoir-faire qui est resté pendant 15 ans, croit-il.

Il mentionne au passage la fondation du défunt bar-coop L'AgitéE et l'ouverture de la librairie anarchiste La Page Noire, qui a toujours pignon sur rue à Québec. Tout ça, c'est relié à ce catalyseur qu'a été le Sommet des Amériques.

Façade de la librairie anarchiste La Page Noire, dans Saint-Roch.

La librairie anarchiste La Page Noire, dans Saint-Roch.

Photo : Radio-Canada / Alain Rochefort

Diversité des tactiques

La diversité des tactiques utilisées par les militants de Québec est probablement un des legs les plus forts des événements d'avril 2001, estime Maxim Fortin, qui s'est intéressé au phénomène des années plus tard en tant que chercheur.

C'est cette idée que les organisateurs ne vont pas imposer une tactique particulière ou spécifique aux gens qui viennent à la manifestation et ne vont pas dénoncer ou condamner l'utilisation de tactiques qui n'avait pas été prévue, analyse M. Fortin.

Cette situation s'est d'ailleurs vue lors des manifestations étudiantes de 2012, alors que des associations étudiantes ont parfois refusé de condamner les actions de certaines factions.

Une manifestation étudiante au printemps 2021.

Une des nombreuses manifestations étudiantes du printemps 2012 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La mobilisation du Sommet des Amériques de Québec l'avait concrètement appliqué dans la mesure où il avait des zones de couleurs pour les types d'actions, faisant référence à la zone rouge, jaune et verte. C'était accepté des organisateurs, rappelle Maxim Fortin.

Diversités des enjeux

Les mouvements sociaux de la fin des années 90 étaient souvent associés à un seul enjeu, précise Maxim Fortin. Les manifestations de Québec ont eu pour effet de faire évoluer cette mentalité.

Nous-mêmes, dans notre mobilisation, on était déjà dans une logique qui basculait de se battre pour une affaire à se battre pour un ensemble de causes. Le sommet des Amériques a aidé les mouvements sociaux d'ici à aller vers ça.

Une citation de :Maxim Fortin, ex-membre du Comité d'accueil du Sommet des Amériques

Il faut également le lien avec la culture « woke », qui tente de mettre en lumière différentes injustices.

Toute la culture woke, en soi, c'est une culture qui part d'un enjeu pour déboucher sur d'autres enjeux. On sent qu'on va de plus en plus vers des mouvements qui se préoccupent de plusieurs choses, dont la dimension systémique des problèmes, croit Maxim Fortin.

Série d'événements

Dorénavant professeur à l'Université du Québec en Outaouais, Pierre Beaudet était en 2001 directeur de l'organisme Alternative, un secrétariat d'appui technique à une vaste coalition d'ONG, de syndicats et d'organismes communautaires qui préparaient les événements, dont le Sommet des peuples, qui se tenait en marge du Sommet des Amériques.

Je dirais que ç’a été un point tournant. On a réussi à faire de ça un événement accessible, compréhensible et expliquer de véritable enjeu. J'avais l'impression que les médias étaient en train de changer et être plus critiques. Après le sommet, il y a eu une levée des boucliers partout, constate M. Beaudet.

Le professeur va même jusqu'à voir des impacts de cet événement sur les élections québécoises de 2018 et l'essor de Québec solidaire.

Il y a eu un parti qui est sorti des limbes. Ce parti-là disait qu'il voulait une autre forme de structure. En ayant 17 % des votes et puis en devenant un parti bien établi, il y a eu une trame.

Cette trame a continué, selon lui, jusqu'à l'automne 2019 et les manifestations monstres contre les changements climatiques.

Manifestation contre les changements climatiques dans le centre-ville de Montréal

Photo prise dans le centre-ville de Montréal, Québec, Canada.
Le 26 septembre 2019

Ils étaient plusieurs centaines de milliers de manifestants à marcher pour le climat à Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C'était le même noyau, composé de groupes populaires, de groupes communautaires, de groupes syndicaux, décentralisés, sans nécessairement avoir de structure qui prend des décisions pour tout le monde.

Des groupes militants entretiennent toujours avec des organisations présentes au Chili, au Brésil, le Mexique, entre. Tout ça, c'est un héritage de ce qui s'est passé à Québec.

Le Sommet des peuples, ça a stimulé, enthousiasmé une bonne partie de la population. Oui, on pouvait changer les choses.

Une citation de :Pierre Beaudet, professeur en développement international, Université du Québec en Outaouais

L'environnement, point de convergence?

D'un point de vue économique, la révolte du Sommet des Amériques de Québec a eu peu d'impacts sur le système économique d'aujourd'hui, croit Mathieu Arès, professeur en science politique à l'Université de Sherbrooke.

Mathieu Arès commentait à l'époque le développement des négociations dans les médias. Bien que celles-ci ont vite été éclipsées par les manifestations, il constate que le libéralisme économique défendu par les représentants des gouvernements de l'époque est toujours prédominant aujourd'hui.

Il rappelle d'ailleurs que même si la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) n'a jamais vu le jour, d'autres accords de libre-échange, dont l'ALÉNA et l'ACEUM, ont été signé quelques années plus tard. Plusieurs accords commerciaux bilatéraux ont également été conclus entre des pays des Amériques. Ces accords n'ont pas causé de grandes manifestations comme celles de Québec, croit le professeur.

Le président américain Donald Trump, entouré de son homologue mexicain Enrique Pena Nieto (gauche) et du premier ministre canadien Justin Trudeau (droit).

L'ACEUM, anciennement l'ALÉNA, a été signé en grande pompe le 30 novembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine, juste avant l'ouverture du sommet du G20 (archives).

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Cependant, le libre-échange d'aujourd'hui est teinté par des revendications environnementales et démocratiques défendues par une mouvance militante bien présente au Sommet des Amériques.

Ça a changé la tenue des négociations, croit M. Arès. L'opposition au commerce s'est plutôt déplacée vers les questions environnementales. Les nouveaux accords essayent de répondre un peu à ces préoccupations. La plupart des traités qui ont été faits ont des chapitres entiers sur le ''comment produire''. S’il y a un legs, c'est peut-être de ce côté-là.

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