•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

Faux tableaux : les gangsters de l’art

Peintre devant son chevalet qui reproduit un tableau de Renoir.

Contrechamp, 16 novembre 1983

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans le monde de l’art, les copies et les faux tableaux ont toujours existé. Nos journalistes se sont intéressés aux faussaires et aux escrocs qui vendent des tableaux contrefaits à des investisseurs à qui, bien souvent, les connaissances artistiques font défaut.

Savoir distinguer le vrai du faux

Plus un peintre a une cote importante, plus il est susceptible d’être copié. Au Québec, Jean-Paul Lemieux, Jean-Paul Riopelle et Paul-Émile Borduas figurent parmi les artistes les plus imités.

À l’émission Contrechamp du 16 novembre 1983, Marthe Blouin s’intéresse au marché du faux dans le domaine de l’art visuel et dans celui des antiquités.

Contrechamp, 16 novembre 1983

La journaliste s’entretient avec Jean-Marie Patry, un acheteur floué qui s’est procuré un faux Renoir et qui avait failli le revendre pour une généreuse somme. Une histoire qui avait fait couler beaucoup d’encre à Québec.

Roger Roche, restaurateur en chef au Musée du Québec, a expertisé le faux Renoir pour la Sûreté du Québec. Son jugement est cinglant quand il parle de ce tableau qui, en réalité, était une simple lithographie imprimée sur toile et montée sur un châssis.

Une lithographie est une lithographie, une peinture à l’huile est une peinture à l’huile, ce sont deux choses différentes. Un mur de pierre c’est de la pierre, un mur de plâtre c’est du plâtre, si vous ne pouvez pas faire la différence, il faut changer de métier.

Une citation de :Roger Roche, restaurateur en chef au Musée du Québec, 1983

Le manque de culture artistique des investisseurs qui achètent des toiles explique en grande partie que le marché des faussaires soit florissant.

Si je pense à l’ensemble de la population, je suis bien obligé de vous dire que les gens se font royalement rouler. Les marchands seront plus sérieux quand la population sera plus avertie.

Une citation de :Laurent Bouchard, ex-directeur du Centre de conservation du Musée du Québec, 1983

Dans le reportage, Roger Roche compare un authentique et un tableau contrefait du peintre canadien d’origine néerlandaise, Cornelius Krieghoff.

Il donne des indications sur la façon de reconnaître l’authenticité d’une œuvre. Plusieurs indices lui permettent de distinguer le vrai du faux : le tableau n’est pas signé, les sujets sont trop naïfs, les teintes utilisées pour le ciel et les zones d'ombre ne sont pas faits à la technique de Krieghoff.

L’analyse des pigments, la radiographie, les examens en infrarouge et en ultraviolet et aussi la lumière rasante qui peut faire ressortir les coups de pinceau permettent également de révéler la supercherie.

Le reportage aborde également la reproduction de meubles anciens. Comme il ne reste presque plus de meubles du régime français, on maquille des meubles et on fait des copies et plusieurs de ces pièces sont écoulées dans les encans.

Le peintre Réal Lessard et l’amour du faux

Le 29 février 1988 au Téléjournal, le journaliste Jean-François Lépine relate l’histoire du peintre Réal Lessard qui prétend avoir travaillé pour le compte du célèbre marchand d’art français, Fernand Legros.

Téléjournal, 29 février 1988

En 1967, le vendeur de tableaux Fernand Legros est reconnu coupable en France après avoir vendu des centaines de faux tableaux à travers le monde.

Réal Lessard, un peintre québécois établi à Paris, affirme dans son livre L’amour du faux avoir peint lui-même la majorité des faux tableaux vendus par Fernand Legros.

Il prétend avoir berné plusieurs grands experts.

Le livre, sorti 27 ans après l’inculpation de Fernand Legros, a l’effet d’une bombe.

Hervé Odermatt, propriétaire d’une galerie d’art parisienne et expert détecteur de faux tableaux émet des doutes sur les révélations du peintre faussaire.

Je mettrais n’importe quelle somme d’argent dont je pourrais disposer pour que monsieur Lessard dise : "Voilà, dans tel grand musée il y a un tableau de Lessard" et qu’il me montre le tableau.

Une citation de :Hervé Odermatt, propriétaire de la galerie Odermatt, 1988

Montréal : une ville transit pour les faussaires

En mars 1998, cinq imitations de tableaux du peintre Jean-Paul Riopelle sont saisies à la galerie d’art Mayfair, qui change ensuite de nom pour Vision 2000. Deux autres faux Riopelle font l’objet d’une saisie l’année suivante à la galerie McGill cette fois.

La journaliste Julie Vaillancourt présente un reportage au Téléjournal le 13 septembre 1999 à la suite de son enquête.

Téléjournal Le Point, 13 septembre 1999

Au cours de cette même année, les policiers montréalais ont recensé pour 17 millions de dollars de fraude dans le monde l’art.

Si la mafia s’intéresse au domaine de l’art, c’est principalement parce qu’on ne fait pas du 20 % de profit, on fait dans le 200 %, 300 % de profit et c’est un véhicule de plus en plus utilisé par le crime organisé.

Une citation de :Alain Lacoursière, sergent détective SPCUM, 1999

À la suite du reportage, l’animateur du Téléjournal Stéphan Bureau s’entretient avec Alain Lacoursière, sergent détective à la police de Montréal et spécialiste des faussaires.

Celui que l’on a surnommé le Colombo de l’art explique pourquoi le Canada et Montréal en particulier constituent un transit pour la vente de fausses d’œuvre d’art.

Dans les années 1990 au Canada, la copie est permise et le faussaire peut aller jusqu’à imiter la signature de l’artiste du moment qu’il ne vend pas sa toile en la faisant passer pour authentique. Il peut cependant la vendre en disant que c’est une copie, ce qui par exemple en France est strictement interdit.

Lorsqu’une personne possède un tableau depuis plus de trois ans, qu’il soit authentique, faux ou volé, il peut garder la toile en toute impunité. Après ces trois années, n’importe qui se prétendant propriétaire d’une œuvre peut la remettre sur le marché.

Dans un reportage publié l’année dernière, Alain Lacoursière, qui a pris sa retraite de la police en 2010 pour devenir évaluateur d'œuvres d'art, estimait qu’il n’y avait pas plus de tableaux contrefaits aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans. La moyenne des contrefaçons tourne toujours autour de 3 à 4 %.

Plusieurs copies se retrouvent désormais en vente sur Internet et proviennent souvent de la Chine.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.