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Voici comment tirer profit des millions de tests rapides inutilisés au Québec

Les employés de l'Institut de cardiologie de Montréal et leurs familles se testent eux-mêmes, à domicile, deux fois par semaine.

Une femme effectue un auto-dépistage du virus de la COVID-19.

Une femme effectue un auto-dépistage du virus de la COVID-19. Elle doit enfoncer l’écouvillon 2,5 centimètres dans le nez.

Photo : Institut de cardiologie de Montréal

Inspiré par le Royaume-Uni, qui fournit gratuitement à la population des tests rapides à faire à la maison, l'Institut de cardiologie de Montréal (ICM) en distribue des milliers à ses employés et à leurs familles.

Depuis le 9 avril, dans le but de prévenir les éclosions, tout le personnel volontaire est invité à se tester, deux fois par semaine, ainsi que les personnes qui vivent sous le même toit. Le test donne des résultats en 15 minutes.

Comme plusieurs établissements de santé, on avait des dizaines de milliers de tests rapides dans nos sous-sols, dans des boîtes, qui ne servaient à rien, raconte le microbiologiste et infectiologue à l’ICM, Richard Marchand.

Au Québec, 4 650 816 tests rapides sont stockés sans être utilisés [en date du 19 avril]. Parmi ceux-là, 40 % se trouvent à l'entrepôt du ministère de la Santé et 60 % sont entreposés par des établissements de santé ou des entreprises.

Québec confirme que seuls 100 252 de ces tests rapides ont été utilisés jusqu'à présent dans la province, soit 2 % de tous ceux reçus du gouvernement fédéral.

Si les tests rapides sont si peu utilisés au Québec, c’est que la santé publique a demandé aux établissements de santé de ne pas les utiliser comme outil de diagnostic, explique le Dr Marchand.

Ils sont en effet moins sensibles que les tests PCR qu’on trouve dans les cliniques de dépistage.

Certains hôpitaux ont reçu près de 40 000 tests rapides dans des boîtes, mais avec des conditions d’utilisation qui faisaient que personne ne pouvait les utiliser, à toute fin pratique.

Une citation de :Dr Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal

L’ICM parvient à contourner les règles de la santé publique

Le Dr Marchand et l’Institut de cardiologie de Montréal ont trouvé une parade pour se servir quand même des tests rapides : On a décidé de ne pas les utiliser à des fins de diagnostic, mais plutôt pour du contrôle de risque.

Les modèles mathématiques montrent qu’on peut abattre le risque de 85 %.

Une citation de :Dr Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal

Pour faire une image, il s’agit de tendre un filet et d’essayer d’attraper le plus de cas de COVID-19 asymptomatiques, tout en acceptant le fait que certains passeront peut-être à travers les mailles.

Le tiers des malades de la COVID-19 n'ont aucun symptôme et peuvent transmettre le virus sans le savoir.

C’est comme si vous aviez un thermomètre à l’aéroport et qu’à chaque fois que la lumière rouge s'allume [le test rapide positif], vous allez faire un test diagnostic [PCR], explique le Dr Marchand.

Le modèle britannique inspire

Depuis le 9 avril, chaque Britannique, même sans symptômes, a droit à deux tests rapides par semaine (Nouvelle fenêtre), à effectuer à la maison.

Ces tests ont été distribués dans les entreprises, mais ont aussi été envoyés par la poste à domicile et sont disponibles gratuitement dans 90 % des pharmacies. (Nouvelle fenêtre)

L'Autriche a également adopté cette stratégie des tests rapides distribués à la population et l’Écosse le fera à partir du 26 avril.

Comme un test de grossesse

Un test rapide distribué par l'Institut de cardiologie de Montréal

Un test rapide distribué par l'Institut de cardiologie de Montréal

Photo : Radio-Canada

Pour se tester, les employés de l’ICM et leur famille doivent entrer un écouvillon soit dans le nez ou dans la bouche et utiliser un réactif. Un peu comme un test de grossesse, le résultat positif apparaît s’il y a deux barres plutôt qu’une seule sur la plaquette.

Si une seule personne est positive à domicile, toute la famille doit se faire dépister dans une clinique.

Que les tests rapides soient moins sensibles que les PCR n’inquiète pas le Dr Marchand, au contraire. Puisque leur limite de sensibilité est le seuil d’infection, ça veut dire qu’ils détectent bien ceux qui sont les plus infectieux, dit-il.

Il a déjà été démontré que les tests PCR peuvent déclarer positive une personne qui n’est plus contagieuse, parce qu'elle a encore des traces de virus mort.

L’autre avantage des tests rapides, selon le Dr Marchand, c’est leur coût : environ 6 $ l'unité pour le gouvernement fédéral. Pour le prix d’un PCR, on peut faire entre 6 et 10 tests antigéniques, ajoute-t-il. Pas besoin d’infirmière, d’un laborantin, d’une machine, etc.

Expérience concluante à l’ICM

Un enfant effectue un dépistage du virus de la COVID-19 à la maison.

L’auto-dépistage peut aussi se faire avec un prélèvement dans la joue.

Photo : Institut de cardiologie de Montréal

La fin de semaine du 10 avril, l’ICM a ainsi pu détecter que l’enfant et le conjoint d’une employée étaient positifs, mais sans symptômes. Un test PCR a même révélé, plus tard, que le père avait en plus une charge virale de super-propagateur.

Sans le test rapide, l’employée aurait pu se rendre au travail et contaminer collègues et patients.

Depuis le début du projet pilote à l’ICM, 23 000 tests ont été réalisés, ce qui a permis de découvrir 20 travailleurs de l’ICM positifs et asymptomatiques.

Le Dr Marchand rappelle que lors de la première vague, alors que l’ICM ne traitait pas de patients atteints de la COVID-19, des membres du personnel étaient infectés dans la communauté, souvent par des enfants.

On a eu 142 employés sur 2000 qui ont attrapé la COVID à l’Institut, dont seulement 7 qui l’ont attrapé au travail. Jusqu’à 15-20 % de personnel s’est ainsi absenté, raconte le Dr Marchand. Il fallait trouver une façon de gérer notre risque en ramenant le personnel sans trop s’exposer.

Une solution pour les familles fatiguées de la pandémie?

Selon la professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva, c’est du gaspillage d’avoir plus de 4 millions de tests qui dorment dans des entrepôts. Quelle tristesse, dit-elle.

L'experte souligne que l’utilisation massive de tests rapides pourrait régler les problèmes de délais de plusieurs jours avant d’obtenir un dépistage et des résultats, comme on a pu le constater en Outaouais.

Je pense à ces familles, notamment la dernière qui m’a écrit ce matin : trois enfants (5 ans, 10 ans et 14 ans), le petit a eu le nez qui coule. En tant que bons citoyens, les parents décident d’aller faire un test, » dit la professeure.

L’impact de l’attente du résultat est énorme pour cette famille. Les deux grands ne peuvent pas aller à l’école pendant deux jours et ont raté des examens qu’ils devront reprendre. Les deux parents (un est enseignant au primaire) ne peuvent plus aller travailler (perte de revenu).

Une citation de :Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal

Selon La Presse, le gouvernement du Québec a l'intention de faciliter l'accès aux tests rapides pour les entreprises en allégeant le processus dès cette semaine.

L'Ontario est beaucoup plus avancé à ce chapitre que le Québec, puisque l'utilisation des tests rapides est déjà bien établie et développée dans les écoles, les entreprises et les centres d'hébergement pour aînés.

L'opposition réclame leur utilisation

C'est un des grands mystères de la pandémie. Pourquoi on ne les utilise pas davantage?, demande le leader parlementaire libéral, André Fortin, en réaction à cet article.

C'est inexplicable, selon le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois. Pourquoi on ne les utilise pas? Pourquoi on se prive d'un outil?

Les tests rapides, c'est le jour de la marmotte de la politique québécoise, ironise le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. Pourquoi le Québec est si hésitant à les utiliser?

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