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Le président du Tchad, Idriss Déby Itno, meurt de blessures reçues au combat

Les rebelles affirment vouloir poursuivre l'offensive et comptent marcher sur la capitale, N'Djamena.

Le président tchadien Idriss Déby

Le président tchadien Idriss Déby Itno s'adresse à ses partisans lors de sa réunion de campagne électorale à N'Djamena, le 9 avril 2021.

Photo : Getty Images / MARCO LONGARI

Radio-Canada

Idriss Déby Itno « vient de connaître son dernier souffle » a annoncé, mardi, le porte-parole de l'armée du Tchad. Au pouvoir depuis plus de 30 ans, le président a été tué lors de combats menés contre des rebelles dans une région frontalière de la Libye.

Ses obsèques nationales sont prévues pour vendredi dans la capitale, N'Djamena, avant son inhumation dans l'extrême est du pays, sa région natale.

Un conseil militaire de transition présidé par Mahamat Idriss Déby, l'un des fils du défunt président, a dissous le gouvernement et l'Assemblée nationale.

Un couvre-feu a été instauré, les frontières terrestres et aériennes ont été fermées. Dans la capitale, de nombreux membres de la Garde présidentielle arpentent les rues en civil, reconnaissables à leurs walkies-talkies et à l'arme de poing glissée sous leurs vêtements.

Mahamat Idriss Déby, âgé de 37 ans, présidait jusqu'alors la Garde présidentielle. Il a promis que de nouvelles institutions verraient le jour après la tenue d'élections libres et démocratiques, dans un an et demi.

Un jeune homme en tenue militaire entouré d'autres militaires.

Le fils du défunt président du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, 37 ans, lors d'une annonce faite à la télévision en compagnie de membres des Forces armées de ce pays d'Afrique centrale.

Photo : Associated Press

Idriss Déby Itno, 68 ans, est mort de blessures reçues lors de combats qu'il dirigeait lui-même contre une colonne de rebelles infiltrés depuis la Libye, dans le Tibesti. Cette région troublée du Sahel, à l'extrême nord du pays et frontalière de la Libye, est régulièrement le théâtre d'affrontements.

Lundi soir, le gouvernement et l'armée tchadienne avaient assuré avoir détruit la colonne de rebelles et tué 300 combattants.

Les insurgés, qui mènent depuis neuf jours une offensive contre le régime tchadien, rejettent catégoriquement le conseil militaire présidé par le fils du président.

Bien qu'ils reconnaissent avoir subi de lourdes pertes, les membres du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT) disent avoir repris leur avance. Ils entendent maintenant marcher sur la capitale, N'Djamena.

Un précieux allié des puissances occidentales

Né en 1952, formé d'abord à l'école d'officiers de N'Djamena puis en France, Idriss Déby Itno était un allié des Occidentaux dans la lutte contre les groupes djihadistes en Afrique.

Il avait été promu au rang de maréchal en août dernier, pour faits d'armes, après avoir, il y a un an, commandé en personne une offensive de son armée en profondeur au Nigeria voisin pour y poursuivre des djihadistes de Boko Haram qui venaient d'attaquer un camp militaire au Tchad.

Le régime d'Idriss Déby était considéré par les Occidentaux, en particulier la France, l'ancienne puissance coloniale, comme un partenaire essentiel dans la guerre contre les djihadistes au Sahel. Le Tchad, enclavé entre des États faillis tels que la Libye, le Soudan et la Centrafrique, est un contributeur de poids en soldats et armements dans ce conflit.

L’armée tchadienne fournit également aux Casques bleus de l’ONU au Mali un de leurs principaux contingents et passe pour la plus aguerrie de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad).

M. Déby avait renversé Hissène Habré (au pouvoir de 1982 à 1990), dont il était l'ancien commandant de l'armée. Puis sa Garde présidentielle avait, des années durant, réprimé sévèrement toute opposition avant qu'il n'assouplisse son régime et l'ouvre à un multipartisme contrôlé, selon les experts.

Les Occidentaux appellent à une transition pacifique

Par communiqué, l'Élysée a déploré la perte d'un ami courageux et souligné l'importance d'une transition pacifique tout en rappelant son ferme attachement à la stabilité et à l'intégrité territoriale du Tchad.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a appelé à une transition militaire d'une durée limitée qui conduise à un gouvernement civil et inclusif.

La ministre française des Armées, Florence Parly, a de son côté affirmé que la France perd un allié essentiel dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

La Maison-Blanche a également présenté ses sincères condoléances au peuple tchadien. Nous condamnons les récentes violences et pertes de vies humaines au Tchad, a déclaré la présidence de Joe Biden, qui dit soutenir une transition du pouvoir pacifique.

Le président de la commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, qui a été premier ministre du Tchad de 2003 à 2005, a exprimé sa vive émotion sur Twitter. Grand homme d'État et chef militaire reconnu. J'adresse mes sincères condoléances au peuple tchadien et à [la] famille d'Idriss Déby Itno, a-t-il déclaré.

Un sixième mandat

Une élection, tenue le 11 avril dernier, avait conféré au président tchadien un sixième mandat, lui qui avait accédé au pouvoir en 1990 après avoir mené une rébellion contre Hissène Habré.

Par la suite, Idriss Déby Itno avait échappé à de nombreux coups d'État et révoltes armées.

Dans le massif du Tibesti, mais aussi dans le nord-est qui borde le Soudan, des rebelles tchadiens affrontent régulièrement l'armée du pays.

En février 2019, venus de Libye pour tenter de renverser le régime, les membres du FACT avaient été stoppés par des bombardements d'avions français, à la demande du gouvernement du Tchad.

Onze ans auparavant, en 2008, le soutien militaire de Paris avait permis au président tchadien de repousser une attaque rebelle qui était parvenue jusqu'aux portes du palais présidentiel.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Le Monde

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