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Analyse

Un budget fédéral entre une troisième vague et un troisième mandat

Même si le gouvernement Trudeau doit survivre au vote sur le budget, le document déposé lundi par la ministre des Finances Chrystia Freeland prépare la prochaine campagne électorale.

Justin Trudeau et Chrystia Freeland, qui portent chacun un masque, tiennent le document budgétaire dans leurs mains. En arrière-plan, des drapeaux canadiens.

Justin Trudeau et Chrystia Freeland posent lors de la journée de présentation du budget fédéral 2021-2022.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Avec le premier budget de Chrystia Freeland (et peut-être le dernier avant les élections fédérales), le gouvernement libéral navigue en mode transition, entre la troisième vague de la pandémie et l’espoir d’obtenir un troisième mandat.

Le document budgétaire s’intitule Une relance axée sur les emplois, la croissance et la résilience. Cependant, on sent que Chrystia Freeland aurait aimé en faire plus, mais qu’elle a dû ralentir la cadence, en raison du virus galopant de ce printemps.

Malgré les 101 milliards de dollars pour la relance, on a encore des choses qu’on veut faire, affirme la ministre en point de presse, et j'espère qu'on pourra les faire dans l’avenir.

C’est donc un budget de transition, entre la pandémie et la relance, entre le désir des libéraux de saisir l’occasion de la crise pour apporter des réformes sociales et la préparation d’une élection à venir – fort probablement – plus tard cette année.

Des places en garderie à 10 $

Des gouvernements fédéraux parlent d'améliorer les services de garde depuis des décennies. Brian Mulroney en avait fait la promesse en 1984. Les libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin aussi. Même Stephen Harper avait promis de créer de nouvelles places en garderies. Aucun n’est allé de l’avant.

Les libéraux de Justin Trudeau profitent donc de la crise sanitaire et de son effet négatif disproportionné sur l’emploi chez les femmes afin de vendre l’idée aux Canadiens.

Le plan de 30 milliards de dollars d’Ottawa est ambitieux. Mais pour avoir des places en garderie à 10 $ par jour en moyenne partout au pays d’ici 5 ans, il faudra négocier avec les provinces et conclure une entente asymétrique avec Québec.

Le budget d’hier ne représente que la carte et le point de départ, comme le reconnaît la ministre, mais le chemin pour y arriver est semé d’embûches.

La fin des programmes d’urgence

Le budget claironne haut et fort que l'aide d’urgence pour les entreprises et les travailleurs sera prolongée jusqu’en septembre. Peut-être même jusqu’en novembre si la situation économique et sanitaire l'exige.

Ce dont le gouvernement ne se vante pas, c’est que les montants accordés vont commencer à diminuer, de semaine en semaine, au cours de l’été.

Par exemple, la subvention salariale maximale passera de 847 $ en juin, à 677 $ en juillet, à 452 $ en août et à 226 $ en septembre.

Si l’économie canadienne était devenue accro à ces programmes gouvernementaux, la ministre des Finances en commence tranquillement le sevrage.

Une nouvelle mesure d’aide, le Programme d’embauche pour la relance économique, durera six mois, de juin à novembre. Le gouvernement pense qu’il en aura fini avec l’urgence économique et sanitaire à ce moment-là, et qu’il sera déjà en mode relance. Et qui dit fin de l’urgence dit aussi ouverture de la fenêtre électorale.

101 milliards de dollars pour relancer l'économie, est-ce trop?

Est-ce que le gouvernement libéral se sert de l’urgence pandémique pour faire avancer des projets qu’il aurait eu de la difficulté à vendre en temps normal? Est-ce que son plan de 100 milliards de dollars sur 3 ans est approprié et proportionnel au problème?

Le Directeur parlementaire du budget indiquait récemment que la croissance économique, le chômage et le déficit budgétaire reviendraient rapidement à leur niveau prépandémique sans ce stimulus économique.

Chrystia Freeland rétorque que la reprise ne sera pas égale pour tous, que les moins bien nantis auront plus de difficulté à s’en remettre et qu’il faut les aider.

Cela n’empêchera pas les partis d’opposition de penser que le gouvernement libéral se sert du contexte d’urgence entourant le budget pour financer en partie son prochain programme électoral.

Vers une élection fédérale?

Une affiche d'Élections Canada dans son entrepôt d'Ottawa

Élections Canada se prépare à une possible élection fédérale en pleine crise sanitaire. Mais, pour le moment, les chances sont à peu près nulles qu'un vote sur le budget fasse tomber le gouvernement de Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Les chances sont à peu près nulles qu'un vote sur le budget fasse tomber le gouvernement, le NPD a déjà dit qu’une élection pandémique serait irresponsable.

À cet égard, le budget libéral prépare quand même la prochaine campagne. Il comprend des centaines de mesures qui ratissent large, qui courtisent différents profils d’électeurs, ou qui vont jouer dans les plates-bandes des autres partis.

Taxer les bateaux de plaisance, les avions privés et les voitures de luxe des plus riches, taxer les géants du web, offrir un répit aux travailleurs moins nantis et resserrer les règles fiscales pour les grandes entreprises va plaire aux électeurs qui penchent du côté du NPD.

Améliorer les congés de maladie accessibles par l’assurance-emploi et bonifier la sécurité de la vieillesse – avec un premier chèque qui arrivera en août, juste avant une possible élection automnale – est une façon de courtiser les électeurs du Bloc québécois.

Offrir des crédits d’impôt pour les entreprises qui font la capture et le stockage de carbone va plaire aux provinces de l’Ouest. L’aide de 2 milliards au secteur de l’aéronautique ouvrira peut-être des portes au Québec.

La relance verte de 17 milliards de dollars plaira aux jeunes qui craignaient que la pandémie éclipse l’urgence climatique.

Bref, le budget expose la vision du gouvernement libéral sur l’économie canadienne après la COVID-19. Et nous donne un avant-goût du terrain de bataille que le Parti libéral entend occuper lors du prochain scrutin.

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