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Poussées à bout, des infirmières de Gatineau craquent

L’Hôpital de Gatineau.

À bout de souffle, des infirmières de l'urgence de Gatineau lancent un cri du cœur (archives).

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Radio-Canada

Épuisées par les heures supplémentaires obligatoires et une charge de travail qui s'alourdit, des infirmières en Outaouais lancent un cri du cœur après une fin de semaine chaotique à l'urgence de Gatineau, selon plusieurs témoignages recueillis.

Cynthia Desgagné, assistante infirmière-chef à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, n’a jamais rien vu de tel au cours de sa carrière.

Je viens de passer une fin de semaine d'enfer. Je n'ai jamais vu mon équipe comme ça. Je ne me suis jamais vue moi-même aussi émotive. J'ai ramassé des infirmières à la petite cuillère que je n'avais jamais vues pleurer, dit-elle.

Une femme accorde une entrevue par visioconférence.

Cynthia Desgagné est assistante infirmière-chef à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau.

Photo : Radio-Canada

Si plusieurs de ses collègues ont préféré ne pas parler publiquement, par peur de représailles, Cynthia Desgagné a choisi de dénoncer, parce qu'elle se dit à bout de solutions. Ces infirmières s'inquiètent pour leur santé et pour celle des patients qu'elles doivent soigner.

Dimanche dernier, le manque de personnel aux urgences de Gatineau était si criant que plusieurs infirmières ont dû rester jusqu’à minuit, après leur quart de travail régulier qui se terminait normalement à 16 h.

Pas de pause repas, des équipes en sous-effectifs, un achalandage accru aux urgences : plusieurs infirmières qui se sont confiées ont décrit les conditions de travail, le week-end dernier, comme étant inhumaines.

Pour Marie* [nom fictif], infirmière à l’urgence de Gatineau depuis quelques années, c'était la goutte de trop. Elle a connu des journées plus difficiles que d’autres, dit-elle, mais en fin de semaine dernière, elle s'est heurtée à un mur.

Illustration d'une infirmière la tête appuyée contre un mur dans le couloir d'un hôpital.

Marie*, une infirmière de l'urgence de Gatineau, s'est confiée sous le sceau de la confidentialité afin de dénoncer ses conditions de travail (simulation de situation, archives).

Photo : iStock

Je n’avais jamais pleuré devant des patients. C’est la première fois que ça m’arrivait. Je ne veux plus jamais vivre ça. Je suis arrivée à la maison, j’avais les talons qui élançaient, le dos en compote, des nausées. Je n’arrivais pas à manger, raconte l’infirmière, qui s’est confiée sous le sceau de la confidentialité.

Sit-in à l’urgence de Gatineau

Exténuées, des infirmières ont d'ailleurs tenu une manifestation assise à l’urgence de Gatineau pour dénoncer leurs conditions de travail au cours du week-end dernier. Le syndicat nie toutefois la tenue d'une manifestation assise et précise qu'il s'agissait plutôt d'un refus de travail justifié.

C’est la première fois de toute ma carrière – et ça fait quelques années que je suis infirmière – que j’ai eu un quart de travail comme ça. Un quart de travail qui était inacceptable à mes yeux, témoigne Marie*.

On nous épuise sans fin. Elle est où, la fin? [...] C’est un cercle vicieux qui ne finit pas. Vos anges gardiens sont en train de tomber.

Une citation de :Marie*, infirmière à l’urgence de Gatineau

Problèmes d'horaire

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais a confirmé la tenue, la fin de semaine dernière, d’une manifestation assise à l'urgence de Gatineau.

Des modifications des politiques concernant les horaires sont le nœud du problème, selon les autorités de santé régionales.

Nous confirmons qu'il y a eu un sit-in à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, dimanche soir. Les insatisfactions du personnel sont liées à une modification dans la gestion des horaires. Ces changements ont été déposés et font présentement l'objet de discussions avec le personnel et le syndicat, a indiqué le CISSS de l’Outaouais dans une réponse écrite.

Le dossier est présentement entre les mains du Tribunal administratif du travail.

Une version précédente de ce texte indiquait que le Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais a fait appel au Tribunal administratif du travail dans ce dossier. C'est plutôt la direction du CISSS de l'Outaouais qui a entamé le processus.

Une situation exacerbée par la pandémie

Le manque de personnel n’est pas un phénomène nouveau dans le réseau, souligne Marie*. Il n’a que davantage été mis en lumière et exacerbé en raison de la crise de la COVID-19 qui a durement touché l’Outaouais au cours de troisième vague de la pandémie, croit-elle.

Leur seule solution présentement, c’est du temps supplémentaire obligatoire, et ce n’est pas la bonne solution. On le voit et ça fait plusieurs années que ça perdure et ce n'est pas juste à cause de la pandémie. Je pense que ça fait longtemps qu’on a des problèmes comme ça [...] et c’est là, on dirait, que le bateau est en train de couler, estime l’infirmière.

Les heures supplémentaires obligatoires ont leurs limites et sont en train de plomber la santé, le moral et la motivation des équipes, disent plusieurs infirmières qui souhaitent une réponse à leur appel à l’aide.

Si notre gestion ne nous écoute pas, que la population fasse quelque chose de leur bord. Que [le ministre responsable de l’Outaouais] Mathieu Lacombe vienne se présenter à l'urgence pour voir les dégâts qui se passent. Que la Coalition avenir Québec fasse quelque chose de son côté. C'est ce qu'on veut, lance Cynthia Desgagné, au bord des larmes.

Je ne me sens pas écoutée du tout, je ne crois pas non plus que les besoins de mon équipe sont écoutés.

Une citation de :Cynthia Desgagné, assistante infirmière-chef à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau

De mal en pis, dit le syndicat

Le Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO) a d’ailleurs confirmé que dimanche dernier, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais s’est adressé au Tribunal administratif du travail (TAT) pour imposer des heures supplémentaires au personnel.

Encore une fois, l’employeur fait appel à un tribunal pour essayer de venir obliger les infirmières à aller au-delà de ce qu’elles peuvent faire, à aller au-delà de ce que leurs obligations déontologiques leur demandent. C’est inadmissible [...] L’employeur est sur une autre planète, littéralement, a commenté Patrick Guay, le président du SPSO, en entrevue mercredi au micro de l’émission Les Matins d’ici.

Capture d'écran d'une entrevue virtuelle avec Patrick Guay. Un homme parle à la caméra.

Patrick Guay, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais

Photo : Capture d'écran/FaceTime

Pour M. Guay, la situation va de mal en pis dans les hôpitaux de l'Outaouais pour le personnel.

On travaille toujours avec 2, 3, 4, 5 personnes en moins sur les centres d’activité. On travaille avec autant de temps supplémentaire obligatoire qu’il y avait, et même plus. Il y a de plus en plus de monde qui quitte. En un an, on est rendu à près de 350 départs de personnel en soins. Qu’on ne vienne pas me dire que c’est mieux, dit-il.

De son côté, le CISSS de l'Outaouais dit être attentif aux revendications des employés, tout en maintenant comme priorité les services offerts aux patients.

L'objectif ultime demeure de fournir les soins et services à la population, tout en étant à l'écoute de nos employés dans un contexte plutôt difficile de pandémie et de grande affluence à l'urgence, assure le CISSS de l’Outaouais.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, dit suivre la situation de près et travailler activement dans ce dossier.

Le ministre est très sensible à ce que vit présentement le personnel du milieu de la santé en Outaouais et est conscient que ce n’est pas facile pour personne. [...] Nous avons pris des engagements clairs en santé dans la région et nous allons les respecter. Nous poursuivons le travail en ce sens actuellement, a indiqué le cabinet de M. Lacombe dans une réponse écrite.

Avec les informations de Laurie Trudel

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