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Budget provincial en Colombie-Britannique : 5 choses à surveiller

La ministre Selina Robinson avec le premier ministre John Horgan en arrière-plan.

La ministre des Finances, Selina Robinson, présentera son premier budget mardi.

Photo : Mike McArthur / CBC

Au lendemain du budget fédéral, c’est au tour de Victoria d'expliquer comment le gouvernement compte sortir la Colombie-Britannique de la pandémie.

Ce premier budget d’un gouvernement néo-démocrate majoritaire, avec à sa tête la nouvelle ministre des Finances, Selina Robinson, sera présenté mardi après-midi de façon virtuelle, afin de respecter les mesures de santé publique.

Déficit, mesures pour aider les secteurs économiques les plus touchés, réduction des inégalités... Des observateurs nous ont fait part de leurs attentes. Certains le décrivent comme le plus important budget de [leur] génération .

Voici cinq questions qui feront l’objet d’une attention particulière. 

1- Quelle sera l’ampleur du déficit?

Dans le dernier budget, présenté le 18 février dernier, Victoria prévoyait un surplus de 227 millions de dollars. Toutefois, la pandémie a fait en sorte que le surplus budgétaire s’est transformé, lors de la mise à jour budgétaire de septembre dernier, en déficit prévu de 12,8 milliards de dollars.

On est dans un contexte vraiment unique avec la pandémie et on risque de voir des déficits et des dépenses comme on n’en a jamais vu auparavant, note Nicolas Kenny, observateur politique et professeur à l’Université Simon-Fraser. 

À Ottawa, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé un déficit de 265 milliards sur trois ans, après un déficit record de 354,2 milliards en 2020-2021. Aucune date de retour à l’équilibre budgétaire n’est prévue pour l’instant.  

On a l’impression que le gouvernement ne semble pas trop se préoccuper de responsabilité fiscale. On a un peu jeté à la poubelle la notion d’équilibre budgétaire. Donc, le défi pour Mme Robinson, c’est de présenter quelque chose qui soit considéré comme crédible, qui permette une sortie de crise sans plomber l’économie de la province pour les générations à venir.

Une citation de :Nicolas Kenny, observateur politique

2- Comment améliorer les soins de santé et les services sociaux?

La COVID-19 a mis en lumière des failles dans les systèmes de soins de santé et de longue durée dans le pays. On suivra avec attention les investissements publics dans les infrastructures d’aide dans ce budget, dit Alex Hemingway, du Centre canadien de politiques alternatives. 

L’analyste s’attend à des investissements pour les garderies à 10 $ par jour, un programme qui a aussi été priorisé par Ottawa dans son budget présenté lundi. 

Au chapitre des soins de santé, la crise des opioïdes qui a causé plus de 7000 décès par surdose, et mené à l’état d’urgence sanitaire qui dure depuis cinq ans, fait aussi partie des dossiers qui seront suivis avec attention.

Il faut arrêter de gaspiller et investir dans la prévention, dans des logements abordables, de la santé mentale, souligne Marilou Gagnon, professeure au département de sciences infirmières de l’Université de Victoria. Il faut travailler au point de départ qui mène à l’usage de substances et surtout arrêter d’investir dans des approches qui ne fonctionnent pas.

3- Comment réduire les inégalités croissantes?

Même si la province la plus à l’ouest du pays s’en est mieux sortie que la moyenne nationale, avec une baisse de l’emploi de 0,6 % par rapport à la situation avant la pandémie, comparativement à une baisse de 3,1 % au Canada (Nouvelle fenêtre), la crise a mis en lumière des inégalités croissantes.  

Selon Alex Hemingway, du Centre canadien de politiques alternatives, la reprise économique illustre ces fractures et démontre l’urgence, pour Victoria, de s’attaquer à ces inégalités.

On voit une division dans la reprise économique à travers la province entre riches et pauvres, dit-il. La reprise est plus forte chez les travailleurs à revenu élevé par rapport aux travailleurs qui gagnent moins de 18 $ de l’heure.

Quand on pense aux travailleurs à faible revenu, ce sont les employés dans les épiceries, les préposés aux bénéficiaires, les éducatrices en garderie. Ce sont surtout des femmes et des personnes racisées. Cela ajoute à l’urgence de s’attaquer à leurs droits et à leur salaire.

Une citation de :Alex Hemingway, analyste au Centre canadien de politiques alternatives

Selon Alex Hemingway, il faudra aussi accélérer la cadence en matière de construction de logements abordables et augmenter les programmes d’aide sociale. En Colombie-Britannique, une personne seule bénéficiant de l’aide sociale a présentement droit à 935 $ par mois, rappelle-t-il. 

4- Comment aider les secteurs touchés par la pandémie?

En  2019, selon l’Association de l’industrie touristique de Colombie-Britannique, le secteur était évalué à 20 milliards de dollars par année. Un an plus tard, la valeur de cette industrie était réduite à 7 milliards de dollars.

Vivek Sharma, président de l’Association, souhaite voir un plan de relance du secteur dans le budget provincial. 

La pandémie a eu des conséquences importantes pour les petites entreprises. Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, 15 % des PME de la province, soit environ 25 000, risquent de devoir fermer leurs portes. 

Un homme et une femme portent tous deux un masque bleu sur la bouche et le nez et se tiennent debout dans la cuisine d'un restaurant.

Les employeurs sont responsables de la santé et de la sécurité de tout leur personnel.

Photo : Radio-Canada

Considérant l’effet dévastateur sur leurs revenus, aucun montant d’aide ne pourra compenser les pertes que les petites entreprises ont engendrées, mais toute aide sera la bienvenue, souligne Annie Dormuth, directrice provinciale à la Fédération. 

Gilbert Noussitou, directeur de l’Association des restaurants de Colombie-Britannique, abonde dans le même sens : L’industrie se tient à peine debout, les plus grands restaurants réussissent à peine à survivre, la baisse des ventes se chiffre dans les millions de dollars. Toute aide qu’ils pourront avancer sera bienvenue.

5- Quand et comment sortirons-nous de la crise?

À la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Annie Dormuth ne s’attend pas à un retour à l’équilibre budgétaire avant un certain temps.

Nous voulons des budgets équilibrés à long terme, mais comprenons que ce ne sera pas possible à court terme, dit-elle.

Son association demande à Victoria de ne pas imposer de nouvelles taxes ou de nouveaux frais dans ce budget, malgré le manque à gagner.

Je ne pense pas qu’on verra un retour à l’équilibre budgétaire d’ici trois ans, croit pour sa part Alex Hemingway, mais je pense qu’on aura une idée du moment et de la façon dont le gouvernement va atteindre cet objectif.

Si l’objectif du gouvernement est d’atteindre l’équilibre d’ici cinq ou six ans, la façon la plus crédible de le faire serait de taxer les riches et les entreprises , poursuit-il. En augmentant les impôts des plus riches et en imposant des taxes plus progressives, la Colombie-Britannique pourrait réduire les inégalités tout en augmentant ses revenus, étape nécessaire pour sortir de la crise. 

Avec des informations de Dominique Arnoldi

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