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Produire des masques 100 % autochtones, le rêve fou d’un entrepreneur albertain

Jacob Faithful espère fabriquer près de 10 millions de masques chirurgicaux en une année.

Jacob Faithful tient dans ses main une boîte de masque et pose devant la chaîne d'assemblage.

Même l’emballage et le dessin sur les masques ont été créés par des membres issus de la communauté autochtone, affirme Jacob Faithful.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Radio-Canada

Le tumulte des machines d’assemblage perce à peine les portes closes d’un petit gymnase communautaire de Frog Lake, en Alberta, où chaque jour Jacob Faithful supervise la production de 40 000 chirurgicaux dans l’unique manufacture 100 % autochtone en son genre au pays.

Un texte de Julien Latraverse

L’ambition de Jacob Faithful de se lancer dans la production de masques remonte aux débuts de la pandémie.

Le besoin criant d’équipement de protection laissait plusieurs communautés autochtones dans l’ombre, seules à elles-mêmes, et sans équipement ni ressource pour se protéger face à cet horrible virus, raconte le PDG et propriétaire de l’entreprise Young Spirit Supplies.

À ce moment, l'entrepreneur naviguait dans la distribution et la revente de produits sanitaires avec son entreprise. Mais quand 11 Premières Nations de l’Alberta à la Saskatchewan l’ont approché pour lui demander de l’aide pour mettre la main sur des masques, un déclic s’est produit.

Je voulais commencer à faire ma part et contribuer à sauver des vies.

Le membre de la Première Nation de Frog Lake décide alors de miser ses économies en plus de sa ferme pour importer de l'équipement au Canada.

Les communautés des Premières Nations et les municipalités éloignées de partout en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba obtiennent [maintenant] la protection dont elles ont besoin.

Une citation de :Jacob Faithful, PDG et propriétaire de Young Spirit Supplies

C’était un énorme pari, admet en rétrospective Jacob Faithful. J’ai envoyé des dizaines de milliers de dollars à l’étranger, comme en Chine ou en Malaisie, sans l’assurance de savoir si le matériel allait m’être livré ou s’il s’agissait d’une fraude.

Le jeu en vaut cependant la chandelle pour l’entrepreneur de la Première Nation qui compte quelque 1800 membres. Située à presque trois heures de route d’Edmonton, la chaîne d’assemblage compte une vingtaine d’employés et prévoit de produire près d’une dizaine de millions de masques chirurgicaux de niveaux trois en une année.

C’était une énorme courbe d’apprentissage pour y arriver reconnaît néanmoins Jacob Faithful dans son parcours jonché d’embûches. J’ai appris en quelques mois ce qu’on enseigne en quatre années dans une école supérieure de commerce.

Certains peuvent penser qu’il est fou

L’importance de redonner est une notion essentielle pour Jacob Faithful. Quelque temps après avoir établi sa chaîne d’assemblage dans un local prêté par la Première Nation de Frog Lake, il propose à sa communauté de devenir actionnaire à 49 % de son entreprise.

Jacob Faithful (à gauche) explique le fonctionnement de sa manufacture au Chef de la Première Nation de Frog Lake, Greg Desjarlais (à droite).

Jacob Faithful (debout à gauche) explique le fonctionnement de sa manufacture au chef de la Première Nation de Frog Lake, Greg Desjarlais (à droite).

Photo : Radio-Canada / François Joly

Certains peuvent penser qu’il est fou de faire ce genre de proposition, témoigne le chef de la Première Nation de Forg Lake, Greg Desjarlais : Il n’avait peut-être même pas besoin de le faire, mais Jacob adore sa communauté.

La Première Nation de Frog Lake possède et opère plus de 3000 puits pétroliers sur son territoire. L’arrivée de l’entreprise de Jacob Faithful ouvre néanmoins la porte à de nouvelles possibilités de développement durable pour la réserve, fait savoir Greg Desjarlais.

C’est un exemple qu’on avance dans le monde économique au moment où plusieurs nations n’arrivent plus à le faire, estime-t-il.

Avec la réussite de Young Spirit Supplies, Jacob Faithful désire prouver qu’il est possible de mettre un produit entièrement autochtone sur le marché.

Beaucoup d'autochtones devraient s'efforcer de contribuer à notre société d'une manière qui n'a jamais été faite auparavant,soutient-il.

Il encourage les gens à se lancer eux aussi dans des épopées entrepreneuriales, même si le stress qui en découle peut surprendre. Jouer la sécurité des gens sur une pièce de matériel sur leur visage demande énormément de responsabilités, souligne-t-il.

L’expérience est néanmoins formatrice et gratifiante, selon lui. Je suis extrêmement fier. J’ai l’impression de faire une différence dans le monde.

Avec les informations de François Joly

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