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L’influenceuse transgenre Amy Fournier reçoit une vague de messages haineux

Amy Fournier

Amy Fournier, une influenceuse de 17 ans, utilise les réseaux sociaux pour sensibiliser les jeunes à la transidentité.

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Quand elle s’est affichée comme trans sur YOLO, une extension de l’application Snapchat qui permet de rester anonyme, la Dolmissoise de 17 ans Amy Fournier a reçu une soixantaine de messages d’incitation au suicide et à la mort en à peine une heure.

Je veux te voir au bout d’une corde. Je veux te voir morte. Je veux te voir souffrir. Je veux te voir sur une chaise électrique. Moi être tes parents, j’aurais préféré avorter. C’est pour quand l’avis de décès? Ce sont quelques-uns des messages anonymes qu’Amy a réussi à sauvegarder par une capture d’écran avant qu’ils expirent après avoir été vus.

C’est sûr que des commentaires haineux, j’en reçois tous les jours, mais je peux vous dire que ça m’a affectée. Ça m'est vraiment rentré dedans de savoir qu’autant de gens voulaient ma mort.

Une citation de :Amy Fournier

Amy Fournier utilise habituellement l'application mobile de partage de vidéo TikTok, où elle est suivie par 52 700 abonnés. Connue sous le nom d'AmyXFou, elle souhaite y sensibiliser les jeunes à la transidentité.

Sur l'application Snapchat, elle ne s’était encore jamais affichée comme trans auprès de ses 653 amis virtuels. Son identité de genre leur a été révélée quand l'un de ses contacts s’est servi de l'application de clavardage YOLO, qui permet aux utilisateurs de poser des questions anonymement à leur réseau de contacts Snapchat, pour lui demander quel était son nom « avant ».

Elle n’avait encore jamais reçu autant de messages demandant sa mort en si peu de temps.

Ces messages sur les réseaux sociaux ne sont pas sans conséquence selon Diversité 02, le seul organisme au Saguenay-Lac-Saint-Jean destiné spécifiquement aux personnes LGBTQIA+. Son directeur, Daniel Gosselin, a recensé que près du quart des appels qu'il reçoit concernent le suicide.

Daniel Gosselin

Daniel Gosselin dirige l'organisme Diversité 02.

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

On dirait qu’il y a une culture qui est de plus en plus présente, une culture de haine. Et puis ça, on ne le voit pas seulement chez les personnes LGBT.

Une citation de :Daniel Gosselin, directeur général de l’organisme Diversité 02

Des dénonciations publiques

Amy n’est certainement pas la seule à être confrontée à ce type de violence. Ce phénomène d’intimidation virtuelle incitant au suicide et à la mort a été dénoncé par plusieurs figures publiques. Pensons au chanteur Jérémy Gabriel, à la participante d'Occupation double Éloïse Lafrenière, à l'influenceuse numérique, Élisabeth Rioux, à l'écrivaine Geneviève Pettersen ou encore, au premier ministre du Québec François Legault. Celui-ci a d'ailleurs prévenu qu'il ne supporterait plus l'intimidation sur sa page Facebook.

L'invité dans une salle de nouvelles regarde l'objectif.

Steve Waterhouse, ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense nationale et spécialiste en cybersécurité

Photo : Radio-Canada

Le spécialiste en cybersécurité Steve Waterhouse affirme que les policiers font souvent face à des contraintes légales pour avoir accès aux informations permettant d'identifier les intimidateurs en ligne. Le défi est encore plus grand lorsque l’anonymat entre en jeu, comme c’est le cas pour les utilisateurs de l’application YOLO.

C’est très difficile d’arriver à conclure, hors de tout doute, que c’est la personne A qui a causé du tort à la personne B. Mais ce n’est pas impossible, c’est juste que c’est plus complexe.

Une citation de :Steve Waterhouse spécialiste en cybersécurité

Sanctions, contrôle et sensibilisation

L'avocat criminaliste Jean-Marc Fradette rappelle que si la preuve est faite qu’on a conseillé à quelqu'un de se donner la mort, le Code criminel prévoit une peine pouvant aller jusqu’à un emprisonnement maximal de 14 ans, en partie tributaire des conséquences sur la victime. Des chefs d’accusation tels que le harcèlement criminel, la profération de menaces, l’incitation à la haine, la diffamation, la fraude à l’identité et l’intimidation peuvent s’ajouter.

Ça ne veut pas dire que la personne va écoper de 14 ans évidemment, mais ça veut dire que, le législateur, en disant que la peine est de 14 ans maximum, envoie un message que c’est une infraction qui est objectivement grave.

Une citation de :Jean-Marc Fradette, avocat criminaliste
Jean-Marc Fradette

L'avocat Jean-Marc Fradette

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Mis à part les sanctions judiciaires, un contrôle peut s’exercer directement par un média social. Chacune ayant sa propre nétiquette, c’est en agissant en nombre que la plateforme peut éventuellement bloquer un utilisateur. Après plusieurs signalements envers un même compte d’utilisateur, l'algorithme va s’intéresser à la cause et une intervention humaine sera alors commandée pour analyser la situation.

La sensibilisation à une bonne utilisation des réseaux sociaux est aussi un moyen de contrer l’intimidation virtuelle à plus long terme.

Entre sécurité et protection de la vie privée

L’avocat criminaliste Jean-Marc Fradette croit que plusieurs changements législatifs et judiciaires touchant la cyberintimidation auront lieu dans les prochaines années. Selon lui, il serait crucial que les corps de police aient plus facilement accès aux informations des plateformes comme Facebook et Google, afin d’être plus facilement capables de bâtir la preuve.

Le spécialiste en sécurité informatique Steve Waterhouse pense au contraire que c’est une pente glissante vers la perte de liberté d’expression et de liberté citoyenne. Il soulève le danger de confier à un État ou une entreprise privée le mandat de qualifier tout échange d’idées.

Et pourquoi ne pas abandonner les médias sociaux?

À la suite de la vague de messages haineux qu’elle a reçus, Amy Fournier a considéré quitter les différentes plateformes numériques. Mais après avoir reçu beaucoup de commentaires de soutien de la part de plusieurs de ses abonnés, l’influenceuse a opté pour une autre stratégie.

J’ai décidé de me commander encore plus d’équipement caméra, pour faire encore plus de sensibilisation, parce qu’on voit qu’il n’y en a pas eu assez.

Une citation de :Amy Fournier

Amy souhaite se battre pour tous les membres de la communauté LGBTQIA+ qui n’ont pas la force d’être confrontés à cette intimidation de masse. Elle croit que les réseaux sociaux sont sa meilleure arme pour rejoindre les gens et sensibiliser sa génération à la réalité des personnes trans.

Donc, s’il vous plaît, si toi tu ne feel pas derrière ton écran, appelle la prévention du suicide. Il y a toujours d’autres solutions que le suicide , conclut-elle.

Il est possible de joindre le centre de prévention du suicide en composant le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) 24 h sur 24, 7 jours sur 7.

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