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Santé : Québec revient sur sa décision et permet aux agences privées de réclamer encore plus cher

Gros plan de Christian Dubé durant une conférence de presse.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Québec assouplit les règles concernant le recours au personnel d'agence de placement dans le domaine de la santé pour les régions éloignées.

L'Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Nord-du-Québec, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine ainsi que le Nunavik et les Terres-cries-de-la-Baie-James sont visés par des modifications à l'arrêté ministériel.

Les agences pourront même y louer des infirmières plus cher qu'ailleurs dans la province, soit 86 $ de l'heure. Une décision qui est vue comme une véritable injustice pour les infirmières travaillant dans le secteur public.

L'objectif de Québec à long terme est clair, le gouvernement veut mettre un terme à l'utilisation du personnel provenant d'agences de placement privées, des employés qui coûtent souvent trois fois plus cher.

C'est dans cette optique que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a imposé au début de la pandémie un montant maximum que peuvent réclamer les agences. Le 30 mars dernier, il précisait que l'hébergement, les frais de transport et de repas devaient être inclus dans ce prix.

Il devenait alors beaucoup moins payant pour les infirmières de travailler en région éloignée. Une situation qui a fait en sorte que plusieurs travaillant en Abitibi-Témiscamingue ont annoncé leur intention de quitter. Des ruptures de services en chirurgie à Rouyn-Noranda et en obstétrique à Ville-Marie ont d'ailleurs été annoncées.

Ces régions ne seront finalement plus touchées par cette mesure en raison de changements apportés samedi à l'arrêté ministériel. Québec permet aussi aux agences de réclamer 20 % plus cher qu'ailleurs dans la province. Un incitatif pour que les infirmières aillent travailler en région.

On est complètement choqué. C'est inéquitable et c'est carrément un incitatif pour quitter le réseau public et s'en aller au privé. Ça va être nos membres qui vont se promener d'un service à l'autre pour que les gens du privé aient les plus beaux horaires, affirme le président de la Fédération interprofessionnelle de la santé en Abitibi-Témiscamingue, Jean-Sébastien Blais.

La différence entre ce que coûte une infirmière du public versus le privé est impressionnante. Une infirmière débutant au public coûte 24 $ de l'heure et gagne 47 000 $ par année en salaire, en excluant le temps supplémentaire. Une infirmière à l'échelon 9 au public va gagner 30 $ de l'heure pour un gain annuel de 60 000 $. Il faut ajouter à cela les avantages sociaux qui peuvent représenter environ 50% de ce salaire. Avec la modification à l'arrêté ministériel, une infirmière provenant du privé peut coûter jusqu'à 86 $ de l'heure pour un total de 168 000 $ par année.

Un tableau montre le salaire des infirmières publiques versus privées.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le salaire d'une infirmière varie grandement du public au privé.

Photo : Source : FIQ-SISSAT

On peut aller à des incitatifs allant jusqu'à 258 % de différence entre quelqu'un travaillant au public versus privé, ça n’a pas de bon sens, puis on pousse la réflexion plus loin, ça empêche aussi le recrutement. Une infirmière qui va terminer cette année au cégep va avoir le choix de travailler dans le réseau public ou dans le privé comme travailleuse autonome, on le sait que le CISSS les embauche maintenant et elles pourraient gagner jusqu'à 121 000 $ de plus dans leur année. Je ne sais pas qui a pensé à ça, mais c'est carrément illogique, explique Jean-Sébastien Blais.

Bien des contrats signés entre des agences de personnel et le CISSS-AT coûtaient déjà plus cher que ce que précisait l'arrêté ministériel. Ces contrats ne seront donc pas majorés. Le CISSS-AT précise aussi que les contrats ayant été signés à des montants inférieurs ne seront pas majorés non plus. Les agences pourront tout de même ajuster leur prix lorsque les contrats arriveront à échéance.

Au cabinet du ministre de la Santé Christian Dubé, on nous a fait savoir que le ministre a décidé d’aller beaucoup plus loin que tous les gouvernements précédents sur l’encadrement des agences de placement dans le réseau de la santé.

On nous mentionne aussi que l'arrêté ministériel a été modulé selon les réalités régionales et pour tenir compte notamment de l’éloignement et des frais de déplacement.

La façade du pavillon Gabrielle-Laramée de l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Le Pavillon Gabrielle-Laramée du CISSS-AT porte le nom d'une soeur ayant contribué au développement du réseau de la santé dans la région.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Au CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue, la présidente-directrice générale, Caroline Roy, affirme qu'il s'agit d'une bonne nouvelle à court terme afin de pouvoir maintenir des services. Elle assure toutefois que ce n'est pas la solution à long terme et que l'objectif demeure de diminuer le recours à ce type de personnel.

Il faut le voir comme une solution à court terme, il faut continuer à travailler et échanger pour avoir d'autres solutions, c'est ce que je fais quotidiennement. Il faut par contre une période de transition, affirme Caroline Roy.

Malgré cette annonce, les ruptures de service au bloc opératoire de Rouyn-Noranda et à l'unité d'obstétrique de Ville-Marie sont maintenues. Il n'est pas impossible que la région puisse faire face à d'autres ruptures de services.

Il y a un risque, car la situation de l'utilisation de la main-d'œuvre indépendante, ce n'est qu'une partie de notre disponibilité de main-d'œuvre, mais la pénurie qu'on vit actuellement était là bien avant et se poursuit actuellement. L'impact s'était accentué, mais le risque est toujours là de devoir moduler ou diminuer certains services à la population dans les prochaines semaines, prochains mois, ce qu'on n’espère pas, mais actuellement la situation demeure inchangée, affirme Caroline Roy.

Jean-Sébastien Blais pose à côté d'une affiche de la FIQ-SISSAT.

Jean-Sébastien Blais, président du syndicat de la Fédération interprofessionnelle de la Santé en Abitibi-Témiscamingue

Photo : gracieuseté

Jean-Sébastien Blais assure pour sa part que d'autres solutions existent. Il faudrait d'abord, selon lui, reconnaître un statut particulier à la région, comme ce fut le cas en Outaouais, ce qui permettrait notamment d'augmenter les salaires du secteur public.

On compare la situation en Abitibi-Témiscamingue à une hémorragie et on a l'impression que plutôt que d'aller colmater l'artère en donnant de bonnes conditions de travail ici, on donne des poches de sang au patient en hémorragie et ces poches de sang, ça représente les fonds publics, c'est l'argent qu'on garroche par les fenêtres pour être capable d'attirer la main-d'œuvre indépendante. On ne s'attaque pas à la source du problème, ajoute Jean-Sébastien Blais.

Il affirme que ses 1600 membres feront plusieurs moyens de pression au cours des prochaines semaines afin de se faire entendre.

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