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Analyse

Langue française : encore des débats et des reports

Non seulement la présentation de l'important projet de loi sur la langue française devra attendre, probablement jusqu’à l’automne, mais les discussions sur son contenu se poursuivent toujours.

Simon Jolin-Barrette porte les mains derrière ses oreilles, pour enlever son masque.

Le ministre Simon Jolin-Barrette pilote le dossier de la refonte globale de la loi 101.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Ce sera finalement un atterrissage plus long et plus laborieux que prévu. La 3e vague prend toute la place et on ne sait toujours pas comment ça va finir. Ce mois de "tous les dangers », comme l’a qualifié le premier ministre, est aussi le mois de tous les casse-têtes alors que la pandémie chamboule considérablement le programme politique.

Il a la mèche courte, racontent plusieurs stratèges et élus qui côtoient François Legault. L’impatient est encore plus impatient.

Il faut dire que la pandémie s’étire en longueur et l’impression générale est qu’elle ne fera pas de gagnant. Tout est à faire, dit un vieux routier de la politique, et il ne reste presque plus de temps avant l’année électorale.

Le projet de loi qui doit renforcer la langue française est capital dans la stratégie caquiste. C’est un des trois piliers de l’identité nationaliste avec la loi sur la laïcité et la culture. On veut le présenter au bon moment et l’adopter avant l’élection générale de 2022.

François Legault ne veut pas manquer son coup.

Un ministère de la Langue française

Ce qui est sur la table a pour objectif de pérenniser la gouvernance de la langue, d’en faire un acquis dans les affaires de l’État. Et la création, possible, d’un ministère de la Langue française en bonne et due forme, probablement dirigé par Simon Jolin-Barrette, suscite encore des débats au Conseil des ministres.

C’est pour le mieux, dit d’ailleurs un stratège dans l’entourage du ministre, le projet de loi sera plus réfléchi, mieux peaufiné.

N’empêche, plusieurs ministres craignent une mainmise d’un éventuel nouveau ministre de la Langue dans leurs dossiers. On n'a qu’à penser à la ministre de l’Immigration qui pilote les programmes de francisation, au ministre de l’Économie qui fait des affaires à l’étranger ou encore à la ministre de l’Enseignement supérieur qui gère les cégeps francophones et anglophones.

Simon Jolin-Barrette aura-t-il constamment son mot à dire dans leurs décisions? Pourront-ils embaucher du personnel bilingue? Plusieurs ministres réclament déjà des exemptions.

Ce sera une réforme tentaculaire, affirme une source proche du dossier, et effectivement on confirme que la gestion de plusieurs ministères risque d’être affectée.

Autre sujet de débats : les admissions dans les cégeps anglophones. S’il faut les limiter, des élus militent pour qu’on trouve une façon de permettre aux jeunes d’apprendre l’anglais. Des ministres, dont plusieurs ont des enfants, font valoir leur point de vue et poussent, entre autres, pour un meilleur enseignement de l’anglais au secondaire.

Difficile consensus

Sur les principes généraux du projet de loi, le ministre Jolin-Barrette a le soutien du gouvernement, mais sur les détails, c’est plus difficile.

Le projet de la CAQ promet d’ailleurs d’aller plus loin que celui déposé par l’ancien gouvernement péquiste de Pauline Marois.

Un proche de Mme Marois, qui a participé aux débats sur la langue en 2013, affirme que le Conseil des ministres avait facilement donné son aval au projet de loi. Les débats avaient déjà eu lieu en congrès, dit-il, le PQ est un parti de militants et les ministres aussi étaient, pour la plupart, des militants qui se connaissaient bien.

Ce n’est pas le cas de la CAQ. Autour de la table, Simon Jolin-Barrette n’a pas d’appuis naturels, il doit convaincre des ministres de tous les milieux et de toutes allégeances. Simon pense peut-être que son projet est prêt, dit un autre élu, mais ce n’est pas le cas.

Sans compter que la politique en temps de pandémie, c’est plus compliqué. C’est dans ces moments-là qu’on réalise que la Grande-Allée a son utilité, ajoute l’ancien péquiste. Beaucoup d’alliances se sont formées dans les restaurants autour d’une bouteille de vin, dit-il.

À la CAQ, et en pandémie, les choses se passent différemment. Si le ministre responsable de la Langue française se montre insistant à défendre son projet, il n’a pas le choix de lâcher prise.

Parce qu’il n’y a qu’un seul patron. C’est François Legault qui tranchera.

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