•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sans assurances à l'approche de l'été, des clubs de vélo de montagne en réflexion forcée

Un homme et une femme font du vélo de montagne dans un sentier en forêt.

Dans les dernières années, les sentiers de vélo de montagne se sont multipliés au Québec, et les adeptes aussi (archives).

Photo : Getty Images / stockstudioX

La popularité du vélo de montagne a explosé dans les dernières années. Or, cet intérêt n'a pas que des avantages pour ceux qui gèrent les sites où se trouvent les sentiers. Ils font face à une augmentation importante de leur prime d'assurance, voire à des refus catégoriques de la part des assureurs.

Le monde des assurances devient un peu plus frileux face à des activités qu'il connaît moins, c'est le cas pour le vélo de montagne et pour beaucoup d'activités de plein air, constate la directrice des programmes pour Vélo Québec, Magali Bebronne, en entrevue à l'émission Info-réveil.

Le nœud du problème dans les assurances, c'est vraiment conçu pour un milieu fédéré. C'est moins compliqué pour un club d'assurer ses propres membres, des gens qui paient un prix d'entrée à l'année, que des visiteurs d'une journée qui sont plus débutants. C'est là où on a des trous dans la couverture, indique la directrice.

Il y a eu un accident mortel en Gaspésie en vélo de montagne l'an dernier, et certaines assurances ont décidé de se retirer de ce créneau-là. C'est difficile d'aller chercher une alternative, on a moins de garanties, ça coûte plus cher.

Une citation de :Magali Bebronne, directrice des programmes pour Vélo Québec

Le portrait des adeptes a effectivement beaucoup changé. Dans les dernières années, le vélo de montagne est passé d'un sport extrême à un sport populaire pratiqué par de nombreuses familles.

En Gaspésie, il y a 10 ans, il y avait un petit réseau de sentiers à Maria, nous au Mont-Béchervaise, un petit réseau à Matane et c'était tout, rappelle le président du Créneau récréotourisme ACCORD Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Jean-François Tapp.

Aujourd'hui, il y a au-delà de 300 kilomètres de sentiers dans l'Est-du-Québec, ça a explosé, ajoute-t-il.

Un jeune garçon sur son vélo suivi d'une femme, aussi à vélo sur un sentier en forêt.

La popularité du vélo de montagne a explosé au cours de la dernière année, notamment auprès des familles (archives).

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Jean-François Tapp explique que la plupart des sites de vélo de montagne profitaient de l'assurance offerte par Vélo Québec à ses organisations membres. L'assureur de Vélo Québec s'est rendu compte que l'assurance ne correspondait plus du tout aux besoins et à la réalité du marché, indique-t-il.

Et après l'accident mortel survenu à Matane en juillet dernier, l'assureur a décidé de retirer ses billes pour réfléchir à la situation et adapter le programme. Ça fait que depuis l'automne dernier, les centres qui étaient assurés avec Vélo Québec ne le sont plus, explique-t-il.

Le club de vélo Éolien de Matane confirme d'ailleurs avoir déjà essuyé plusieurs refus d'assureurs, mais espère trouver une assurance adéquate d'ici le début de la saison.

Deux options : payer ou s'organiser

À moins d'arrêter leurs activités ou d'opérer sans assurance, les sites de vélo de montagne ont deux options, selon Jean-François Tapp.

Ils peuvent faire affaire avec un autre assureur plus onéreux, mais qui charge ce que ça vaut parce que le service est bonifié par rapport à ce que les centres avaient avant. Pour les clubs, ça fait passer leur prime d'environ 250 $ à 10 000 $, souligne-t-il.

La deuxième option est de joindre Aventure Écotourisme Québec (AEQ), qui offre aussi une assurance à ses membres. C'est de loin la meilleure option, mais ça demande un effort pour se professionnaliser, précise M. Tapp.

Jean-François Tapp lors d'une entrevue. Il est à l'extérieur, en été.

Jean-François Tapp est président du Créneau récréotourisme ACCORD Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Il est également guide en vélo de montagne (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Avec le Camp de base Coin-du-Banc, je suis membre d'AEQ, mais il a fallu qu'on prouve qu'on est des professionnels, qu'on est capable de faire du secourisme en région éloignée, que nos gens sont certifiés, qu'on a des protocoles d'évacuation, etc. Cette rigueur-là, ce ne sont pas tous les centres qui sont capables de l'assumer présentement, précise M. Tapp.

Les plus petites organisations sont plongées dans une réflexion assez majeure. Est-ce qu'on se professionnalise pour devenir membre d'AEQ ou on paie plus cher pour continuer d'opérer avec une pratique autoguidée?

Une citation de :Jean-François Tapp, président du Créneau récréotourisme ACCORD Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Beaucoup de sentiers de vélo de montagne, ce sont de petites structures à but non lucratif qui reposent sur des bénévoles, ils n'ont pas de quoi faire face à une multiplication par 10 de leurs primes d'assurance, souligne Magali Bebronne.

Une responsabilité partagée

Jean-François Tapp, qui est lui-même adepte et guide de vélo de montagne, rappelle que tous les sportifs ont également leur part de responsabilité.

Il insiste notamment sur l'importance de respecter son niveau d'habileté et de prendre le temps de marcher le long des sentiers pour observer les obstacles avant de s'y aventurer en vélo.

Avant de faire un obstacle, on descend du vélo et on le regarde. J'en fais depuis 30 ans et je fais ça encore! Je vais faire des courses d'Enduro et je marche toute la trail avant. Même les pros, c'est ce qu'ils font. C'est ça, une pratique sportive responsable.

Une citation de :Jean-François Tapp, président du Créneau récréotourisme ACCORD Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Mais l'industrie du vélo de montagne doit aussi faire ses devoirs, avance Jean-François Tapp, notamment pour uniformiser les niveaux de difficulté des sentiers d'un site à un autre, comme c'est le cas dans les stations de ski.

Je suis en discussion présentement avec d'autres leaders du vélo de montagne au Québec pour qu'on s'organise nous-mêmes, pour se concerter entre nous, Qu'on démontre que c'est une industrie sérieuse qui prend les moyens pour être sécuritaire, bien encadrée et assurable, indique-t-il.

Jean-François Tapp précise cependant que l'enjeu n'est pas que gaspésien; il est national et pluridisciplinaire puisque plusieurs autres disciplines de sports d'aventure sont aussi concernées par cette réflexion.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !