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Dans l'attente du verdict de Derek Chauvin, Minneapolis retient son souffle

Minneapolis ressemble à une ville qui vient de recevoir un ultimatum et qui est sur le pied de guerre.

Une vue en contre-plongée d'un immeuble protégé par une clôture.

Le Hennepin County Government Center, où est jugé Derek Chauvin.

Photo : Reuters / NICHOLAS PFOSI

Dans l'attente du verdict de l’ancien policier Derek Chauvin, inculpé pour meurtre au deuxième et au troisième degré et pour homicide involontaire, les tanks et des jeeps militaires ont pris position au centre-ville de Minneapolis.

La ville est en attente, silencieuse, calme. Peut-être trop. Les commerçants autour du palais de justice ont placardé leurs fenêtres et leurs portes.

Le centre-ville est plutôt désert, malgré le beau temps. De jeunes soldats de la garde nationale effectuent des patrouilles.

Des hommes en treillis, armés de fusils mitrailleurs, discutent à côté d'un véhicule blindé.

La garde nationale a été appelée en renfort.

Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis

Nous sommes ici sur l’ordre du gouverneur du Minnesota, lance l’un d’entre eux, qui préfère taire son nom. Sa collègue, âgée de 19 ans, affirme qu’elle s'attendait à plus de tensions.

La présence militaire se veut dissuasive, car on redoute les émeutes au lendemain du verdict.

Il y a presque un an que le monde entier a observé, pendant environ dix minutes, George Floyd rendre son dernier souffle sous le genou du policier Derek Chauvin.

Il faut que le verdict aille du bon côté, sinon on est foutus.

Une citation de :Une serveuse au Hen House

Le bon côté, selon Heidi Johnson, native de Minneapolis, c’est une peine maximale de 40 ans de prison pour Derek Chauvin. Je n’ai pas beaucoup d’espoir en ce qui concerne ce système, mais je garde un peu la foi.

Selon elle, il ne devrait même pas y avoir de procès, on a tous vu ce qui s’est passé.

Le verdict repose sur les 12 jurés qui vont commencer leurs délibérations à huis clos lundi, après la fin des plaidoiries. Il suffit qu’un seul d’entre eux soit en désaccord pour que le procès soit annulé.

Déjà plusieurs scénarios sont envisagés, dont une condamnation avec possibilité d’appel, mais également un acquittement sans possibilité d’appel.

Près du palais de justice, une centaine de personnes se sont rassemblées pour prier. C’est le bien contre le mal , lance l’avocate et militante Nekima Levy Armstrong.

Mère de quatre enfants et professeure de droit, elle espère que Derek Chauvin écopera de la peine la plus sévère, mais elle affirme ne pas se faire trop d’illusions.

Une femme noire pose en souriant avec un t-shirt sur lequel est écrit « No justice, no peace ».

Nekima Levy Armstrong, avocate et militante

Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis

Nous savons que le système judiciaire est biaisé, qu'il a été construit pour opprimer la population noire. C’est l’esclavage institutionnel du XXIe siècle.

Une citation de :Nekima Levy Armstrong, avocate et militante

Il y a de la colère dans l'air, mais surtout de la douleur, amplifiée par la mort du jeune Daunte Wright tout récemment.

Un autre cas qui ravive les tensions

Cet Afro-Américain de 20 ans a été tué par une policière, Kim Potter, qui aurait confondu son arme électrique Taser avec son revolver. Ce jeune Noir se faisait interpeller pour une plaque d’immatriculation expirée.

L’ex-policière est accusée d’homicide involontaire, mais la population réclame une accusation de meurtre au troisième degré, le chef d’accusation qu’a reçu un autre policier du Minnesota d’origine somalienne, Mohammed Noor, après avoir tué une femme accidentellement en 2017.

Il y a toujours une excuse pour nous tirer dessus, lance Maya, dans la vingtaine, qui porte un t-shirt à l'effigie de tous les jeunes Afro-Américains tombés sous les balles de policiers blancs.

Plus loin, la révérende Brenda Johnson brandit sa pancarte Le pouvoir de la prière. Il faut que Derek Chauvin ait une peine d'au moins 10 ou 12 ans de prison pour homicide, selon elle.

Une femme noire brandit une pancarte où est écrit « Power of prayer ».

La révérende Brenda Johnson

Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis

Nous sommes encore considérés comme des sous-humains, dit-elle. Le Minnesota a la réputation d’être un État accueillant et gentil, mais derrière ton dos, c’est du racisme sournois.

Il y a deux systèmes de justice : un pour les Noirs, un pour les Blancs.

Une citation de :La révérende Brenda Johnson

C’est un peu comme si ce verdict allait confirmer ou infirmer cette croyance.

Dans la banlieue, à Brooklyn Center, à environ 15 minutes de Minneapolis, le poste de police où travaillait la policière Kim Potter est sur le qui-vive. Soir après soir, la population défie le couvre-feu et réclame la condamnation de la policière.

Des contenants de désodorisant en forme de sapin sont attachés à une clôture, devant un immeuble.

Des contenants de désodorisant en forme de sapin ornent la clôture du poste de police de Brooklyn Center en mémoire de Daunte Wright.

Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis

Ici aussi, la garde nationale est venue prêter main-forte à la police.

Des articles désodorisants en forme de sapin ornent la clôture, car le jeune Daunte Wright aurait d’abord été interpellé parce qu'il avait un tel objet accroché à son rétroviseur. Le Minnesota interdit tout objet pendant sur les rétroviseurs des voitures.

Ici, des membres de la Nation Black Panther défilent juste devant l’édifice. Leur chef Nasiy affirme qu’ils sont là pour assurer la sécurité de la communauté.

Le système ne protège pas les nôtres, dit-il.

Le système est corrompu et infiltré par les suprémacistes blancs, et il faut que ça change.

Une citation de :Nasiy, de la Nation Black Panther
Quatre hommes masqués, portant des habits militaires noirs ainsi qu'un béret rouge, posent pour la photo. Deux d'entre eux ont un fusil mitrailleur.

Des membres de la Nation Black Panther

Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis

Lundi, ce sera l’heure de vérité pour le système judiciaire : saura-t-il être à la hauteur des attentes?

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