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La maladie de Lyme sera reconnue comme maladie professionnelle

Photo d'une tique non datée des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

La maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire au Québec depuis 2003.

Photo : The Associated Press / James Gathany

La maladie de Lyme sera ajoutée à la liste des maladies professionnelles. Un gain non seulement pour les travailleurs qui en sont atteints, selon l'Association québécoise de la maladie de Lyme, mais aussi pour la reconnaissance de ce mal en progression au Québec. Un mal qui continue de faire débat dans la communauté médicale.

L'ajout de la maladie de Lyme à la liste des maladies professionnelles découle d'un amendement proposé par le Parti québécois, dans le cadre de l'étude du projet de loi 59. Cet amendement, accepté par le ministre du Travail Jean Boulet, a été entériné jeudi en commission parlementaire.

Le député péquiste Sylvain Roy, à l'origine de cette proposition, se réjouit de cette victoire pour les travailleurs forestiers, les biologistes et les agents de la faune, notamment, lesquels s'exposent au risque d'être piqué par une tique à pattes noires, dont certaines sont porteuses de la bactérie Borrelia burgdorferi.

Avec l'intégration de la maladie de Lyme à l'intérieur de la liste des maladies professionnelles, le fardeau de la preuve est renversé. L'agent de la faune ne sera pas obligé de prendre un avocat pour le prouver, ça va être à l'employeur de prouver qu'il ne l'a pas contractée dans le cadre de son travail, a commenté M. Roy en entrevue à Radio-Canada.

Deux hommes sont dans un boisé en habit de protection et traînent des grands bouts de flanelle où peuvent s'attacher des tiques à pattes noires.

La maladie de Lyme est causée par la piqûre d'une tique à pattes noires porteuse de la bactérie Borrelia burgdorferi.

Photo : Radio-Canada

« De bon augure »

Satisfait de l'avancée obtenue jeudi, Sylvain Roy croit tout de même qu'il reste d'autres combats à mener au sujet de la maladie de Lyme. Il cite en exemple l'amélioration des outils de dépistage utilisés au Québec et tout le processus de prise en charge des malades afin d'éviter une errance médicale en cas de test négatif.

En 2019, M. Roy avait appuyé les démarches de Rémy Fortin, un agent de la faune de Québec atteint de la maladie de Lyme. Ce dernier avait reçu un diagnostic positif aux États-Unis, mais celui-ci n'était pas reconnu au Québec.

C’est une maladie qui réduit à néant la capacité de l’individu à retourner au travail dans la majorité des cas.

Une citation de :Sylvain Roy, député de Bonaventure

Le signal envoyé par le ministre du Travail est de bon augure pour la suite, selon Sylvain Roy. Il rappelle qu'en parallèle, le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, a récemment demandé un rapport complet sur la maladie de Lyme.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, a fait part de ses commentaires en conférence de presse à Québec.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, porte le dossier des travailleurs atteints de la maladie de Lyme depuis quelques années.

Photo : Radio-Canada

Un état de situation a été rendu public en mars dernier par l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESS). On y recommande entre autres la création de centres de référence pour les cas suspectés ou avérés, d'accroître les connaissances scientifiques sur la maladie de Lyme au Québec et de rehausser la sensibilisation auprès des professionnels de la santé.

La communauté médicale est divisée quant à la plausibilité que la maladie de Lyme puisse être à l'origine de symptômes systémiques généraux et persistants, peut-on y lire. La voir apparaître à la liste des maladies professionnelles est perçue par Sylvain Roy comme un levier pour les personnes atteintes.

L'état actuel des connaissances démontre que plus la maladie est diagnostiquée tardivement, plus il est difficile d'en reconnaître les signes. La maladie de Lyme tombe alors en phase chronique.

Quelques extraits du rapport de l'INESS

  • La maladie de Lyme est en progression au Québec. Les connaissances sur cette maladie sont en développement, et le degré de conscientisation des professionnels de la santé à propos de celle-ci est variable.

 

  • Selon les propos des patients, les consultations multiples de médecins spécialistes entraînent des diagnostics changeants, mais aussi la prise de différents médicaments parfois durant de longues périodes et sans que des bienfaits sur l’état de santé physique en soient retirés.

 

  • Afin d’améliorer l’expérience de soins et de diminuer l’errance médicale des personnes qui présentent des symptômes systémiques généraux et persistants attribués à la maladie de Lyme [...], le MSSS devrait favoriser la mise en place d’une offre de soins et de services au sein d’un ou de certains centres de référence désignés.

 

Source : Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESS)

Progrès salué

L'Association québécoise de la maladie de Lyme y voit elle aussi un signal important envoyé par le gouvernement aux personnes qui en souffrent . Ça donne beaucoup d'espoir. Ça va forcer les médecins à reconnaître les signes cliniques, affirme Carl Dubois, vice-président de l'association.

Il espère en effet que la communauté médicale sera davantage sensibilisée et informée des symptômes des porteurs de l'infection. La prise en charge des personnes diagnostiquées au Québec est selon lui adéquate, mais encore faut-il recevoir le diagnostic.

M. Dubois croit donc qu'il faut revoir les méthodes de dépistage. Son propre fils a lui-même reçu un diagnostic aux États-Unis, mais qui n'a pas été reconnu au Québec. La majorité des cas ne sont pas diagnostiqués adéquatement. [...] Alors ce n'était pas un énorme risque pour le ministre du Travail d'accepter la maladie de Lyme si on se limite [...] aux tests administrés au Québec, précise M. Dubois.

Un homme répond aux questions via son ordinateur.

Carl Dubois, vice-président de l'Association québécoise de la maladie de Lyme .

Photo : Radio-Canada

En ce sens, l'association espère que les recommandations de l'INESS seront rapidement mises en place. Une rencontre a été demandée avec le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Pour Carl Dubois, la création des centres de référence est la clé de voûte et la recommandation la plus importante à mettre en place. Dès qu'on met un centre de référence, on met de l'expertise, on va faire de la recherche, on va prendre en charge des personnes qui ont des signes cliniques semblables, soutient-il.

Ces percées arrivent également au moment où la maladie est en progression dans la province, passant de 125 cas en 2014 à 500 en 2019. La tique gagne elle aussi du terrain, quoique plus présente en Estrie, en Montérégie, en Mauricie et en Outaouais.

La prévalence de l'infection est probablement plus élevée. Comme le diagnostic de la maladie de Lyme peut, dans certains cas, être difficile à poser, le nombre réel de cas est probablement plus élevé que le nombre de cas déclarés, reconnaît le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Cas déclarés de la maladie de Lyme au Québec

2014 : 125

2015 : 160

2016 : 177

2017 : 329

2018 : 304

2019 : 500

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

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