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Analyse

L’Ontario dans un bourbier, à qui la faute?

Un homme montre un graphique.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, montre un graphique illustrant une projection du nombre de cas de COVID-19 dans la province lors d'une conférence de presse le 16 avril 2021 à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

« Situation désastreuse », « effondrement logistique », « échec imminent »; les professionnels de la santé sont à court de substantifs pour décrire la catastrophe qui guette les Ontariens. Après avoir tenté de freiner la progression du virus à coup de « demi-mesures », Doug Ford opte cette fois-ci pour un remède draconien. Ces nouveaux sacrifices suffiront-ils à corriger la situation? Les Ontariens paient-ils le prix du laxisme du gouvernement Ford?

Au rythme où vont les choses, l'Ontario pourrait perdre la bataille contre les variants. La province est au pied du mur, comme l'a expliqué Doug Ford en conférence de presse, vendredi. Aux grands maux les grands remèdes; son gouvernement a déballé une liste étourdissante de nouvelles mesures. Contrôles policiers, déplacements limités, rassemblements extérieurs proscrits, fermeture des installations sportives; le gouvernement semble vouloir rattraper le temps perdu.

Doug Ford affirme avoir imposé le confinement le plus strict en Amérique du Nord. Mais les cibles choisies sont-elles les bonnes? Des mesures réclamées depuis longtemps par les experts continuent de briller par leur absence.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, observe une infirmière préparer une dose du vaccin contre la COVID-19.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, observe une infirmière qui prépare une dose du vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Par exemple, le resserrement annoncé ne comprend pas de congés maladie payés pour les travailleurs essentiels. L’idée reçoit de plus en plus d’appuis, puisqu’elle permettrait de garder les employés infectés à la maison. Le gouvernement n’a pas voulu non plus intervenir pour limiter les risques de propagation dans les grands entrepôts et les usines. Quant à la fermeture de chantiers de construction, il suffit de consulter la liste des exceptions pour réaliser que très peu de projets seront suspendus.

Il n’y a que très peu d’options encore disponibles, a répondu Doug Ford aux journalistes. En réalité, d’autres mesures sont toujours à sa disposition, mais il préfère les ignorer. L’Ontario est en mode panique, mais pas au point de sortir tout l’arsenal antipandémique.

Le premier ministre Doug Ford, lors d'une conférence de presse à Queen's Park, au début avril.

Depuis la fin mars, le premier ministre Doug Ford ne fait qu'intensifier les restrictions en vigueur dans sa province.

Photo : The Canadian Press / Chris Young

Le gouvernement Ford veut certainement donner une tout autre impression. La solliciteure générale soulignait cette semaine les écarts de conduite parmi la population et un manque d'adhésion aux mesures déjà en vigueur. Elle envoyait le signal que seule la punition fonctionnerait devant le ras-le-bol généralisé.

S’il est vrai que les Ontariens ne respectent plus les directives à la lettre comme en mars 2020, Doug Ford doit aussi porter une partie du blâme pour son refus d’intervenir à la hauteur de la situation. La question est donc légitime : lorsque Doug Ford assure que toutes les options sont envisagées, le sont-elles vraiment?

Sauver des vies, sauver l'été : le pari de Doug Ford

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de serrer la vis? Les projections sombres se sont pourtant succédé cet hiver, sans embellie, et la vitesse de vaccination a été plus lente que prévu. La province est maintenant dans une fâcheuse posture.

Pour Doug Ford, les nouvelles restrictions représentent un effort ultime pour contrôler la flambée des cas. Six semaines de misère, pour éviter le pire, soit 30 000 nouveaux cas chaque jour d’ici juin. De tels chiffres signifieraient le début du triage éthique dans les hôpitaux, ce qu’on a réussi à éviter jusqu’à présent.

Photo aérienne qui montre une série de tentes dans un stationnement de l'hôpital.

L'Hôpital Sunnybrook a aménagé un hôpital de campagne à côté du stationnement du personnel.

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Avec le portrait qu’on nous présente, l'été que tout le monde espérait est peut-être en péril. Un été plus calme, plus libre, sans COVID-19 constamment à nos trousses. De la façon dont vont les choses, je ne le sais plus, a avoué le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef. En l'absence d'une intervention musclée, les taux élevés de cas persisteront tout au long de l'été, a prévenu pour sa part le Dr Steini Brown, qui collige et analyse les données scientifiques pour la province.

Mais rien ne garantit le succès de l’opération de sauvetage. Les nouveaux sacrifices qu'on demande aux Ontariens pourraient ne pas suffire.

Quant à l’impact politique pour Doug Ford, les récentes restrictions pourraient lui faire perdre des plumes. L’annonce de vendredi semble avoir déclenché une grogne immédiate parmi la population. On dénonce des décisions d’abord idéologiques de la part du gouvernement et on l’invite à se laisser plutôt guider par les preuves scientifiques.

Cette colère citoyenne donne déjà des résultats; en moins de 24 heures, Doug Ford a dû préciser les pouvoirs spéciaux accordés à la police et reculer sur sa proposition d'interdire l’accès aux terrains de jeu pour enfants. D’autres changements ou concessions sont peut-être à prévoir. Le premier ministre est en train de se rendre compte que trop d’improvisation pourrait lui coûter cher.

L'équipe Ontario appelle à l'aide

Doug Ford s'est souvent vanté d'avoir les meilleurs et les plus compétents conseillers à sa disposition. Or, son équipe semble maintenant quelque peu dépassée par les événements.

Jeudi, le gouvernement a dû faire preuve d'humilité et admettre la fragilité de son système de santé. Il s'est tourné vers ses homologues provinciaux à la recherche de renforts, notamment des infirmières spécialisées et des inhalothérapeutes.

Une femme intubée entourée de personnel médical.

Une patiente aux soins intensifs en Ontario reçoit des soins contre la COVID-19, le 13 avril 2021.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Pour l’heure, seule Terre-Neuve-et-Labrador s'est montrée ouverte à fournir du personnel, de l'expertise et des équipements supplémentaires. Une simple goutte dans un océan, on s'entendra. Peut-être faudra-t-il se tourner vers les États-Unis pour trouver des ressources humaines supplémentaires. D’ici là, c'est chacun pour soi face à cette troisième vague.

Chose certaine, l’équipe Ontario est fatiguée et ses chances de succès devant la COVID-19 diminuent de jour en jour. Tout le monde est d’avis que les prochaines semaines seront cruciales. Et comme le déclarait la ministre Elliott vendredi : Des jours meilleurs sont à venir, mais ils n’arrivent pas aussi vite qu’on l’espérait.

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