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A-t-on vraiment besoin d'un plan de relance de plus de 70 milliards?

Justin Trudeau souriant devant un drapeau du Canada.

Le premier ministre Justin Trudeau prévoit un investissement de 70 à 100 milliards pour la relance dans le budget fédéral.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le gouvernement Trudeau déposera lundi son budget dans lequel il prévoit investir de 70 à 100 milliards de dollars pour la relance de l'économie. L’ampleur de cet investissement inquiète certains économistes, qui se questionnent sur sa nécessité.

Selon le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, le Canada n'a pas besoin de cet électrochoc à la grandeur de l'économie pour retrouver le niveau d'emploi prépandémique.

Les données économiques indiquent que l'emploi va probablement revenir à son niveau prépandémique d'ici la fin de l'année 2021 ou au début de 2022, affirme M. Giroux en entrevue.

Contrairement à la crise financière de 2008, ce n'est pas un déséquilibre fondamental dans l'économie qui a entraîné le choc.

Les gens seraient disposés à dépenser et à investir s'ils le pouvaient, dit-il, étude en main.

Une relance trop importante à court terme pourrait même avoir des effets négatifs, selon lui.

Le danger, c'est que, si on fait un plan de relance réparti sur l'ensemble de l'économie, on risque d'entraîner de la surchauffe.

Une citation de :Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

L'ancien conseiller politique de Justin Trudeau, Robert Asselin, affirme lui aussi que des effets très néfastes pourraient être observés si on ne fait que stimuler la consommation.

Il comprend que la tentation politique est là pour investir à court terme, surtout en contexte préélectoral, mais il met en garde le gouvernement : qui dit surchauffe de l'économie dit inflation, ce qui peut se traduire par une hausse des taux d'intérêt, selon M. Asselin.

Si les taux augmentent dans trois ou quatre ans, la facture [pour les contribuables] risque d'être salée.

Une citation de :Robert Asselin, ancien conseiller politique de Justin Trudeau

Déjà que les dépenses du gouvernement liées à la pandémie ont été très importantes.

Le ministre fédéral Dominic LeBlanc a indiqué que d'autres économistes ont recommandé d'investir pour la relance et que les sommes envisagées pour celle-ci sont similaires à celles annoncées par certains pays d'Europe.

L'impact économique de la récession qu'on vit présentement est différent, a-t-il dit vendredi. Des secteurs ont été très durement touchés, comme le tourisme, les arts et la culture, la restauration. La bonne nouvelle, c'est que la ministre des Finances aura plus de bonnes nouvelles à dire lundi.

Un autre genre de relance?

Robert Asselin, maintenant vice-président Politiques publiques du Conseil canadien des affaires, plaide pour une vision à plus long terme avec des investissements dans la formation de la main-d'œuvre, les technologies vertes et la recherche et développement.

C'est comme préparer une équipe de hockey à participer à un tournoi qui va durer sept matchs et non une période.

Une citation de :Robert Asselin, ancien conseiller politique de Justin Trudeau

Ça coûte cher de faire de la recherche et les entreprises peuvent hésiter à investir. C'est là que le gouvernement peut être utile, explique-t-il.

Selon lui, ce type d'investissement peut avoir des effets importants sur la croissance non seulement pour les deux ou trois prochaines années, mais pour la prochaine décennie.

Le Canada n'a pas non plus le choix de suivre ce que les États-Unis font, ajoute la professeure à l'Université d'Ottawa Geneviève Tellier, spécialiste en politiques budgétaires.

Elle rappelle que le président américain a présenté un plan de relance de plus de 1000 milliards de dollars qui comprend de nombreux investissements verts.

Si les Américains deviennent plus performants, plus productifs et plus verts, il va falloir que le Canada fasse un peu la même chose, sinon on va être déphasé, dit-elle.

Les Américains ne sont pas les seuls à prévoir d'importants investissements : l'Europe et certains pays d'Asie ont déjà annoncé qu'ils comptaient venir en aide à plusieurs secteurs prometteurs de leurs économies, par exemple en faisant des investissements dans des secteurs comme l'aéronautique qui pourraient leur donner des avantages par rapport au Canada.

Il faut être proactif, il faut regarder nos concurrents. Si d'autres pays sont plus proactifs, peut-être qu'ils pourront s'en sortir mieux que nous autres, alors il faut faire attention.

Une citation de :Geneviève Tellier, professeure à l'Université d'Ottawa

Toutefois, il y a plusieurs façons de manquer son coup, rappelle Yves Giroux.

C'est plus facile à dire qu'à faire! Par exemple, des pays ont investi dans des infrastructures et ça n'a rien donné parce que c'étaient des infrastructures inutiles! Le Japon en est un bon exemple, souligne le DPB.

Ce qui m'inquiète, c'est que le gouvernement n'est pas assez concentré sur la croissance économique et trop sur la redistribution de la richesse, ajoute Robert Asselin.

Au gouvernement, on indique que le budget va marquer le prochain cycle économique et qu'il sera utile pour transformer l'économie afin de la rendre plus juste et plus équitable. À court terme, ce budget servira aussi de plateforme électorale pour les libéraux.

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