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Budget fédéral : plus de 100 G$ de dépenses et 265 G$ de déficits sur trois ans

Chrystia Freeland prononce le discours du budget à la Chambre des communes.

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, lors de la présentation de son budget à la Chambre des communes, lundi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Malgré les déficits, le premier budget en deux ans du gouvernement Trudeau ne lésine pas sur les dépenses pour relancer l’économie canadienne. Les nombreux programmes annoncés par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, résolument orientés vers des clientèles cibles, donnent un avant-goût du programme libéral en vue de probables élections générales anticipées. Parmi eux : des garderies à 10 $ par jour d’ici 2026 à l’extérieur du Québec.

Inspiré du modèle québécois, un système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants verra progressivement le jour au pays dans l’espoir de réduire de moitié les frais présentement payés par les parents et de permettre à davantage de femmes d’intégrer le marché du travail. Le budget souligne que le Québec compte désormais le taux d’emploi le plus élevé au monde chez les femmes ayant des enfants de moins de 3 ans.

L’accès à des services de garde réglementés à peu de frais pourrait entraîner l’ajout de 240 000 travailleurs au sein du marché du travail canadien et une hausse du produit intérieur brut réel de 1,2 % sur 20 ans.

Aux yeux du gouvernement, ce programme est l’une des mesures les plus importantes prises depuis la mise en place d’accords de libre-échange nord-américains en matière de nouvelles possibilités économiques. L’ancien gouvernement conservateur avait annulé des ententes en ce sens avec les provinces en 2006, qui découlaient de l’ère du libéral Paul Martin.

Près de 30 milliards de dollars sont prévus pour mettre en place ce système au cours des cinq prochaines années. Le coût s’établira ensuite à 8,3 milliards de dollars par année, de façon permanente. Le montant à recevoir en compensation pour le Québec n’a pas encore été défini; des négociations devront avoir lieu, mais Ottawa assure qu’il contribuera à maintenir et à élargir son système.

Ce budget vise à finir la lutte contre la COVID. Il vise à guérir les blessures économiques découlant de la récession causée par la COVID. Il vise également à créer plus d’emplois et de la prospérité.

Une citation de :Chrystia Freeland, ministre fédérale des Finances

Fin des programmes d’aide liés à la COVID-19

Avec la réouverture complète des activités, le budget de 864 pages, intitulé Une relance axée sur les emplois, la croissance et la résilience, prévoit que les mesures de soutien au revenu et aux entreprises disparaîtront peu à peu jusqu’au 25 septembre, soit trois mois plus tard que prévu. La Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), mise en place pour les personnes non admissibles à l’assurance-emploi, passera de 500 $ à 300 $ par semaine à la mi-juillet.

Pendant la transition, de juin à novembre, un programme d’embauche de près de 600 millions de dollars permettra aux entreprises de réembaucher des travailleurs. Les employeurs, qui composeront avec des coûts supplémentaires liés à la reprise, devront toutefois choisir entre la Subvention salariale d’urgence du Canada et cette nouvelle subvention, selon la plus élevée.

Jusqu’à 4 milliards de dollars, sous la forme de microsubventions notamment, seront offertes à 160 000 petites et moyennes entreprises qui voudront adopter de nouvelles technologies numériques.

Les entreprises touristiques et les événements culturels, qui ont grandement souffert des contrecoups de la pandémie, recevront un milliard de dollars supplémentaires.

Pour inciter les moins nantis à réintégrer le marché du travail, l’Allocation canadienne pour les travailleurs sera bonifiée de façon importante, à un coût d’environ 1,7 milliard de dollars par année. Les seuils à partir desquels le crédit d’impôt remboursable commence à diminuer passeront par exemple de 13 194 $ à 22 944 $. Cette bonification permettrait de sortir 100 000 personnes de la pauvreté.

Un chèque de 500 $ pour les 75 ans et plus

Les personnes âgées de 75 ans et plus bénéficiaires de la pension de la Sécurité de la vieillesse se réjouiront de ce budget. Au mois d’août 2021, le gouvernement Trudeau leur versera un paiement unique de 500 $. Certains s’interrogent sur le moment choisi pour ce versement, avec un possible calendrier électoral qui se dessine.

C’est absolument nécessaire, s’est défendu la ministre Freeland. Nos aînés ont vécu une année très difficile et cette aide va les aider à participer dans la vie de notre pays avec la relance de notre économie.

Par la suite, pour ces mêmes prestataires, les paiements réguliers seront augmentés de 10 % à compter de juillet 2022. Ces deux mesures, qui touchent 3,3 millions d'aînés, coûteront 12 milliards de dollars sur cinq ans, à compter de 2021-2022, puis 3 milliards par année par la suite

Pas de nouveaux transferts en santé

Les provinces ressortiront bien déçues de ce budget qui ne leur offre pas l’augmentation réclamée des transferts fédéraux en santé de 42 à 70 milliards de dollars.

Ottawa table plutôt sur un investissement de 3 milliards de dollars sur cinq ans dans les établissements de soins de longue durée au pays en contrepartie du respect de nouvelles normes fédérales. Nombre d’entre eux ont été dévastés par la COVID-19.

Le budget prévoit par ailleurs des investissements de 2,2 milliards de dollars sur cinq ans pour renforcer la capacité de fabrication de vaccins au Canada afin d’affronter de nouveaux variants de la COVID-19. Nous rétablissons notre capacité nationale en matière de biofabrication, a déclaré Chrystia Freeland.

Une cible de réduction de GES plus précise

De nouveaux investissements permettent, selon le budget fédéral de 2021, de fixer la cible de réduction de gaz à effet de serre à 36 % sous les niveaux de 2005, d’ici 2030; elle pourrait cependant être rehaussée dans les prochains jours à l'occasion d'un sommet sur le climat les 22 et 23 avril. Lors de la présentation de son plan climatique en décembre, Ottawa misait sur une cible de 32 à 40 %.

Parmi les mesures présentées, un financement supplémentaire de 5 milliards de dollars sur sept ans, pour un total de 8 milliards, sera proposé aux entreprises qui souhaitent décarboniser leurs opérations avec l’initiative accélérateur net zéro.

Pour les particuliers, 4,4 milliards de dollars sur cinq ans seront offerts sous la forme de prêts sans intérêt d’un maximum de 40 000 $ pour réaliser des rénovations destinées à améliorer l’efficacité énergétique de leur résidence. Il est prévu que plus de 200 000 ménages pourront en bénéficier.

Ce financement proviendra de la Société canadienne d’hypothèques et de logement et pourra être combiné aux subventions de 5000 $ de l’énoncé économique de l’automne. La rareté des matériaux de construction a significativement gonflé la facture des travaux dans la dernière année.

Près de 700 milliards de déficits sur six ans

Au total, la réponse du gouvernement canadien à la COVID-19 aura entraîné des dépenses de 272 milliards en 2020-2021 et de 76 milliards en 2021-2022, dont plus de 9 milliards pour l’achat des vaccins seulement.

Voilà qu’il ajoute 101,4 milliards d’investissements sur trois ans pour relancer l’économie.

Pourtant, le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, avait fait une mise en garde dans un rapport prébudgétaire en mars. Le plan de relance qui était de 70 à 100 milliards de dollars dans l’énoncé économique de novembre posait, selon lui, un risque à la hausse pour nos perspectives économiques dans un contexte où l’économie reprend sa vigueur d'elle-même.

Mais la ministre Freeland a surpassé la cible d’investissements, qu’elle qualifie de responsable et viable.

Le ratio dette au PIB atteindrait 49,2 % d’ici 2025-2026. À ce moment, les déficits cumulés depuis le début de la pandémie atteindront 686,1 milliards de dollars. La dette aura presque doublé à 1411 milliards de dollars, de même que ses frais d’intérêts à 39 milliards.

Certains diront que notre sentiment d’urgence est injustifié. Je leur pose les questions suivantes : Avez-vous perdu votre emploi pendant le confinement lié à la COVID-19? […] Craignez-vous de perdre votre emploi durant cette troisième vague?

Une citation de :Chrystia Freeland, ministre fédérale des Finances

En 2020-2021, le déficit historique sera finalement de 354,2 milliards, soit 27,4 milliards de dollars de moins que prévu dans l’énoncé économique de novembre. Cette année, il atteindra 154,7 milliards de dollars.

Le retour à l’équilibre budgétaire demeure encore à ce jour inconnu.

Autres mesures en rafale :

  • 18 milliards de dollars sur cinq ans pour réduire les écarts entre les peuples autochtones et non autochtones;
  • Investissements de 5,7 milliards de dollars sur cinq ans pour aider les jeunes à terminer leurs études et à alléger leur dette étudiante, et pour créer des emplois dans les métiers spécialisés et les industries de haute technologie;
  • Investissements de 2,5 milliards de dollars et réaffectation de fonds de 1,3 milliard de dollars pour la construction ou la rénovation de 35 000 logements abordables;
  • Financement de 1,75 milliard de dollars sur sept ans pour le secteur aérospatial en reconnaissance des répercussions de la COVID-19, et 250 millions de dollars sur trois ans pour la mise en œuvre une initiative de relance régionale de l’aérospatiale;
  • 85 millions de dollars sur cinq ans pour un programme national de conseils juridiques à l’intention des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, et 28,4 millions de dollars sur cinq ans pour la protection des femmes et des enfants pendant la séparation;
  • Salaire horaire minimal pour les entreprises à charte fédérale de 15 $ l’heure;
  • Nouvelle taxe de luxe sur les voitures, bateaux et avions de plus de 100 000 $, sur les biens immobiliers résidentiels vacants appartenant à des étrangers, et sur les géants du web;
  • Hausse des droits d’accise sur le tabac de 4 $ par cartouche de 200 cigarettes en 2021 et nouveaux droits d’accise sur les produits de vapotage en 2022.

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