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Dans la tête d’un enfant autiste

On estime qu’un garçon sur 43 est autiste au Québec, ce qui est cinq fois plus élevé que chez les filles. À l’occasion du Mois de l’autisme, nous en avons rencontré un qui nous raconte sa réalité.

Elwan est assis sur un divan. Il porte un chandail avec un gros ours dessus. Il sourit.

Le diagnostic d'autisme d'Elwan est tombé en juillet 2020.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

« Je m’appelle Elwan Pasquet-Côté, j’ai 11 ans et je suis autiste. »

Ma façon de penser, de réagir à tout ce qui m’entoure n’est pas comme la majorité des gens. Je me sens différent, mais tout le monde est différent dans le fond. Par exemple, je préfère ne pas avoir trop d’informations en même temps. Tout ce qui est amené en contexte scolaire, ça me rebute. Il faut que ça vienne de moi.

L’école, ça a toujours été difficile pour moi. Pas tant la matière que la façon dont ça fonctionne. Mes problèmes étaient tellement graves que mes parents ne m’ont pas laissé terminer ma maternelle. C’était mieux pour tout le monde. Je faisais des grosses colères. Je me fâchais vraiment fort.

Elwan qui efface des lettres sur une feuille lignée.

En plus d'être autiste, Elwan a aussi un trouble développemental de la coordination (dyspraxie) et un TDAH.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Je suis retourné à l’école en première année. C’était une nouvelle école qui était plus petite que la première, alors on pensait que ce serait mieux pour moi. Mais non. J’ai continué à faire des crises et à être agressif avec les autres. Ma mère devait souvent venir me chercher à l’école parce que j’étais incontrôlable.

Ma maman a même perdu son emploi parce que l’école l’appelait trop souvent.

Une citation de :Elwan Pasquet-Côté

Une fois, au retour d’une sortie scolaire, les adultes avaient été obligés d’arrêter l’autobus à une station-service pour m’en sortir. Deux enseignants sont restés avec moi le temps que ma maman, qui travaillait, vienne me chercher. J’étais comme dans un état second. J’étais en état de choc.

Elwan assis sur son lit qui joue avec un camion.

Quand Elwan est à la maison, avec sa famille, il est plus calme.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

C’était difficile pour mes parents de comprendre à quel point je pouvais être choqué, parce que ça n’arrivait pas vraiment chez moi. Je ne me souviens de presque rien une fois que mes crises sont terminées. Quand ma maman m’a fait réaliser, la fois de l’autobus, que j’avais fait peur aux amis, j’ai pleuré.

Mes parents, mes enseignants et mon médecin ne comprenaient pas vraiment ce que j’avais. Pourquoi je réagissais comme ça.

Elwan qui écrit un texte sur une table. À l'avant-plan, il y a des crayons.

Elwan poursuit maintenant son apprentissage scolaire à la maison.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Puis, on a décidé de me mettre dans une classe de troubles du comportement, dans une nouvelle école. Ma maman était contente, parce qu’il y aurait des gens qui s’occuperaient bien de moi. Puis, elle est allée à une entrevue pour un nouveau travail. C’est à ce moment-là que j’ai fait une grosse crise, et que j’ai été expulsé de l’école.

Ma maman dit souvent qu’en première année, on m’a toléré. Puis, en deuxième année, on m’a enduré, et en troisième année, on m’a expulsé.

Une citation de :Elwan Pasquet-Côté
Chrystelle Pasquet et son fils Elwan qui lisent au livre.

Si la maman avait accepté qu'Elwan aille à l'école Le Monarque, ça aurait été sa troisième en un an. « C'est beaucoup de rejet pour un enfant de neuf ans. »

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Les adultes de l’école et des services sociaux ont décidé que la meilleure école pour moi serait Le Monarque, une école pour enfants qui ont des difficultés, qui ont de graves troubles de comportement. Mes parents sont allés la visiter, mais ils ont décidé que je n’irais pas. Ça aurait été ma troisième école depuis le début de l’année. C’est beaucoup de rejet pour un enfant de neuf ans, qu’ils ont dit.

C’est à ce moment que ma maman a décidé de me faire l’école à la maison. J’étais en troisième année.

Ça ne fonctionnait pas du tout l’école pour moi. L’école, ça m’a traumatisé. Je n’ai pas aimé me faire rejeter et me faire dire que je n’étais pas bien.

Une citation de :Elwan Pasquet-Côté

Maintenant, depuis que je fais l’école à la maison, je me sens bien.

La mère d'Elwan lui lit une histoire.

La mère d'Elwan, Chrystelle Pasquet, a mis sa carrière en veilleuse pour scolariser son fils à la maison.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

À travers tout ça, mes parents ont travaillé fort pour comprendre ce que j’avais. J’ai eu beaucoup de rendez-vous chez le médecin. Très vite, ils ont dit que j’avais un TDAH. Puis, ils ont trouvé que j’avais une dyspraxie.

Mais ça n’expliquait pas vraiment mes crises. Ça a été long avant qu’un médecin trouve enfin c’était quoi. C’est arrivé l’été passé. Finalement, je suis autiste. Tout ça, ça a été dur pour mon estime de moi. Je ne comprends pas pourquoi ça a été aussi long avant que l’on comprenne ce que j’ai. Pourquoi ça a été aussi long avant qu’on nous croit?

Ça m’a fait du bien de savoir que j’étais autiste. Ça m’a fait du bien parce que j’ai compris que ce n’était pas de ma faute tout ce qui s’est passé dans les dernières années.

Une citation de :Elwan Pasquet-Côté
Gros plan de la maman d'Elwan, Chrystelle Pasquet. Elwan, quant à lui, est de côté. Il sourit.

Elwan se trouve très chanceux que sa maman lui enseigne à la maison. Il peut ainsi poursuivre ses apprentissages en respectant ses propres limites.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

J’ai beaucoup changé depuis que je ne vais plus à l’école. Je ne fais plus d’anxiété. Je ne fais plus de crise violente. Je suis obsessif avec certains trucs. Je bourrasse encore des fois. Je reste un enfant de 11 ans, mais ça se gère.

Ma maman n’a plus peur que je sorte un couteau de la cuisine en criant que je veux mourir.

Une citation de :Elwan Pasquet-Côté

Mes grandes soeurs et mon grand frère ont aussi remarqué la différence depuis que je ne vais plus à l’école. Ils disent que c’est incroyable comme j’ai changé.

Je sais qu’elle m’aime fort, mais ma maman a quand même mis sa vie sur pause pour me faire l’école à la maison. Elle a arrêté de travailler. Elle est maintenant de garde 24 heures sur 24 avec moi. Elle dit que la maladie de ma soeur, l'hyperinsulinisme, c’était de la petite bière à côté de moi.

Maintenant que ça va mieux, j’ai pensé retourner à l’école en sixième année. Puis finalement, non. Je suis bien à la maison avec ma maman.

Elwan et Chrystelle lisent un livre ensemble.

Chrystelle Pasquet dit que ça a été long avant que les spécialistes mettent des mots sur les comportements d'Elwan.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

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