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Les provinces refusent de partager leurs stocks de vaccins

Une femme vient d'être vaccinée.

Bien que l'Association médicale canadienne recommande de modifier la stratégie de distribution de vaccins entre les provinces, ces dernières estiment trop périlleux de se départir d'une partie de leurs stocks.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Les gouvernements provinciaux ont rejeté, vendredi, la possibilité de partager les stocks de vaccins contre la COVID-19 avec des provinces où le virus se propage avec plus d'intensité. Quant à l'idée d'envoyer des travailleurs de la santé et de l'équipement, les réponses sont partagées.

Plus tôt dans la journée, l'Association médicale canadienne (AMC) avait recommandé au gouvernement fédéral de repenser la stratégie de distribution des vaccins au pays.

Pour la présidente de l'AMC, la Dre Ann Collins, la situation sanitaire atteint un point critique dans plusieurs provinces et les ressources nationales doivent être mobilisées là où c’est nécessaire. Le tout pour éviter de faire le choix insupportable de déterminer qui vivra, si les ressources ne sont pas disponibles, a-t-elle prévenu par voie de communiqué.

Questionné à ce sujet vendredi, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a rappelé que chaque dose de vaccin qui arrive au Canada est distribuée en vertu d'une formule sur laquelle les provinces et les territoires se sont entendus.

M. Trudeau s'est dit prêt à modifier cette formule, mais à la condition que les provinces soient d'accord pour la changer, a-t-il précisé.

La réponse de nombre de provinces ne s'est pas fait attendre : c'est non.

Chaque dose compte, a déclaré Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, pour qui la situation est fragile et les ressources, épuisées. Il est impératif de continuer la livraison des doses en fonction du prorata de la population, a-t-il poursuivi, affirmant que le Québec doit vacciner rapidement pour garder le contrôle sur cette troisième vague.

En Saskatchewan, le premier ministre Scott Moe affirme que les vaccins dont il dispose doivent rester là où ils sont.

En Nouvelle-Écosse, le premier ministre Iain Rankin s'y oppose aussi. Il soutient que toute dose supplémentaire offerte par sa province équivaudrait à une goutte d'eau par rapport aux besoins énormes de l'Ontario. Les choses peuvent changer rapidement et nous nous efforçons d'éviter la troisième vague, dit M. Rankin, qui estime que sa province a fait des sacrifices et respecté les restrictions [sanitaires].

À Terre-Neuve-et-Labrador, le premier ministre Andrew Furey affirme qu'il est équitable de conserver le modèle d'allocation des vaccins en fonction du nombre d'habitants. Vu la nature dynamique de cette pandémie, n'importe quelle province, n'importe quel territoire peut se retrouver en situation grave à tout moment, conclut-il.

Le virus gagne du terrain

Vendredi, la plus haute responsable de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a dressé un portrait inquiétant de la progression de la pandémie au pays.

Malheureusement, on commence à voir une augmentation de la tendance en matière de mortalité avec 41 décès par jour rapportés en moyenne depuis une semaine, a-t-elle déclaré. Il s'agit d'une augmentation de 38 % par rapport à la semaine précédente.

Cette semaine, toujours, le nombre de personnes aux prises avec une maladie grave a connu une hausse : en moyenne, 3400 personnes contaminées à la COVID-19 sont hospitalisées chaque jour, dont près de 1500 sont aux soins intensifs. En comparaison avec la semaine précédente, cela représente des augmentations respectives de 34 et 22 %.

Dans ce contexte, le premier ministre Trudeau assure qu'Ottawa va prêter main-forte sur plus d'un front et que des discussions sont en cours pour envoyer des travailleurs de la santé supplémentaires là où ce sera nécessaire.

L'étau se resserre sur l'Ontario

Un homme montre un graphique.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, montre un graphique illustrant une projection du nombre de cas de COVID-19 dans la province.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

En Ontario, devant la hausse incontrôlée des cas de COVID-19, l'ordre de rester à la maison a été prolongé de deux semaines et un contrôle de la circulation sera exercé aux frontières interprovinciales.

De plus, le gouvernement ontarien a demandé vendredi à ce qu'infirmières et autres travailleurs de la santé viennent d'autres provinces pour soulager ses hôpitaux, surtout aux soins intensifs.

Selon la sous-ministre de la Santé, Helen Angus, les hôpitaux ontariens nécessiteront 4145 infirmières de plus dans les quatre mois à venir. L'Ontario souhaite aussi accueillir 620 autres professionnels de la santé, dont des inhalothérapeutes.

Pour tenter de juguler la crise dans les autres provinces, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador se disent prêtes à fournir du personnel, de l'expertise et du matériel médical si la capacité de leurs systèmes hospitaliers le permet.

En Alberta, toutefois, la hausse du nombre de cas et d'hospitalisations rend impossible l'envoi de renfort, selon le premier ministre de la province, Jason Kenney. Notre priorité doit être la santé et la sécurité des Albertains, a déclaré vendredi son attachée de presse, Jessica Goodwin.

Elle rappelle qu'au début de la pandémie, l'Alberta a expédié plus de 35 millions de gants, couvre-visages, lunettes de protection et respirateurs à la Colombie-Britannique, à l'Ontario et au Québec. Nos pensées sont avec la population de l'Ontario qui combat cette troisième vague et nous continuerons nos discussions avec le gouvernement ontarien pour savoir de quelle manière l'Alberta pourra le soutenir à l'avenir, a-t-elle conclu.

Pour sa part, le premier ministre François Legault a rappelé que le Québec faisait face à des enjeux de main-d'oeuvre dans le réseau de la santé avant la pandémie. Nous comprenons la situation délicate dans laquelle se trouve l’Ontario, nous sommes tous dans une course contre les variants et contre ce virus, mais nous devons nous assurer d’avoir les effectifs nécessaires pour soigner nos patients COVID, alors que nous enregistrons également une hausse des hospitalisations depuis le début de cette troisième vague, a-t-il déclaré.

Pas que des pions sur un échiquier

En entrevue avec CBC, le Dr Christopher Labos, épidémiologiste et cardiologue basé à Montréal, a expliqué que le partage de personnel entre provinces dans le domaine de la santé s'avère plus complexe qu'il n'y paraît.

Nous n'avons pas qu'un système de santé dans ce pays, nous en avons 14, a-t-il rappelé.

Le Dr Labos dit que des différences dans l'accréditation des professionnels de la santé peuvent à elles seules causer des problèmes.

On ne peut pas bouger les gens comme les pièces d'un échiquier, affirme-t-il. Les gens ont des familles et des responsabilités qui rendent les déplacements difficiles.

Il pousse la réflexion plus loin : Nous devons prendre conscience que nous avons un manque d'effectifs dans le système de santé, même quand tout va pour le mieux. Si nous ne remédions pas à ce problème, nous ne serons pas en mesure de faire face aux urgences lorsqu'elles se présenteront à l'avenir.

Avec les informations de cbc, et La Presse canadienne

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