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Non, des vers ne vivent pas à la surface des masques d'intervention

Plusieurs publications virales laissent entendre que des « vers » en mouvement sont observables à la surface des masques de procédure. En réalité, des fibres textiles ou synthétiques sont en cause.

Capture d'écran d'une publication sur Facebook qui soutient que des vers se logent à la surface des masques distribués aux élèves dans les écoles. Gros plan sur la paroi d'un masque de procédure où apparaît un filament noir. L'inscription "FAUX" est superposée à l'image.

Capture d'écran d'une publication sur Facebook qui soutient que des vers se logent à la surface des masques distribués aux élèves dans les écoles.

Photo : Radio-Canada

Depuis le début de la pandémie, les masques ont suscité leur lot de désinformation. Dernier exemple en lice : la présence alléguée de « vers » à la surface des masques de procédure.

Abondamment relayée sur les réseaux sociaux, cette croyance a poussé plusieurs personnes à ausculter minutieusement des exemplaires de ces masques jetables dont l’usage est très commun.

Ça grouille [...] il doit y en avoir un millier par masque! s’exclame un internaute québécois dans une vidéo partagée à plus de 14 000 reprises sur Facebook.

Capture d'écran d'une publication sur Facebook. Gros plan sur le masque illustrant une fibre synthétique noire sur la surface blanche du masque.

Capture d'écran d'une publication sur Facebook. L'internaute s'indigne à la vue de matières en mouvement à la surface d'un masque de procédure.

Photo : Radio-Canada

Comme dans plusieurs des vidéos qui colportent cette affirmation non fondée, l'internaute a placé un masque au-dessus d’une casserole remplie d’eau en ébullition.

À l’aide du zoom d’un téléphone portable, il a ensuite agrandi l’image jusqu’au moment où il a cru apercevoir des formes de vie en mouvement à la surface du masque.

C’est n’importe quoi! se désole le microbiologiste Louis-Charles Fortier.

Quand j’ai vu ça, je me suis dit : "Voilà une autre publication qui n’a rien à voir avec la réalité."

Une citation de :Louis-Charles Fortier, professeur titulaire, Département de microbiologie et d'infectiologie, Université de Sherbrooke

Selon M. Fortier, il est impossible qu’un organisme puisse vivre très longtemps sur la paroi d’un masque chirurgical : Un organisme vivant n’ira pas s’installer dans un matériau qui ne lui offre aucune possibilité de se nourrir ou de se maintenir en vie; ça prend au minimum quelques nutriments ou de l’eau pour faire en sorte qu’un organisme ou un micro-organisme puisse survivre, affirme-t-il.

En Europe aussi, des vidéos du genre ont été abondamment partagées.

C’est le cas de cette publication (Nouvelle fenêtre) partagée à près de 90 000 reprises sur TikTok et que le quotidien français Libération a demandé (Nouvelle fenêtre) à plusieurs experts de commenter.

À l’instar de Louis-Charles Fortier, ces experts écartent d’emblée la thèse de vers logés à la surface de masques chirurgicaux. Il ne s’agit pas de vers, mais d’éléments inertes allongés [...] capables de mouvements en cas de souffle d’air à proximité, conclut un infectiologue interrogé par l’unité de vérification de faits CheckNews affiliée à Libération.

Outre la circulation d’air, l’humidité et l’électrostatique peuvent aussi expliquer les mouvements occasionnels des éléments inertes aperçus sur les masques.

Les masques chirurgicaux ou de procédure sont chargés en électricité statique et peuvent donc attirer et capter des fibres, selon un porte-parole du fabricant allemand D Mask interrogé par l’AFP (Nouvelle fenêtre).

Poils, fibres végétales et autres impuretés, c’est précisément ce type de matières qu’a observé au microscope une chercheuse serbe à qui l’AFP a demandé d’analyser en laboratoire la surface d’un masque utilisé. Ce ne sont pas des parasites ni rien de vivant. C'est juste un reste de matière, tranche Marina Jovanovic, de l'Institut de chimie générale et physique de Belgrade.

Au Québec aussi, des analyses plus poussées ont été effectuées. Selon la journaliste Camille Lopez (Nouvelle fenêtre), du réseau Noovo, les vidéos virales faisant état de parasites sur les masques de procédure ont tellement circulé que l’Institut national de santé publique a analysé au stéréomicroscope des masques envoyés par des citoyens. Conclusion de la microbiologiste Judith Fafard : il ne s’agissait ni de vers ni d’organismes vivants, mais bien de fibres.

Le simple fait que des experts doivent ainsi analyser et commenter des publications virales sur la présence de vers sur des masques en dit long sur le manque de culture scientifique d’une partie de la population, selon le microbiologiste Louis-Charles Fortier.

Ça dérape parfois quand il y a un manque de connaissances scientifiques de base, et c’est bien la preuve que la science devrait être davantage enseignée à l’école.

Une citation de :Louis-Charles Fortier, professeur titulaire, Département de microbiologie et d'infectiologie, Université de Sherbrooke
Des adolescents portant des masques, assis sur une dalle de béton.

Des adolescents portant des masques en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / CBC / Ben Nelms

Fibres dans les masques : un danger pour la santé pulmonaire?

Sans appuyer la thèse de la présence de vers, certains internautes se demandent tout de même si les fibres qui se déposent sur la surface intérieure des masques peuvent représenter un danger pour les poumons.

Dans une publication partagée à plus 11 000 reprises, une mère de famille québécoise évoque ouvertement ses inquiétudes : Même si ce ne sont que des fibres qui bougent et se détachent facilement [...] c'est clair que les gens en inspirent [sic]. Ce qui ne doit pas être génial pour les poumons, les bronches... à court, moyen et long terme, écrit-elle.

Questionné à ce sujet par l’équipe des Décrypteurs, le pneumologue Mathieu Simon attribue entre autres l’appréhension de certains citoyens à la mise en garde récente de Santé Canada sur la toxicité d’un modèle précis de masques de procédure contenant du graphène.

Cela dit, il est d’avis qu’il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de la présence de certaines impuretés qui se déposent parfois à la surface des masques. C’est bien moins dangereux que ce contre quoi ils vous protègent, assure le Dr Simon.

Jana Nebesarova, une biologiste sondée par l'AFP à ce sujet, en vient à la même conclusion : Ce n'est pas dangereux pour une personne en santé, ce sont des choses que nous respirons tous les jours et notre appareil respiratoire sait très bien comment gérer ces particules microscopiques, estime-t-elle.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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