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14 mois de prison pour le magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai

Dans la foule, un homme au crâne rasé et portant un masque regarde au loin.

Jimmy Lai à son arrivée au tribunal de dernière instance, à Hong Kong, en février dernier.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Agence France-Presse

Le magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai a été condamné vendredi à l'emprisonnement pour son rôle dans l'organisation en 2019 de deux grandes manifestations en faveur de la démocratie et il devra purger au total 14 mois de détention.

Sa condamnation vendredi, aux côtés de huit autres figures de l'opposition luttant pour la démocratie à Hong Kong, est la première liée à son militantisme.

L’homme de 73 ans a écopé vendredi de deux peines, de 12 mois et 8 mois d'emprisonnement. Les deux peines étant effectuées en partie simultanément, il purgera 14 mois de prison.

Depuis début janvier, ce patron du tabloïd prodémocratie Apple Daily était déjà en détention provisoire pour avoir enfreint la loi draconienne sur la sécurité nationale imposée l'an passé par Pékin.

Provoquer Pékin

M. Lai s'était depuis longtemps préparé à se retrouver un jour derrière les barreaux. Il se savait une cible de choix pour les autorités, qui ont entrepris de mettre fin à toute dissidence après les immenses manifestations, souvent violentes, qui ont secoué le centre financier en 2019.

Je suis prêt à aller en prison, affirmait en juin 2020 le patron du groupe de presse Next Digital, deux semaines avant l'entrée en vigueur de cette loi.

Si cela arrive, j'aurai l'occasion de lire les livres que je n'ai pas lus. La seule chose que je puisse faire, c'est d'être positif, se consolait-il.

Peu de Hongkongais ont autant été détestés par Pékin que M. Lai. Pour nombre d'habitants du territoire semi-autonome, il est un héros quelque peu atypique : autodidacte pugnace, il est devenu un patron de presse et le seul magnat hongkongais à oser critiquer Pékin.

En Chine, les médias aux mains des autorités le qualifient de traître, l'accusent d'être l'instigateur de l'immense mouvement de contestation et le chef d'un gang de quatre personnes qui conspire avec des pays étrangers afin de fragiliser la Chine continentale.

Arrivé à Hong Kong à 12 ans

Son parcours professionnel est celui de nombreux hommes d'affaires hongkongais qui ont bâti des empires en ne partant de rien.

Né dans la province chinoise du Guangdong, sa famille fortunée a tout perdu à l'arrivée des communistes au pouvoir en 1949.

À l'âge de 12 ans, il débarque clandestinement à Hong Kong. Après avoir trimé dans des ateliers, il fonde l'immense empire de l'habillement Giordano.

En 1989, lors de la sanglante répression de la place Tiananmen à Pékin, il prend une trajectoire différente de celle de ses contemporains. Il crée un premier journal et écrit des chroniques dans lesquelles il pourfend les hauts dignitaires chinois.

Les autorités ordonnent alors la fermeture de ses magasins situés sur le territoire chinois. Il décide de les vendre pour investir dans un groupe de presse.

De nombreuses poursuites ont été engagées contre lui au fil des ans. L'été dernier il a été acquitté d'accusations d'avoir intimidé un journaliste travaillant pour un quotidien concurrent en 2017, lors d'une veillée à Hong Kong à la mémoire des victimes de Tiananmen.

C'est cependant son adhésion au mouvement prodémocratie en 2019 et sa participation physique à certains rassemblements qui ont conduit à sa condamnation vendredi pour participation à des rassemblements illégaux.

Au nom de la loi sur la sécurité nationale

Mais ce sont les poursuites au nom de la loi sur la sécurité nationale qui pourraient valoir à M. Lai de passer le reste de son existence derrière les barreaux.

Il est accusé du crime de collusion avec des forces étrangères pour avoir incité des pays étrangers à adopter des sanctions contre la Chine.

Toute infraction à la loi sur la sécurité nationale est passible de la prison à vie et la plupart des personnes inculpées, comme M. Lai, se voient refuser la libération sous caution.

Depuis l'été dernier, des médias chinois l'ont déjà déclaré coupable.

L'an dernier, le septuagénaire disait ne pas envisager de quitter Hong Kong : Je suis venu ici sans rien, la liberté dont bénéficie cet endroit m'a tout donné. Il est peut-être temps qu'en retour je me batte pour elle.

En début de semaine, il a écrit depuis sa prison aux journalistes de son groupe, les appelant à se tenir droits et garder la tête haute.

La situation à Hong Kong est de plus en plus effrayante, mais précisément à cause de cela nous devons nous aimer et nous chérir davantage, a-t-il ajouté.

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