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Michel Louvain : la carrière d'une icône en 5 temps

Michel Louvain chante au micro.

Michel Louvain en 2017

Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Radio-Canada

Le chanteur Michel Louvain s’est éteint, mercredi soir, après plus de 60 ans d’une riche carrière vouée à la musique. Gros plan sur cinq moments importants qui ont jalonné ces six décennies pendant lesquelles il n’a jamais quitté le cœur de ses admiratrices.

1958 : le début d’un engouement fou

Le 3 mai 1958, Michel Louvain monte sur la scène du Colisée de Québec lors du Gala des Splendeurs pour interpréter son premier succès : Buenas noches mi amor. Cette soirée télévisée le révèle au Québec et marque le début d’une ferveur auprès des jeunes alors que la province amorce sa sortie de la Grande Noirceur. 

Il est devenu une vedette semblable à Frank Sinatra et à Elvis Presley. Aucune vedette québécoise avant lui n’avait créé cette frénésie chez les jeunes filles québécoises, raconte l’écrivain Benoit Gignac, qui a publié Michel Louvain : sans âge avec l’artiste en 2014. 

C’était un phénomène comme les Beatles, les filles criaient et s’arrachaient les vêtements. Un jour, on a été obligés de le sortir en hélicoptère d’un hôtel parce que les gens bloquaient les sorties.  

Un jeune Michel Louvain, les bras ouverts, sourit.

Michel Louvain en 1958.

Photo : Radio-Canada

Cette première apparition télévisée, sur les ondes de Radio-Canada, signe aussi le début d’une relation privilégiée avec la télévision. En plus de chanter devant les caméras, Michel Louvain a animé plusieurs émissions entre les années 1960 et les années 1990, dont Sous le ciel de Montréal et De bonne humeur

Michel Louvain n’aurait pas eu cette carrière sans la télévision et s’il n’avait pas été l’enfant chéri des médias, analyse Chantal Savoie, professeure au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal et autrice d’une thèse sur Michel Louvain. 

Sa présence au petit écran a amplifié la chaleureuse relation de proximité tissée avec son public. Ses émissions à heure fixe constituaient des rituels, précise-t-elle.  Michel Louvain est devenu l’ami de la famille, le confident.

1977 : la revanche de la Place des Arts 

L’année de la parution de l’album La dame en bleu, Michel Louvain entame une série de concerts dans plusieurs grandes salles, dont le Grand Théâtre de Québec et la Place des Arts. 

À l’époque, ce lieu accueille surtout des opéras, des pièces de théâtre et de prestigieux artistes internationaux. Quand des artistes locaux accédaient à ce plateau, c’était un [une grande réussite], explique Benoit Gignac. 

Ce passage à La Place des Arts est l’occasion pour Michel Louvain de prendre une revanche; dans les années 1970, sa carrière a connu un creux jusqu’à la sortie de son grand succès La dame en bleu

Il a réussi à remplir la Place des Arts alors que les artistes de son style avaient été mis de côté par la presse et la critique.

Une citation de :Benoit Gignac, écrivain

Pour Chantal Savoie, les spectacles donnés à la Place des Arts en 1977 permettent aussi à Michel Louvain de renforcer sa relation avec ses admiratrices. Quelque chose s’est scellé, explique-t-elle. Les spectacles sont devenus des rituels entre Michel Louvain et ses fans.

En cette fin des années 1970, il a su continuer à incarner aux yeux de ses admiratrices, anciennes jeunes filles des années 1950 devenues des femmes plus mûres, une figure dans laquelle elles pouvaient projeter leurs rêves et leurs désirs. 

Michel Louvain porte une veste rouge et un pantalon blanc.

Michel Louvain dans les années 1970

Photo : Radio-Canada/Francis J. Menten

2008 : la consécration du Centre Bell

Pour ses 50 ans de carrière, Michel Louvain s’est offert le Centre Bell, à Montréal, à deux reprises en juin 2008. 

Il n’en revenait pas lui-même de faire le Centre Bell, raconte Benoit Gignac. Il n’y avait pas beaucoup d’artistes québécois qui avaient réussi à faire cette scène-là. Et pour un artiste ayant chanté dans des cabarets devant 150 personnes, c’était une consécration.

2009 : la sortie du documentaire Les dames en bleu

Dans ce film, le réalisateur Claude Demers rencontre cinq adoratrices de Michel Louvain depuis leur jeunesse. Quand on a vu l’amour que le public lui portait, et le respect qu’il avait pour son public, cela l’a réhabilité aux yeux de ceux qui le considéraient comme quétaine, estime Benoit Gignac. 

Les dames en bleu montre le culte que vouent à Michel Louvain bon nombre de ses admiratrices, à qui le chanteur fait du bien. Michel Louvain est une fiction consolatrice pour ces femmes, observe Chantal Savoie, qui précise que la vie n’a pas épargné plusieurs d’entre elles. 

2014 : la reconnaissance tant attendue du milieu

Lors du Gala de l’ADISQ, Michel Louvain se voit décerner un prix hommage pour l’ensemble de son œuvre. 

Il ne voulait pas y aller, il disait : "Ces gens-là m’ont snobé toute ma carrière", se rappelle Benoit Gignac, qui l’a convaincu de s’y rendre en lui écrivant le texte qu’il a prononcé lors de cette soirée. 

Michel Louvain tient un trophée dans la main droite.

Michel Louvain lors du Gala de l'ADISQ en 2014

Photo : Radio-Canada

Cet homme a mangé son pain noir pendant longtemps. Dans les années 1970 et 1980, les artistes de cabaret qui étaient interprètes étaient un peu dénigrés.

À cette époque, ce sont les auteurs-compositeurs-interprètes comme Robert Charlebois qui tenaient le haut du pavé. 

Malgré sa rancœur et sa réticence à accepter le trophée de l’ADISQ, Michel Louvain était finalement content de cet honneur qui lui a été rendu. Ça l’a soulagé et apaisé.

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