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Analyse

Taxer l’essence, une mesure qui est là pour de bon

Une pompe à essence apparaît à contre-jour.

Plus de 40 % du coût du litre d’essence va dans les coffres des gouvernements.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Taxer l’essence est une mesure largement impopulaire qui soulève les passions. Plus de 40 % du coût de votre litre d’essence va dans les coffres des gouvernements, et cette part est appelée à augmenter dans les prochaines années. Il est certain que la taxation de l’essence est là pour de bon; les conservateurs en acceptent maintenant le principe.

La nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre passe par deux vecteurs économiques importants : la taxation des combustibles fossiles et la valorisation des moyens de transport qui permettent une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

D’une part, pour atteindre nos objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement Trudeau entend augmenter la taxe carbone au-delà de 2022, en la faisant passer de 50 $ à 170 $ la tonne en 2030.

Ce ne sera probablement pas suffisant. Le gouvernement pourrait bientôt augmenter ses cibles de réduction à la demande du nouveau président des États-Unis, Joe Biden, qui réclame un engagement encore plus ambitieux.

D’autre part, l’État doit offrir une option viable aux automobilistes, qui pestent contre les taxes sur l’essence. Cela passe par des incitatifs à l’achat d’un véhicule électrique, par des projets de transport en commun efficaces, qui se déploient rapidement et dans l’intérêt public.

La taxe carbone, revue par les conservateurs

Le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Erin O’Toole, vient d’adhérer à cette logique en présentant le plan environnemental des conservateurs. Il annonce l’abolition de la taxe carbone, mais dans les faits, il la maintient. S’ils devaient remporter les prochaines élections, les conservateurs maintiendraient un prix sur le carbone.

Le Parti conservateur maintiendrait le prix au même niveau que les libéraux, soit à 50 $ en 2022. Mais il le plafonnerait à ce niveau pour les consommateurs, alors qu’il continuerait d’augmenter d’ici 2030 pour les entreprises, à 170 $ la tonne.

La nouveauté, ce serait surtout la création d’un compte d’épargne pour la réduction du carbone. Autrement dit, la taxe carbone sur votre litre d’essence, disons à 5 ou 10 cents, serait versée dans un compte personnel qui vous donnerait accès à des produits vous aidant à mener une vie plus écologique, selon le plan des conservateurs.

En soi, cette idée va plus loin que celle des libéraux, car un gouvernement conservateur viendrait orienter et diriger les sommes de la taxe carbone vers des produits écologiques. Le gouvernement Trudeau se contente actuellement de remettre les sommes recueillies aux ménages dans les provinces qui sont soumises à la tarification fédérale.

Le problème avec le plan conservateur, c’est qu’Erin O’Toole veut plafonner la taxe à 50 $, ce qui va rendre, essentiellement, la mesure inefficace. De plus, en créant ce compte, on ne décourage pas l’achat d’essence; on l’encourage pratiquement!

Les taxes vont rester

Un peu plus de la moitié du prix de l’essence est composé du prix à la rampe de chargement ou ce qu’on appelle aussi le prix de gros, qui inclut le coût du pétrole, son raffinage et aussi la fameuse taxe sur le carbone.

À tout ça, on ajoute ensuite les taxes spécifiques que sont les taxes d’accise fédérale de 10 cents, la taxe sur le carburant du Québec de 19,2 cents, la taxe dans certaines municipalités pour financer le transport en commun de 3 cents, la TPS et la TVQ.

Ces taxes sont là pour de bon. Les gouvernements ne les remettent pas en question, et avec le virage des conservateurs, qui ne chercheraient plus à abolir la tarification du carbone, il y a tout lieu de penser que la taxation de l’essence est aujourd’hui une fatalité qui ne peut que prendre de l’ampleur à l'avenir.

La meilleure façon d’éviter cette taxe, c’est de la contourner. Mais, pour y arriver, les gouvernements doivent offrir des solutions réalistes, accessibles, efficaces. Les tramways, les voies réservées, les voitures électriques, le télétravail et des véhicules écoénergétiques sont autant de solutions qui doivent fonctionner d’ici 2030 pour accomplir le virage écologique nécessaire.

Les économistes, les investisseurs et les gestionnaires de fonds ne misent plus sur des demi-mesures. Si la croissance de l’économie vous intéresse, il est urgent, à leurs yeux, de miser sur des projets d’infrastructure qui vont réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et dans le coffre à outils, les taxes sont là pour de bon.

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