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Une plainte au sujet des Proud Boys devant le Barreau de l'Ontario

L'association vient d'être reconnue comme étant un groupe terroriste au pays.

Des manifestants brandissent une pancarte affirmant « Make Canada great again ».

Une manifestation du groupe Proud Boys le 2 octobre 2020 devant l'hôtel de ville de Toronto.

Photo : The Canadian Press / Christopher Katsarov

Jean-Philippe Nadeau

Un groupe antihaineux canadien a déposé une plainte officielle devant le Barreau ontarien au sujet de l'avocat Colin Browne de Cobourg, un membre allégué des Proud Boys. Le Canada est devenu, en février, le premier pays en Occident à qualifier de terroriste cette organisation d'extrême droite.

C'est le Réseau canadien antihaine qui a porté plainte contre l'avocat ontarien. Son président, Bernie Farber, affirme que son association a été contactée après la diffusion sur le réseau social Telegram d'une vidéo dans laquelle l'avocat Colin Browne récite le serment d'allégeance au groupe Proud Boys.

On y voit l'avocat accoudé à une table arborant la casquette MAGA (Make America Great Again, le slogan de l'ex-président américain Donald Trump).

Il est inconcevable qu'un avocat dans ce pays publie un microbillet dans lequel il prête allégeance à ce type d'organisation, explique M. Farber.

Bernie Farber, un homme aux cheveux blancs épars, travaille à son bureau.

Bernie Farber, du Réseau canadien antihaine, s'inquiète de la montée de l'extrême droite au pays.

Photo :  CBC / Peter Evans

La vidéo de 17 secondes a été diffusée le 3 février 2021, soit le même jour où le gouvernement fédéral a inscrit le groupe sur la liste des organisations terroristes au Canada.

Je ne serais pas surpris qu'il l'ait effacée, mais rien ne disparaît des réseaux sociaux de nos jours, souligne M. Farber.

L'Association des avocats et des parajuristes du comté de Northumberland souligne pour sa part sur son site Internet que M. Browne se spécialise notamment dans le droit familial et criminel.

M. Farber affirme que plus rien ne l'a surpris lorsque son association a pu confirmer l'information republiée dans les réseaux sociaux. Il n'y a rien de surprenant ou de choquant de voir que des avocats s'associent parfois aux croyances de leurs clients, dit-il.

Ce qui est choquant en revanche, c'est de voir que cet avocat en particulier épouse la cause d'une entité qui est aujourd'hui qualifiée de terroriste pour sa violence.

Une citation de :Bernie Farber, du Réseau canadien antihaine

Il ajoute que c'est intolérable  dans la profession de juriste et contraire au code d'éthique du Barreau.

Le ministre Bill Blair, debout, prend la parole à la Chambre des communes, une feuille à la main.

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair, avait annoncé en février l'ajout de 13 nouveaux groupes à la liste des organisations terroristes du Canada.

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

Selon M. Farber, les Proud Boys sont racistes, antisémites, islamophobes, misogynes et homophobes et qu'ils versent dans l'apologie de la suprématie blanche. Or, il s'avère que M. Browne est un homme noir.

M. Farber explique néanmoins qu'il y a malheureusement des collaborateurs parmi des gens de couleur qui s'identifient aux racistes et aux intimidateurs. Ils sont certes très peu nombreux, mais ils existent et l'Histoire peut le démontrer, précise-t-il.

La plainte, dont Radio-Canada a obtenu copie, décrit notamment le groupe Proud Boys comme une organisation néofasciste, violente et haineuse.

Il y est écrit que M. Browne a admis à un journaliste d'une chaîne télévisée canadienne qu'il appartenait bien à cette association et qu'il lui avait accordé une entrevue à titre de conseiller juridique auprès des Proud Boys.

Gavin McInnes des Proud Boys.

Gavin McInnes est le fondateur des Proud Boys.

Photo : Reuters / Stephanie Keith

En vertu de la nouvelle dénomination d'Ottawa au sujet des Proud Boys, le groupe peut maintenant faire l'objet d'une surveillance plus poussée et de perquisitions approfondies sans mandat de la part des forces de l'ordre.

M. Farber rappelle enfin que les Proud Boys ont joué un rôle pivot dans l'insurrection du Capitole le 6 janvier à Washington. Ils représentent un fléau dans nos sociétés démocratiques, dit-il.

Réaction immédiate

Joint au téléphone à son bureau de Cobourg, M. Browne n'a pas voulu nous accorder une entrevue pour s'expliquer. Il a refusé de nier ou de confirmer son allégeance présumée.

Je compte inviter les médias à une conférence afin de m'expliquer, a-t-il dit de façon laconique, mais polie.

M. Browne a par ailleurs refusé d'infirmer ou de confirmer l'information selon laquelle il prépare depuis février un recours constitutionnel devant les tribunaux contre l'inscription des Proud Boys sur la liste des organisations que le gouvernement fédéral qualifie de terroristes.

On voit l'entrée de la Cour d'appel de l'Ontario à Toronto.

Le Barreau ontarien est situé dans le même édifice que la Cour d'appel de l'Ontario à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter

Le Barreau ontarien affirme qu'il ne peut pas dire s'il a reçu la plainte de l'association de M. Farber pour des raisons de confidentialité. Dans un courriel, il explique néanmoins que M. Browne sera traduit devant un comité disciplinaire dans l'éventualité où la plainte est fondée.

Un tel comportement mine la confiance du public dans l'intégrité des avocats et une telle conduite déshonorante porte atteinte à la réputation de toute sa profession.

Une citation de :Bernie Farber

Selon M. Farber, Colin Browne a contrevenu aux règles du Barreau sur le professionnalisme et la neutralité de ses membres, la discrimination contre certains groupes de la société et la diversité multiculturelle de l'Ontario.

M. Browne risque, dans le pire des cas, la radiation à vie s'il est reconnu coupable d'inconduite professionnelle. Pour l'heure, le site web du Barreau ne reconnaît aucune infraction à son sujet.

Aucune des allégations portées contre M. Browne n'a été prouvée devant un tribunal.

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