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La mort d'un commis de dépanneur, un premier roman réussi

La mort d'un commis de dépanneur de Jean-François Aubé.

«La mort d'un commis de dépanneur» de Jean-François Aubé

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

La mort d'un commis de dépanneur de Jean-François Aubé est un premier roman fort réussi qui s'interroge sur le désir et les dépendances qui aliènent l'être humain.

Le héros de cette histoire est un homme en fuite. Submergé par ses dettes, il décide de fuir ses créanciers en déménageant à 150 km de chez lui, où il accepte un emploi de commis au dépanneur Song.

Juché derrière le comptoir, il observe avec cynisme et humour noir la faune qui fréquente le magasin.

En l'observant, je prends conscience pour la première fois de la Zone. Étroit périmètre situé devant le comptoir, la Zone s'avère cruciale pour mesurer l'état d'ébriété des clients. Il faut s'y tenir debout avant de passer à la caisse, et conserver cette posture longtemps en cas de file d'attente.

Une citation de :Extrait de « La mort d'un commis de dépanneur »

L'auteur, qui est également documentariste (Poussière sur la ville et Le pays des naufrages), s'est entretenu avec des propriétaires et des employés de dépanneurs afin de mieux connaître le milieu qu'il allait décrire dans son roman.

On m'a dit souvent que, quand t'es commis dans un dépanneur, t'en entends souvent des histoires, raconte Jean-François Aubé. Les clients se confient beaucoup à leur commis. Ce sont souvent des histoires tristes.

Jean-François Aubé, auteur du roman ''La mort d'un commis de dépanneur''. Un homme encore jeune regarde droit devant lui.

Jean-François Aubé, auteur du roman «La mort d'un commis de dépanneur».

Photo : Lévesque éditeur

Ces histoires, ce sont celles de Michèle, Claude, Maurice, des clients dont la vie finira par émouvoir le narrateur.

Je voulais parler de cette classe sociale dont on ne parle pas assez, explique l'écrivain. Des gens qui n'ont pas de grande histoire, mais qui vivent avec des tragédies cachées, qui sont souvent pauvres, victimes de dépendances.

Le désir comme une dépendance

Très bien construit, le roman aborde avec fluidité les thèmes du désir, de la dépendance et du consumérisme. Habilement entrelacés, ils forment la trame de fond du texte. Le dépanneur devient ainsi une allégorie de notre société.

Entre le désir sain et le désir incontrôlable se crée un espace pour la dépendance qu'exploite avec talent Jean-François Aubé. Presque tous les personnages du récit vivent une certaine forme de dépendance.

Les clients souffrent beaucoup des dépendances traditionnelles, la loto, l'alcool, les cigarettes, remarque l'auteur. En même temps, on s'aperçoit que le narrateur est aussi pris avec une forme de dépendance.

Une dépendance, c'est quoi? C'est quand on a toujours envie de quelque chose. On a l'impression que pendant que l'on comble ce désir on est heureux, mais ça ne dure jamais. C'est le mythe des Danaïdes qui remplissent un tonneau qui se vide au fur et à mesure.

Une citation de :Jean-François Aubé, au sujet de la dépendance de ses personnages

Le dépanneur où se déroule principalement l'action permet également à Jean-François Aubé de s'interroger sur la multitude des choix possibles. Il démontre, à travers la quantité de choix qui s'offrent aux clients du dépanneur, le caractère illusoire de cette liberté de choisir, voire l'aliénation que cela peut susciter.

Quelles raisons profondes nous poussent à opter pour une Aero au détriment d'une Kit Kat, ou bien à préférer la Oh Henry! à la Snickers? (...) Pour la majorité des adultes, l'indétermination l'emporte devant le présentoir en chocolats.

Une citation de :Extrait du roman « La mort d'un commis de dépanneur »

Avec ce premier roman, Jean -François Aubé offre aux lecteurs une plongée dans le quotidien d'un héros profondément désabusé qui n'est malgré tout pas dépourvu de tendresse pour le genre humain.

La mort d’un commis de dépanneur, Jean-François Aubé, Lévesque éditeur, 232 pages

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