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Sommet des Amériques : des images toujours aussi percutantes 20 ans plus tard

Un manifestant relance une grenade de gaz lacrymogène en direction des policiers.

Encore aujourd'hui, les affrontements entre manifestants et policiers demeurent l'image forte du Sommet des Amériques, qui s'est tenu à Québec, en 2001.

Photo : Associated Press / ROBERTO CANDIA

Quelle image retenez-vous du Sommet des Amériques organisé à Québec en avril 2001? Les journalistes qui l’ont couvert en gardent un souvenir très vif. Et 20 ans plus tard, il est clair que ce n’est pas l’image de chefs d’État discutant d’économie au Centre des Congrès qui leur revient d’abord en tête.

Un cordon de policiers antiémeute.

Des policiers antiémeute de la Sûreté du Québec lors du Sommet des Amériques à Québec, en 2001.

Photo : Associated Press / STEPHAN SAVOIA

Le gaz

Des affrontements musclés dans un nuage de gaz. C’est l’image du Sommet qui continue de s'imposer pour la plupart des gens qui ont vécu les événements, encore aujourd'hui.

Devenu entre-temps chef du bureau parlementaire de Radio-Canada à Québec, Sébastien Bovet était chef d’antenne du Québec ce soir au moment du Sommet des Amériques. En plus d’animer le téléjournal, il devait enchaîner les directs pour l’ensemble du réseau lors de l’événement qui se tenait du 20 au 22 avril.

Avec son caméraman, il pensait avoir trouvé le nichoir parfait en s’installant sur le toit de la Banque Nationale de l'avenue Turnbull. Située près du boulevard René-Lévesque et du Grand Théâtre, elle était en plein coeur de l'action.

Tous deux profitaient d'une superbe vue aérienne sur les manifestants lancés à l’assaut du périmètre de sécurité jusqu'à ce que les policiers décident d’utiliser leurs gaz lacrymogènes. Mais l'escouade antiémeute avait mal calculé son affaire, raconte-t-il avec humour.

Des policiers sont gazés par leur propre grenade lacrymogène.

Les manifestants retournent une grenade lacrymogène à l'expéditeur.

Photo : Radio-Canada

À cause du vent, le nuage est revenu directement sur les policiers, après avoir dispersé la foule. Et en revenant sur eux, ça nous a aussi touchés, parce que c’est monté en hauteur. On s’est retrouvés littéralement plongés dans un nuage de gaz lacrymogène!

Une citation de :Sébastien Bovet

En ondes avec Bernard Derome, il avait vaillamment tenté d’expliquer ce qui se passait avant de rendre les armes.

Sébastien Bovet victime des gaz lacrymogènes

À un moment donné, j’étais juste plus capable de tenir et j’ai décidé de m’en aller alors que la caméra continuait de tourner sans moi. Le caméraman l’avait mise sur trépied avant de se mettre à l’abri. Ç'a donné un bon moment de télé, même si sur le coup, c’était pas drôle.

Une citation de :Sébastien Bovet
Un nuage de fumée issue de bombes fumigènes flotte au-dessus d'une rue gardée par une ligne de policiers en habit antiémeute.

Le vent a parfois donné un cours imprévisible à la direction que prenaient les gaz utilisés par les policiers.

Photo : Radio-Canada

Les affrontements entre manifestants et policiers

Le leader parlementaire de l'opposition officielle à Ottawa Gérard Deltell travaillait comme journaliste à TQS, à l’époque. Lui aussi demeure marqué par la confrontation brutale entre les manifestants et les policiers, alors qu’il était posté tout près du Grand Théâtre.

Un policier en habit antiémeute secoue un manifestant.

Les manifestants et les policiers en sont venus aux coups à quelques reprises.

Photo : Radio-Canada

Pour lui comme pour Sébastien Bovet, l’image du mur se faisant brasser par les manifestants et leur volonté très ferme de passer à travers reste gravée dans sa mémoire, ainsi que toute la tension présente dans l’air ce jour-là.

Des manifestants poussent une clôture pour accéder au périmètre de sécurité.

Les manifestants sont parvenus à créer une brèche dans le mur entourant le site de l'événement, pénétrant ensuite dans le périmètre de sécurité.

Photo : Radio-Canada

Je me souviens d'avoir été près des manifestants, encore surpris d’avoir provoqué l’affaissement du mur. Et des bombes lacrymogènes, franchement désagréables. On était conscients du danger. Le lendemain, on était tous encore sous le choc.

Une citation de :Gérard Deltell, journaliste à TQS au moment du Sommet des Amériques de 2001

À Vancouver, un autre sommet économique, on avait vu les manifestants être sévèrement poivrés, rappelle-t-il : On voyait que les événements internationaux amenaient à une confrontation de plus en plus élevée. À Québec, ç'a complètement dégénéré.

Des manifestants enfoncent une clôture de sécurité.

Affrontement entre des manifestants et de policiers de la SQ à Québec lors du Sommet des Amériques

Photo : Reuters / Reuters/Gregg Newton

C’est pas toujours joli, les manifestations. Il y a des gens vraiment mobilisés, en mission pour atteindre leur but, et prêts à pas mal de choses pour l'atteindre. La menace vient souvent des casseurs. Et là, on le vivait dans notre cour. Ça frappait fort.

Une citation de :Sébastien Bovet

Il en retient qu'il suffit d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Et que la sécurité ne doit jamais être tenue pour acquise quand on couvre ce genre de manifestations.

Le Château Frontenac derrière un grillage de métal maillé évoque une ville assiégée.

Le château derrière un grillage demeure l'image marquante du Sommet pour le caricaturiste du Soleil André-Philippe Côté.

Photo : Courtoisie / André-Philippe Côté

Les clôtures frost

Les murs de grillage du périmètre de sécurité qui ont encerclé le centre-ville pendant plusieurs jours sont une autre image forte du sommet, pense le caricaturiste du Soleil, André-Philippe Côté.

Le Château Frontenac derrière une clôture demeure d'ailleurs son dessin préféré pour le résumer. C’était un contraste intéressant pour illustrer la situation. On oublie les images de cartes postales. On avait plutôt l’impression d’être confinés dans le Vieux-Québec, résume-t-il.

Selon lui, élever ce genre de clôtures tout autour du périmètre de sécurité n’était pas l’idée du siècle.

Les murs de grillage, je pense que ç'a contribué à attiser la colère des gens. On sentait qu’il y avait un manque d’expérience. C’est ce qui m’a le plus étonné : le cafouillage, et la mauvaise gestion de la foule.

Une citation de :André-Philippe Côté, caricaturiste au journal « Le Soleil »
Des manifestants tentent de renverser une section d’une clôture grillagée sous le regard de policiers antiémeute.

Le périmètre de sécurité mis à mal par les manifestants, lors du premier jour du sommet.

Photo : La Presse canadienne / Tom Hanson

La dimension et l’emplacement du périmètre de sécurité — en plein coeur d’une ville patrimoniale — avaient d’ailleurs suscité des hauts cris lors de son annonce, se souvient Gérard Deltell.

Un mur de sécurité de 4 km? À ma connaissance, c’était une des premières fois qu’on organisait un événement de ce type avec ce genre de protection, croit-il.

En plein centre-ville d’une ville patrimoniale, avec des labyrinthes de petites rues où vivaient des gens, c’était pas comme un aréna dont on ferme le stationnement. À moins de mettre 8000 soldats autour, c’était impossible de sécuriser la zone — on l’avait testé.

Une citation de :Gérard Deltell, député conservateur de Louis-Saint-Laurent à la Chambre des communes
Un homme monte sur le capot d'une voiture pour asséner des coups de pied au pare-brise, alors que des photographes prennent des clichés du saccage.

Des manifestants ont saccagé des voitures sous le regard des photographes et des cameramans.

Photo : Radio-Canada

Le saccage

Alors qu’on espérait voir Québec rayonner avec ce sommet, l’image de carte postale de la ville en a pris pour son rhume. Tous les reportages qui avaient été préparés pour mettre la ville en valeur ont dû être mis de côté, rappelle Gérard Deltell.

Les manifestations violentes ont fait perdre une belle occasion de la faire connaître à travers le monde, estime-t-il, encore secoué par les images de destruction qui auront monopolisé toute la couverture médiatique de l'événement.

Comme fier gars de Québec, voir ma ville balafrée par des manifs qui ont forcé la réplique musclée de la police, ce n’est pas un beau souvenir, s'attriste-t-il.

J'avais toujours souhaité un événement d’envergure à Québec et de voir ce qui arrivait… J’ai perdu beaucoup de mes illusions, de voir qu’une Ville peut dépenser des millions en sécurité pour que finalement on en sorte plus éraflé qu’autre chose.

Une citation de :Gérard Deltell

Il demeure cependant marqué par l’impression de calme que dégageait la ville au sortir de l’événement.

Marine One transporte le président américain Georges W Bush à l'issue du Sommet des Amériques qui se terminait le 22 avril 2001 à Québec.

Le Président George W. Bush quittant Québec à bord de Marine One.

Photo : AFP, via Getty Images / Tim Sloan

Une fois que tout ça a été terminé, la dernière image que je garde à l’esprit, c’est la limousine de Georges W. Bush qui retournait chez lui. Je revois encore l’hélicoptère du président, Marine One, survoler Québec des plaines jusqu'à la chute Montmorency en direction de l'aéroport. Une fois que tous les chefs d’État ont quitté, ç'a été un grand calme après un gros brouhaha.

Une citation de :Gérard Deltell
Des téléspectateurs regardent avec une visible émotion le Sommet des Amériques à la télévision. Ils portent des masques à gaz et leur télé est entourée par un grillage de protection évoquant le périmètre de sécurité qui entourait la zone protégée de l'événement.

Le Sommet des Amériques, vu par le caricaturiste André-Philippe Côté, en 2001.

Photo : Courtoisie/ André-Philippe Côté

Ce que le Sommet a changé dans nos vies

Que retient-on des enjeux du Sommet des Amériques 20 ans plus tard? Les discussions des 34 chefs d'État qui s'étaient réunis à Québec pour discuter de la ZLEA, la Zone de Libre-échange des Amériques, n'ont guère circulé.

Tout le débat de fond a été effacé, juge Deltell.

Honnêtement, je ne suis pas capable de dire à quoi a servi le Sommet des Amériques en termes de contenu, de mondialisation ou de libre-échange. Ç'a été complètement éclipsé par les affrontements entre les policiers et les manifestants. Quand tu y penses, c’est fou.

Une citation de :Sébastien Bovet

L’ironie de la chose, c’est que souvent, la conclusion de ce genre d’événements est écrite avant, et à la fin, on se contente de remplir les blancs, résume André-Philippe Côté.

De nouvelles négociations autour de la ZLEA ne sont pas sur le radar pour le moment. Ce qui n'empêche pas qu'elles puissent ressurgir un jour. Bien sûr on peut poser bien des questions sur les avantages du libre-échange, mais le Sommet a sans doute été un pas de plus dans cette direction, laisse entendre Gérard Deltell.

Un policier blindé dans son uniforme antiémeute. L'image des manifestants se reflète dans la visière de son casque et sur son bouclier.

Les affrontements entre policiers et manifestants du Sommet des Amériques auront marqué l'année 2001 à Québec.

Photo : Courtoisie / André-Philippe Côté

Sébastien Bovet souligne aussi une sensibilisation additionnelle des Québécois face à la mondialisation, au mouvement antimondialisation et à la violence que peuvent engendrer les affrontements entre policiers et manifestants à la suite des événements survenus à Québec. Ç'a donné une réalité tangible à des réalités qui semblaient éloignées de nous, pense-t-il.

L’expérience aura tout de même été très dure pour tous les gens vivant dans le secteur touché par les émeutes. Certains ont même intenté des poursuites. Les gaz rentraient dans les appartements, par les fenêtres. Ils avaient de la difficulté à rentrer chez eux, rappelle André-Philippe Côté.

Tout en suggérant qu'on choisit sans doute mieux les endroits où l'on tient ce genre de sommets depuis, il pense aussi qu'un enjeu comme la mondialisation retient moins l'attention aujourd'hui. Les manifestations étudiantes et des enjeux comme le racisme ont pris beaucoup plus d’importance dans le débat public, constate-t-il.

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