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Rivière Bonaventure : la tarification ne s'appliquera qu'aux usagers commerciaux

La ZEC de la rivière Bonaventure a modifié le plan déjà déposé au provincial.

Des usagers de la rivière sont attroupés aux abords du cours d'eau. Derrière eux, on aperçoit leurs embarcations.

Si le plan est approuvé, les descentes offertes par Cime Aventures feront l'objet d'un quota et d'une tarification.

Photo : Dylan Stewart Page

Radio-Canada

Le Plan global de cohabitation pour la rivière Bonaventure, ce document qui a fait couler beaucoup d’encre au cours des deux dernières semaines en Gaspésie, a subi une modification importante mercredi : le quota et la tarification s'appliquant aux descentes ne viseront finalement que les usagers commerciaux.

La ZEC de la rivière Bonaventure avait d'abord annoncé que le plan déposé au ministère des Forêts, de la Faune et des Parc (MFFP) à la fin mars comprendraitune limitation du nombre des descentes autonomes et commerciales ainsi qu’une tarification pour tous les usagers désirant descendre le cours d’eau. L'instance a finalement changé son fusil d’épaule sur ces deux éléments mercredi.

Si le MFFP approuve le plan élaboré par la ZEC en collaboration avec une douzaine d'autres partenaires, un tarif de 12 $ par jour devra être acquitté par les personnes âgées de plus de dix ans effectuant une descente commerciale. Le quota commercial sera limité à 100 embarcations ou 150 personnes quotidiennement.

La baignade demeure autorisée et gratuite, mais interdite à proximité de 22 des 98 fosses à saumons de la rivière. L’enregistrement sera obligatoire pour tous ceux et celles qui comptent descendre le cours d’eau. Trois types d’embarcations seront acceptés : le canot, le kayak ou la planche à pagaies.

Le président de la ZEC de la rivière Bonaventure, André Hébert, explique que la tarification et la limite imposées aux usagers autonomes constituaient des irritants pour la population de la Baie-des-Chaleurs. Il a ainsi été convenu, lors d’une séance spéciale du conseil d’administration tenue lundi soir, que ces deux points seraient retirés en raison des nombreuses réactions.

Une dame faisant du canot sur la rivière Bonaventure.

La rivière Bonaventure est l’un des principaux attraits touristiques de la Baie-des-Chaleurs (archives).

Photo : Courtoisie : Carolann Gravel-Tremblay

M. Hébert se défend d’avoir annoncé ces changements afin de calmer le ton de la rencontre citoyenne, prévue le soir même. Quelque 275 personnes y étaient inscrites. On prend le pour et le contre. C’est un processus réfléchi. Pour réfléchir, ça prend un petit peu de temps. C’est pour ça qu’on ne l’a pas sorti avant. […] C’est vraiment un bon adon, je dirais, fait-il valoir.

La ZEC est en communication avec les instances gouvernementales ainsi qu’avec les décideurs locaux afin que soient compensés les montants qui ne seront pas payés par les usagers autonomes. C’est quelque chose, selon moi, qui va se régler avec les acteurs de la Baie-des-Chaleurs, a fait valoir M. Hébert lors de la consultation publique.

Si aucune somme n’est débloquée, l’instance gérée par l’Association des pêcheurs sportifs de la Bonaventure compte puiser à même son fonds de prévoyance afin de couvrir le manque à gagner pour la première année.

Précisons que la ZEC compte embaucher 11 employés saisonniers afin de faire de la sensibilisation et de l’entretien sur les berges. Ce plan est évalué à environ 140 000 $. Des investissements sont aussi prévus pour ajouter des aires de repos le long du cours d’eau.

Une rencontre dans le calme

La rencontre citoyenne portant sur le plan a duré deux heures et demie mercredi soir. Plus de 225 citoyens y ont pris part. La séance a débuté par une mise en garde quant à l’importance d’interagir dans le respect. Or, aucun débordement n’a eu lieu.

Après une présentation de la ZEC et du plan, une vingtaine de citoyens ont pu prendre la parole; ils ont surtout profité de la tribune afin d’éclaircir certaines questions, par exemple les raisons expliquant le choix des fosses à proximité desquelles la baignade sera interdite ou la façon dont sera contrôlé l’enregistrement. Quelques commentaires ont également été entendus.

Je ne vois pas comment on pourrait se plaindre du [tarif de] 12 $ pour le commercial. […] Moi je pense qu’au fil des ans, la contribution des pêcheurs est dans les millions pour préserver la rivière, a commenté un adepte de pêche, Rusty Ouellet.

Un pêcheur dans la rivière Bonaventure

Un pêcheur dans la rivière Bonaventure (archives).

Photo : Radio-Canada

Dan Henry, un résident de Bonaventure, a écorché au passage le processus qui a mené à la rencontre citoyenne. Je trouve quand même que l’information a été très contrôlée et [divulguée] au compte-gouttes.Il n’y a pas eu de consultation à large spectre avant aujourd’hui, a quant à lui déploré un autre Gaspésien, Pier-Luc Bujold.

Je trouve que l’exercice nous permet de comprendre, et je pense que c’est important et que c’est un [premier] pas, que le problème dépasse l’opposition entre les pêcheurs et les autres utilisateurs de la rivière, a quant à elle commenté une canoteuse, baigneuse et pêcheuse, Annie Arsenault.

Un autre participant, Christophe Rapin, a souligné l’importance d’interdire les embarcations à propulsion motorisée sur la rivière, un élément qui ne fait actuellement pas partie du plan.

Le plan vise à faciliter la cohabitation entre les différents usagers. Les problématiques observées au cours des dernières années se sont exacerbées en 2020 avec l’afflux massif de touristes. La ZEC souhaite également améliorer l’expérience de tous les usagers et protéger l’écosystème de la rivière, parmi les plus limpides au monde.

Cime Aventures déplore l’improvisation

La directrice générale de Cime Aventures, Élodie Brideau, admet que la version modifiée du Plan global de cohabitation pour la rivière Bonaventure constitue un gain pour les usagers autonomes. Elle y demeure toutefois farouchement opposée.

Une femme porte ses cheveux en toque et est habillée d'une chemise en jeans.

Élodie Brideau est directrice générale chez Cime Aventures (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Élodie Brideau continue de militer en faveur d’un accès gratuit pour tous. Je pense que c’est une très mauvaise idée d’enlever des activités encadrées au profit d’activités non encadrées. Il ne faut pas oublier que les clients qui descendent la rivière avec les services de Cime Aventures, ils sont aussi des citoyens […], martèle la gestionnaire.

Pour elle, les changements apportés au plan à la dernière minute dénotent une improvisation. L’entrepreneure estime aussi qu’il n’y a pas péril en la demeure. Mme Brideau aurait en effet souhaité que de réelles statistiques quant aux nombres d’usagers autonomes soient colligées avant l’approbation du plan. Pour l’instant, seules des données relatives à l’achalandage généré par sa compagnie sont officielles, note-t-elle.

L’enregistrement obligatoire fera l’objet d’un vote le 27 avril prochain à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de la ZEC. Celle-ci espère que le MFFP approuvera le plan avant le 1er juin, date de l’ouverture de la pêche au saumon de l’atlantique.

Un texte de Roxanne Langlois

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