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Le parcours du combattant d’une femme qui pense avoir eu la COVID-19

Stacey Alexander fait du jogging.

Stacey Alexander était en bonne santé et menait une vie active avant de tomber malade en février 2020. Elle est convaincue d'avoir contracté la COVID-19 à ce moment.

Photo : Gracieuseté/Stacey Alexander

Radio-Canada

Bien des gens espèrent un retour de la normalité connue avant la pandémie, mais Stacey Alexander a une raison supplémentaire de souhaiter que la COVID-19 ne soit jamais apparue.

Cette habitante de Corner Brook, à Terre-Neuve, est convaincue que les problèmes de santé qu’elle éprouve depuis un an découlent de la COVID-19. Elle n’avait pu obtenir un test de dépistage l’an dernier au début de la pandémie et n’a jamais eu l’occasion d’avoir un diagnostic.

Mme Alexander pense souffrir des effets à long terme de la COVID-19 et elle raconte son histoire afin d’encourager les autres à prendre cette maladie au sérieux.

Jeune et en bonne santé

Stacey Alexander, enseignante d’éducation physique, avait alors 33 ans et elle était en bonne santé. Elle aimait courir et faire de la planche à neige.

Sa vie a basculé lorsqu’elle et son mari ont commencé à ressentir des symptômes similaires à ceux du rhume et d’une gastro-entérite. C’était en février 2020.

Les symptômes ont varié en quelques semaines. À la mi-mars, elle a commencé à se demander si elle avait contracté le nouveau coronavirus. À ce moment, des cas étaient confirmés au Canada, mais aucun à Terre-Neuve-et-Labrador.

Mme Alexander a alors appelé le service 811 pour demander un test de dépistage. Elle dit qu’on lui a recommandé de s'isoler, mais qu’elle n’était pas admissible à un test de dépistage parce qu’elle n’avait pas voyagé dans une zone à risque ni eu de contacts avec des voyageurs.

Elle raconte avoir fait un nouvel essai lorsque les critères d’admissibilité au test ont changé. La santé publique, dit-elle, a encore refusé de lui faire subir le test de dépistage parce qu’elle ne toussait pas à ce moment.

Il était très difficile de comprendre pourquoi on lui recommandait de s’isoler tout en lui refusant un test de dépistage, explique-t-elle.

De nouveaux problèmes de santé

Tandis que ses symptômes initiaux s’estompaient, Stacey Alexander a commencé à en ressentir d’autres qu’elle n’avait jamais eus auparavant.

Elle souffre depuis des mois de fatigue, de difficultés respiratoires, d’étourdissements, de sueurs nocturnes, de picotements aux bras, de maux de tête, de problèmes digestifs et de perte de cheveux, explique-t-elle.

Mme Alexander a récemment eu un diagnostic de thyroïdite de Hashimoto. Le système immunitaire des personnes souffrant de cette affection attaque leur glande thyroïde.

Elle se demandait à la fin de l’été dernier si tout cela pouvait être des conséquences de la COVID-19. Plusieurs personnes témoignaient dans les médias de symptômes à long terme de cette maladie.

Mais aucun professionnel de la santé ne pouvait lui dire qu’elle avait eu la COVID-19, puisqu’elle n’avait pas eu accès à un test de dépistage. Son médecin de famille a pris ses problèmes de santé au sérieux et a traité ses symptômes.

Stacey Alexander a ensuite demandé un test de détection des anticorps qui, selon elle, prouve qu’elle a bel et bien eu la COVID-19. On ne développe pas les anticorps qui ont été détectés dans son cas à moins d’être atteint de cette maladie, souligne-t-elle.

Elle reconnaît que ce n’est pas un diagnostic formel, mais elle dit qu’il est difficile de croire qu’elle n’a pas eu la COVID-19.

Le ministère de la Santé en doute

Le fil des événements remet en cause ses soupçons de COVID-19. Il ne correspond pas avec le moment où le coronavirus est arrivé à Terre-Neuve-et-Labrador, selon les autorités médicales.

Le coronavirus pouvait-il circuler dans la province avant que le premier cas ait été confirmé? Le ministère de la Santé et des Services communautaires affirme que les premiers cas détectés à la mi-mars 2020 étaient liés à des voyages. Il était improbable, selon lui, que la maladie sévissait auparavant dans la province. Il n’y avait aucun signe de contagion communautaire à ce moment.

Des cas avant-coureurs probables, selon une experte

Tout comme Stacy Alexander, certains experts pensent que des cas de COVID-19 sont restés non détectés avant les premiers diagnostics confirmés.

La Dre Lisa Barrett, spécialiste des maladies infectieuses et chercheuse en immunologie à l’Université Dalhousie, affirme que tout le monde sous-estimait le nouveau coronavirus au début de la pandémie, qu’on ne savait pas à quel point il est facilement transmissible, ni qu’il peut être transmis par des personnes qui n’ont pas de symptômes elles-mêmes.

Lisa Barrett.

La Dre Lisa Barrett, spécialiste des maladies infectieuses et chercheuse en immunologie à l’Université Dalhousie, a grandi à Terre-Neuve et habite en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC/Zach Goudie

La probabilité que des gens aient été en contact avec des personnes qui ont été en contact avec des voyageurs est plutôt élevée, estime Lisa Barrett.

Il est très probable, selon la Dre Lisa Barrett, que des cas soient passés inaperçus à ce moment à Terre-Neuve-et-Labrador comme ailleurs au Canada.

Felicity Callard, chercheuse à l’Université de Glasgow au Royaume-Uni et auteure de travaux sur les effets à long terme de la COVID-19, a contracté cette maladie. Tout comme Mme Alexander, elle n’a pu avoir un test de dépistage ni un diagnostic.

Mme Callard affirme que cette situation est courante au Royaume-Uni. Elle dit que seul un petit pourcentage de gens ont pu avoir un test de dépistage et un diagnostic dans son pays au printemps dernier.

Felicity Callard

Felicity Callard, chercheuse et professeure de géographie humaine à l'Université de Glasgow, souffre de séquelles à long terme de la COVID-19.

Photo : Gracieuseté/Felicity Callard

C’est une situation horrible pour bien des gens qui ont été malades et qui se demandent toujours s’ils ont eu la COVID-19, dit-elle.

La Dre Barrett ne doute pas que des patients souffrent de la COVID-19 à long terme, mais elle dit qu’il faut faire plus d’études à ce sujet. Il est encore trop tôt, selon elle, pour déterminer combien de patients auront des séquelles à long terme. Mais ceux qui en ont voient diminuer leur qualité de vie et leur perception de leur santé. C’est une raison de plus, souligne-t-elle, de faire tout ce que l’on peut pour éviter de contracter cette maladie.

Prendre des précautions

Stacy Alexander souffre encore quotidiennement de ses symptômes. Elle peut travailler malgré tout et faire les activités récréatives qui lui plaisent, mais elle se fatigue plus vite qu’auparavant.

Elle juge frustrant le fait que des gens ne prennent toujours pas la COVID-19 au sérieux même si cette maladie sévit depuis un an et que des régions entières du Canada connaissent une troisième vague d’infections.

Personne, selon elle, ne voudrait vivre ce qu’elle vit depuis février 2020. Elle se demande si elle aura besoin d’aide pour le reste de sa vie.

D’après un reportage de Bernice Hillier, de CBC

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