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Analyse

Afghanistan : la fin peu glorieuse d’une guerre de 20 ans

Joe Biden lors d'une allocution à la Maison-Blanche.

Le président américain Joe Biden a annoncé le retrait des troupes d'Afghanistan, 20 ans après les attentats du 11 septembre.

Photo : Reuters

Le président Joe Biden a annoncé le 14 avril que les États-Unis auront retiré tous leurs effectifs d'Afghanistan d'ici le 11 septembre. Une décision qui court-circuite le président afghan et fait craindre pour la sécurité des femmes, notamment.

Il a choisi une date hautement symbolique, 20 ans jour pour jour après les attentats terroristes de 2001 à New York et à Washington, en disant qu’il doit absolument mettre fin à la plus longue guerre jamais menée par les États-Unis, plus longue, en effet, que les guerres du Vietnam, de Corée et la guerre de Sécession réunies!

Je suis maintenant le quatrième président américain à la tête de troupes américaines en Afghanistan. Deux républicains. Deux démocrates. Je ne passerai pas cette responsabilité à un cinquième. Et il a bien précisé que ce retrait est inconditionnel et ne dépendra pas de l’évolution de la situation sur le terrain.

Nous ne pouvons pas, poursuit-il, continuer les cycles d'extension ou d'intensification de notre présence militaire en Afghanistan, dans l'espoir de créer les conditions idéales pour un retrait, dans l'attente d'un résultat différent.

Autrement dit, les États-Unis reconnaissent que les « conditions idéales » ne viendront jamais, que tout ça n’a pas marché, qu’il est temps de partir. Ils ne font plus dépendre leur présence en Afghanistan, la décision de partir ou de rester, de la situation sur le terrain, des garanties de sécurité ou de la stabilité du gouvernement civil, celui du président actuel, le pauvre Ashraf Ghani.

Non, dit Joe Biden : on s’en va le 11 septembre 2021, point à la ligne. Bye-bye!

Sur les traces de Trump

Certes, l’administration précédente s’était déjà engagée sur la voie du départ d’Afghanistan. Il y avait un accord, signé au Qatar en février 2020 par les talibans et une délégation américaine envoyée par Donald Trump – par-dessus la tête du président Ghani, ignoré et humilié dans l’opération! – où on avait effectivement convenu d’un retrait pour mai 2021, soit quatre mois plus tôt que la date que vient d’annoncer Biden.

Il y avait alors des conditions : les talibans devaient garantir qu’il n’y aurait plus d’attaques terroristes antiaméricaines à partir du territoire afghan (le 11 septembre avait été planifié en Afghanistan par Oussama ben Laden). Ils devaient également s’engager à négocier avec le gouvernement de Kaboul un éventuel partage du pouvoir.

De ce côté, ça n’a pas vraiment abouti, même s’il y a encore des réunions prévues en Turquie.

Le loup et la poule

Pourquoi les talibans ne prennent-ils pas au sérieux la requête de partager le pouvoir avec le gouvernement d’Ashraf Ghani? Parce qu’ils le considèrent… de la même manière que le loup considère la poule qu’il s’apprête à manger!

Dans l’accord de février 2020, il était aussi vaguement question, pour les États-Unis, de laisser quelques forces résiduelles, quelques conseillers après mai 2021.

Cette fois, rien de tel! Départ total et inconditionnel. On pourrait presque parler de « capitulation ».

Une force résiduelle

Il reste encore en Afghanistan environ 2500 soldats et conseillers de l’armée américaine. Plus peut-être un millier de membres d’une force spéciale auprès de Ghani et de sa garde présidentielle.

C’est peu, comparativement à la fin de la décennie 2000, lorsque l’OTAN et son commandement, pensant exporter la démocratie et le progrès dans le monde, entretenaient quelque 130 000 soldats en Afghanistan. Plus des dizaines de milliers d’Américains déployés hors OTAN. Contre 3500 aujourd’hui.

Ce petit détachement, qui ne prétend plus changer le monde, mais qui veut simplement éviter l’effondrement d’un supposé allié, permet encore – jusqu’à maintenant – de maintenir à Kaboul un gouvernement civil officiellement pro-occidental.

Et ce, malgré le fait que les talibans contrôlent une bonne partie du territoire hors de la capitale, qu’ils multiplient des attaques meurtrières à Kaboul et parfois dans d’autres villes de ce pays de presque 40 millions d’habitants.

Sans oublier les autres fronts actifs en Afghanistan (hormis l’affrontement principal Kaboul-talibans), qui mettent en scène des détachements d’Al-Qaïda et de l’État islamique.

Une guerre longue et meurtrière

Désespérément longue, la guerre en Afghanistan est aussi très meurtrière. Un rapport trimestriel diffusé aussi le 14 avril par l’ONU rapporte 573 civils tués entre le 1er janvier et le 31 mars 2021, soit entre 5 et 10 morts par jour.

Et c’est comme ça depuis 20 ans. En Afghanistan, depuis l’intervention américaine d’octobre 2001, plus de 65 000 civils ont perdu la vie de façon violente, tout comme environ 2000 soldats des États-Unis et un millier d’autres nationalités.

La peur des femmes et des minorités

Autres victimes de la situation : les minorités et les femmes. Des groupes de défense des droits afghans et étrangers expriment régulièrement leur appréhension devant ce départ annoncé des États-Unis.

On peut les comprendre. Les talibans, qui sont des Pachtounes (40 % environ de la population) et des musulmans sunnites radicaux, sont restés, malgré leurs 20 années dans l’opposition et malgré des déclarations de pure forme sur les droits des femmes et des minorités (lorsqu’ils étaient à la table avec les Américains, à Doha, en 2019), des intégristes musulmans misogynes, foncièrement hostiles au travail et à l’éducation des femmes.

Ils ont également persécuté, dans certaines régions, des minorités comme les Hazaras (chiites afghans).

Un échec global

L’intervention des Américains et des Occidentaux depuis deux décennies peut être, globalement, considérée comme un échec, se concluant par cette annonce d’un départ peu glorieux.

Il y a tout de même certaines choses qui ont changé depuis deux décennies là-bas. Par exemple, l’émergence dans le microcosme de Kaboul d’une petite classe moyenne urbaine et de femmes émancipées.

Ces gens-là ont aujourd’hui très peur devant le retour annoncé des talibans. Des talibans qui se frottent les mains et cachent à peine leur triomphalisme même si, officiellement, ils viennent de dénoncer le report, de mai à septembre, du départ final des États-Unis.

Ils peuvent bien attendre quatre mois de plus.

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