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L'Université Laurentienne abolit le seul programme francophone de sage-femme hors Québec

Un nouveau-né dort sur la poitrine de sa mère.  Le bébé est nu et est enveloppé d'une couverture blanche.

En Ontario, les sages-femmes accompagnent 16% des accouchements, selon l'Association canadienne des sages-femmes. Ce pourcentage exclut les naissances accompagnées par des sages‑femmes autochtones.

Photo : Getty Images / FatCamera

Des étudiants et professeures demeurent perplexes face à la fermeture du programme de sage-femme de l’Université Laurentienne. Il s’agit de l’unique formation offerte en français en dehors du Québec.

La solution c’est de nous envoyer à une des deux écoles ontariennes pour terminer notre programme. Il faut retourner dans le sud et parler anglais si on veut avoir des services. On est tellement habitués à ça en tant que nord-ontarien et puis francophone, déplore Daphné Gagnon, originaire de Hearst et étudiante en troisième année.

En Ontario, les trois programmes de sage-femme sont entièrement financés par la province.

Le seul offert en français se trouve à Sudbury et fermera dès le 15 mai dans le cadre de la restructuration financière de l’Université Laurentienne.

Tu te débats pour avoir ce que tu veux dans le Nord puis en bout de ligne tu finis souvent par te faire laisser tomber.

Une citation de :Daphné Gagnon, étudiante en troisième année au programme de sage-femme de l’Université Laurentienne

Les étudiants, ainsi que le budget attribué par la province, seront dispersés dans les deux autres universités ontariennes du Sud qui offrent le programme.

Chantal Longobardi, une étudiante métisse, est venue du Manitoba pour étudier à l'Université Laurentienne. Elle dit avoir trouvé sa place sur le campus en tant que francophone et Métisse.

C'était important pour moi d'étudier sur le territoire ancestral des Atikameksheng Anishnawbek.

Chantal Longobardi pose devant un sapin.

La grand-mère de Chantal Longobardi était aussi une sage-femme Métis. «Ça fait partie de mon histoire», confie-t-elle.

Photo : Chantal Longobardi

L'étudiante de troisième année souligne également l'importance des Autochtones, des Métis et des membres de la diversité dans le domaine médical.

J'ai vécu et vu de la violence obstétricale [auprès des femmes autochtones]. Je voulais faire sûre de donner confiance aux patients et que ça n'arrive à personne d'autre.

Une citation de :Chantal Longobardi, étudiante métisse en troisième année au programme de sage-femme de l’Université Laurentienne

On était sous le choc, témoigne la professeure au programme de sage-femme, Kirsty Bourret, alors qu’elle apprenait la fin de son programme ainsi que son licenciement.

Kirsty Bourret s’inquiète également des étudiants qui pourraient décrocher par manque de moyens financiers.

Il y en a qui ne peuvent pas soutenir le coût de la vie à Hamilton et Toronto et qui doivent évaluer s'ils peuvent rester dans le programme, regrette Mme Bourret.

De son côté, le ministère des Collèges et Universités de l'Ontario affirme examiner les options permettant d'assurer la continuité des études de chaque étudiant concerné.

Le ministère octroie un peu plus d'un million $ par année à l'Université Laurentienne pour ce programme.

Alors que nous travaillons à travers la pandémie pour protéger les travailleurs de la santé et les ressources hospitalières, l'annulation des programmes qui aident les femmes à accoucher à domicile en toute sécurité n’a aucun sens, a réagi en Chambre des Communes la députée fédérale néo-démocrate d'Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hughes, mercredi.

Nathalie Pambrun, qui a assuré la présidence de l'Association canadienne des sages-femmes, a fait part de sa préoccupation à l'émission Le Matin du Nord alors que le programme de l'Université Laurentienne est le seul accessible pour les francophones hors Québec.

La fermeture du programme [...] touche non seulement les dizaines d’étudiantes en voie de compléter leur formation, mais aussi les francophones du Nord, les communautés autochtones, ainsi que les autres communautés mal desservies de la province, abonde par écrit Dre Jennifer Blake, directrice générale de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada.

Incompréhensions

L’administration de la Laurentienne explique dans un communiqué de presse la fermeture de 69 de ses programmes, dont celui de sage-femme, à cause de leur taux d’inscription [qui] était, depuis toujours, très faible.

C’est vraiment un mensonge pour notre programme, dénonce la Dre Kirsty Bourret.

On a eu 300 applications pour l’automne. Entre ce que dit l’Université et ce que l’on constate dans notre programme, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, souligne la professeure et sage-femme.

Et selon la Dre Bourret, les demandes d’admission affluent à travers le pays.

Nous sommes le seul programme bilingue. Alors il y en a beaucoup qui viennent du Nouveau-Brunswick ou d’autres provinces avec des populations francophones pour avoir leur éducation en français, explique Mme Bourret.

Des élèves en classe.

Le programme de sage-femme à l'Université Laurentienne est contingenté à 30 élèves par cohorte. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

Kirsty Bourret souligne également que ce programme ne coûte pas d'argent à l'établissement.

Notre programme est entièrement financé par le gouvernement, comme les salaires, les coûts opérationnels... et les frais d'inscriptions bénéficient à l'université, soutient-elle.

Dans une lettre ouverte (Nouvelle fenêtre), récoltant près de 10 000 signatures en 24 h, les professeures du programme de sage-femme demandent que des solutions soient explorées immédiatement pour permettre au programme de sages-femmes d'être logé dans le Nord de l'Ontario.

La professeure Bourret estime que l’abolition du programme aura des répercussions énormes sur le système de santé du Nord et sur les communautés francophones.

Les sages-femmes ne s'occupent pas que des femmes enceintes, mais aussi de la santé sexuelle, de l'accès à l'avortement, rappelle Dre Bourret.

Le programme qui existe depuis 1999 a permis la formation de plus de 400 sages-femmes dans le Nord de l’Ontario, dont 25 % sont francophones, selon la professeure.

Tout comme l’École de Médecine du Nord de l’Ontario, la Dre Bourret souligne que le programme permet de former des prestataires de soins pour et par le Nord, dont des Autochtones.

L'Université Laurentienne et le ministère de la Santé n'ont pas répondu aux questions de Radio-Canada au moment d'écrire ces lignes.

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