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Une troisième vague de défis pour la conciliation travail-famille

Une mère aide ses enfants à faire des devoirs.

Écoutez le reportage de Kim Vallière sur la conciliation travail-famille en temps de COVID

Photo : Getty Images / Imgorthand

La fermeture prolongée des écoles, d’un côté comme de l’autre de la rivière des Outaouais, ajoute bien des complexités au jeu d’équilibriste auquel se prêtent déjà, depuis plus d’un an, les travailleurs de la région qui sont parents de jeunes enfants suivant leurs cours à la maison.

Pendant que des fonctionnaires fédéraux déplorent un accès plus limité qu’avant au congé spécial payé 699, des membres de la fonction publique québécoise et des secteurs privés se retrouvent encore plus dépourvus d’options.

Ma plus petite, qui est en maternelle, a besoin d'aide pour se connecter à la bonne heure [à son enseignement en mode virtuel], pour lever la main, pour baisser la main, pour mettre le micro et l’enlever, illustre Benoit Gélinas, un employé du fédéral en télétravail s’occupant de ses trois enfants fréquentant l’école primaire.

Depuis le début de la pandémie, ce résident de l’Outaouais a eu recours au 699 à certaines reprises, cet autre congé payé connu sous son numéro de code de paie.

Dans une entrevue accordée cette semaine à ICI Ottawa-Gatineau, il affirme qu’il y a toujours accès, mais qu’il sent une certaine réticence des gestionnaires à cet égard.

Disons que le message est que si on est pour l'utiliser, il ne faut pas trop en prendre, dit-il en notant tout de même qu’il se compte chanceux, dans son cas, d’avoir des supérieurs qui font preuve de compassion et de compréhension.

Des attentes moins bien modulées?

M. Gélinas dénote toutefois une baisse de cette compréhension et des attentes qui sont moins au diapason du chamboulement de la pandémie.

Je dirais que la grosse différence [avec l’an dernier] est que la pandémie arrivait [alors] pour tout le monde. Tout le monde essayait de s'adapter. On dirait que les attentes étaient moins élevées, soutient-il.

Un homme donne une entrevue, avec en fond deux enfants de dos et une femme, tous les trois assis.

Benoit Gélinas, employé du fédéral en télétravail, s’occupe de ses trois enfants fréquentant l’école primaire.

Photo : Radio-Canada

Pour Isabelle Gagné, mère d’enfants de niveau secondaire qui œuvre dans la fonction publique fédérale, avoir recours au code 699 n’est tout simplement pas dans les cartes.

[Dans mon équipe de travail], je sais que ces congés, en ce moment, ne sont pas approuvés si on a une banque de congés familiaux ou de vacances annuelles, explique-t-elle.

Rappelons que le Secrétariat du Conseil du Trésor, qui émet les directives entourant l’application de ce congé spécial payé, est venu préciser, en novembre, que le code 699 ne devrait être utilisé seulement après que des assouplissements d’horaires de travail aient été faits. On a aussi établi que la demande peut être accordée en général, seulement après que l’employé aura d’abord utilisé d’autres congés payés pertinents.

Mme Gagné dit arriver à jongler entre le télétravail et le fait que ses enfants suivent leurs cours à la maison sans trop hypothéquer dans ses banques de congés accumulés. Ses jeunes sont plus vieux, souligne-t-elle, mais elle sait que tous les travailleurs ne peuvent pas aussi bien s’en tirer.

[Je souhaiterais] une flexibilité et, je dirais, aussi [...] que l’employeur puisse y aller au cas par cas au lieu d’un "non­" à la grandeur, résume-t-elle.

Leur crainte, c’est qu’il y ait de l’abus. Je sais qu’en mars 2020, il y en a eu par certains employés, mais il y a des [gens] qui en ont réellement besoin.

Une citation de :Isabelle Gagné, fonctionnaire fédérale mère de deux enfants

Et dans la fonction publique du Québec?

La pratique de demander à un employé d’écouler tous ses congés de maladie ou de puiser dans sa réserve de vacances est monnaie courante chez des fonctionnaires du Québec, aux dires de Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Il y a des gens qui ont vidé leur banque [...] et qui sont rendus à prendre des congés sans solde ou à tenter de négocier personnellement avec leur employeur des horaires de travail extrêmement variables. [...] On ne sent pas un gros support, dit-elle, en faisant référence au Secrétariat du Conseil du trésor québécois.

Line Lamarre accorde une entrevue en visioconférence dans son bureau.

Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (archives)

Photo : Radio-Canada

Un code d’absence qu’elle estime comparable au 699 existait pourtant, plus tôt dans la pandémie, soutient-elle.

Il a existé durant tout l'été. [...] Ils l'ont retiré non pas parce qu’il y avait des abus, mais parce qu'il y avait de l'espoir, je pense, qu'on allait retourner au beau fixe [au niveau de la situation sanitaire]. Ce n'est pas le cas actuellement et je pense que le gouvernement doit en prendre bonne note.

Du côté du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), on semble plutôt satisfait de la façon dont la partie patronale permet des modulations de l’horaire des employés de l’État. C’est du moins ce que constate Michel Girard, le président régional, qui dit ne pas avoir entendu de plainte énorme.

Dans une déclaration écrite, le Secrétariat du Conseil du trésor indique que le sous-ministre ou dirigeant d’organismes publics a la responsabilité de s’assurer que les employés fournissent la prestation de travail qu’ils sont en mesure de faire, sans compromettre le respect des responsabilités parentales.

L’horaire de travail peut être modulé de façon flexible afin de permettre à l’employé de fournir une pleine prestation de travail lorsque la situation le permet et que les besoins du service sont maintenus. Cette mesure doit être déterminée et acceptée par l’employé et son gestionnaire et ne peut donner ouverture aux dispositions relatives aux heures supplémentaires ou à une compensation monétaire telle qu’une prime ou une allocation, ajoute-t-on.

Or, aux yeux de Mme Lamarre, certains aménagements d’horaires ont leurs limites et elle sent que des membres de son syndicat sont à bout de souffle.

Je pense qu'on est en train de se magasiner des gens qui vont s'absenter pour des maladies de longue durée parce que l'épuisement professionnel guette nos gens. [...] Tenter de faire les deux en même temps, on s'en va vers l'épuisement professionnel, assurément, redoute-t-elle.

Lise Sarazin, la directrice générale du Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale, en entrevue à Radio-Canada.

Lise Sarazin, directrice générale du Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale

Photo : Radio-Canada

Dans le secteur privé, il y a fort à parier que le moral des troupes en prend aussi pour son rhume. Des intervenants de la communauté d’affaires tentent de véhiculer un message de conciliation envers les employés, voire de révision des standards de rendement.

Il n'y a pas beaucoup d’autres [avenues] que d'accepter que l'employé est moins productif [et] de donner le plus de soutien possible au niveau de la santé mentale, conclut Lise Sarazin, directrice générale du Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale.

Avec des informations d’Alexandra Angers, de Stéphane Leclerc et de Kim Vallière

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