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La foresterie, une industrie qui « imprime des dollars »

L'usine  Norbord West Fraser, à La Sarre.

L'usine Norbord West Fraser, à La Sarre, roule à plein régime pour répondre à la demande en bois d'oeuvre.

Photo : Radio-Canada

Depuis le début de la pandémie, les Québécois se sont découvert une passion pour la rénovation. Devant cet engouement, le prix des matériaux a explosé ce printemps. Si les consommateurs ragent de voir les coûts de leurs projets de construction augmenter, l'industrie forestière, elle, se défend de vouloir tirer profit de la situation.

Il y a différents diamètres, du jeune bois, du très jeune bois. Ici, c'est du peuplier faux-tremble. Peu importe, ils vont tous finir en lamelles! explique Alain Shink en faisant visiter la cour à bois de l'usine Norbord West Fraser, à La Sarre.

Le surintendant à l'approvisionnement comprend à quel point l'inventaire des billes de bois qui défilent devant nous est précieux ces jours-ci : À la blague, je vais dire qu'on imprime des dollars dans l'usine. On imprime des panneaux de bois, mais avec les prix du marché, on imprime des dollars, lance-t-il.

L'usine de La Sarre fabrique des panneaux de bois à copeaux, un produit qui se vendait 18 $ l'an passé, mais pour lequel il faut maintenant débourser 60 $. À l'image du 2 x 4 qui se détaillait 2,60 $ chez le commerçant en avril 2020 et qui se vend aujourd'hui 7,50 $ l'unité, le prix a triplé.

Je vais prendre l'exemple du pétrole. Quand il y a rareté, à la pompe, ça coûte plus cher. C'est pourtant le même pétrole, ce sont les mêmes coûts de production. C'est la même chose pour le bois, le jeu de l'offre et de la demande, illustre M. Shink avec philosophie.

La pression est présente sur toute la chaîne d'approvisionnement du bois d'œuvre. La forte demande arrive au moment où les usines peinent encore à rattraper les semaines de production perdues lors du confinement du printemps 2020.

Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour semer un vent de panique chez les acheteurs. Les gens de notre équipe qui sont affectés à la vente de bois reçoivent des appels des courtiers en matériaux qui font leur offre de X ou Y ou Z montant. Des montants qui atteignent des sommets historiques. On le reconnaît, c'est une période très positive pour nous, explique Frédéric Verreault, directeur du développement corporatif de Chantier Chibougamau.

Cette entreprise, un important joueur de l'industrie, transforme annuellement 8 % de la forêt publique québécoise dans ses deux usines de Lebel-sur-Quévillon et de Chibougamau.

Toutefois, Chantier Chibougamau fabrique des 2 x 4 et non des miracles. Il n'y a pas de baguette magique pour augmenter en trois mois toute la chaîne d'approvisionnement, à partir de la forêt jusqu'à la capacité de transformer de l'usine, précise M. Verreault.

Personne ne nous a dit : "Accrochez votre tuque au printemps 2021, les constructeurs et les consommateurs vont augmenter de 30 % leur volume de consommation de bois''... On n'a pas reçu de mémo il y a six mois ou un an pour se préparer.

Une citation de :Frédéric Verreault, directeur du développement corporatif chez Chantier Chibougamau

Par ailleurs, les acheteurs sont tout aussi dynamiques ici que de l'autre côté de la frontière. Près de la moitié (47 %) de la production de bois du Québec est écoulée sur le marché américain. Si bien que des voix s'élèvent pour que le gouvernement adopte une « clause Québec » forçant les producteurs à approvisionner le marché québécois en priorité. Une solution difficile à envisager pour l'industrie.

La vaste majorité des joueurs comme nous respecte l'historique de nos clients. On ne déshabille pas Jean pour habiller Paul, explique Frédéric Verreault.

Quant à l'option d'augmenter les coupes d'arbres en forêt, les usines seraient à court terme incapables d'absorber les suppléments, selon le professeur Ahmed Koubaa, titulaire de la chaire d'étude sur la transformation du bois de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Je ne suis pas sûr que ça mettrait de la pression pour que les usines produisent plus. De toute façon, elles ne peuvent pas... Avec toute les mesures sanitaires, l'industrie n'est pas capable de produire plus, à part s'il y a de nouvelles usines, mais ça, c'est une autre histoire, soutient le chercheur.

Quel avenir?

Le Conseil de l'industrie forestière du Québec ne croit pas que les prix retourneront au niveau de l'an passé. Les courtiers en matériaux offraient alors au producteur un prix tout juste au-dessus du seuil de rentabilité. Mais les prix records observés ce printemps ne se maintiendront pas non plus.

Lorsque la pandémie sera maîtrisée et que le consommateur retrouvera ses habitudes, le Conseil s'attend à ce que les prix s'établissent à quelque part entre les deux.

En attendant, le consommateur doit prendre son mal en patience. Dans une région comme l'Abitibi-Témiscamingue, où les usines de transformation roulent à plein régime, il est plus facile de se montrer patient.

Ce n'est pas négatif, évoque le professeur Koubaa, parce qu'il y a un maintien des activités dans la plupart des usines, il y a un meilleur retour sur la ressource qu'on exploite, il y a les emplois qui sont maintenus. Donc, avant tout, les communautés et l'économie locales sont les grandes gagnantes, enchaîne-t-il.

C'est excellent pour la région, mais pas pour le consommateur! résume Alain Shink.

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