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520 000 requêtes en attente pour un médecin spécialiste

Le Québec affiche plus d’un demi-million de requêtes pour consulter un médecin spécialiste. Que ce soit pour un immunologue, un neurologue ou un gastro-entérologue, tant les listes d'attente que les délais s'allongent dans la majorité des 25 spécialités.

Devant son véhicule récréatif.

Hélène Brassard, de Saint-Sauveur

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Il n’y a pas que les chirurgies qui ont fait l’objet de délestage dans les hôpitaux ces derniers mois. Depuis l'automne, obtenir une consultation avec un médecin spécialiste est plus complexe.

Parlez-en à Hélène Brassard, de Saint-Sauveur. Nouvelle retraitée, elle entretenait des projets de voyage et de vie active.

En juillet 2020, je courais sur mon tapis roulant, alors qu’aujourd’hui, j’ai peine à aller à deux coins de rue, explique-t-elle. Tout mon côté gauche tremble et perd de la mobilité.

On soupçonne qu'elle souffre d'une maladie neurodégénérative.

Ma médecin de famille a envoyé une requête en septembre sur la Rive-Nord et à Montréal afin que j’aie un rendez-vous avec un neurologue pour une suspicion de Parkinson, affirme Mme Brassard.

En principe, selon son code de priorité, elle aurait dû obtenir un rendez-vous à l’intérieur de trois mois. Sept mois se sont depuis écoulés.

Mes symptômes empirent [...] Je comprends que ça arrive en temps de pandémie, qu'il y a beaucoup de gens malades, mais moi aussi, je suis malade, déplore-t-elle.

Le neurologue, faut qu'il me voie [...] je veux aller de l'avant puis je suis inquiète.

Une citation de :Hélène Brassard

Depuis la diffusion de notre reportage, Mme Brassard a obtenu un rendez-vous avec un neurologue à la Cité de la Santé de Laval ces prochains jours. Sa médecin de famille en avait fait la demande il y a 7 mois. Les établissements de Laval, Laurentides et Lanaudière partagent un système de rendez-vous pour les médecins spécialistes.

Quinze spécialités au-delà de 50 % hors délai

La situation de Mme Brassard n’est pas unique. Près de 19 000 personnes sont inscrites en neurologie dans le système commun de rendez-vous pour les régions de Laval, des Laurentides et de Lanaudière.

Au total, 73 % des requêtes dépassent les délais, qui ne doivent pourtant pas excéder 12 mois, selon les standards du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le président de l'Association des neurologues du Québec, François Evoy, reconnaît l’ampleur des besoins. Laval-Laurentides-Lanaudière sera le grand défi de la neurologie, écrit-il. Un plan était déjà en élaboration avant la pandémie et se mettra en branle après.

Au Québec, on compte présentement 41 611 personnes en attente d’un rendez-vous avec un neurologue. Plus de 50 % des requêtes dépassent les délais.

Et la neurologie n’est pas la seule spécialité où la liste d’attente et les délais sont en hausse.

Selon les données du MSSS obtenues par Radio-Canada, on comptait au Québec, en février 2021, plus de 520 000 requêtes en attente pour un médecin spécialiste, une hausse de 33 500 par rapport à septembre 2020.

Parmi les spécialistes les plus en demande au Québec se trouvent les gastro-entérologues.

Mois après mois, année après année, le nombre de patients en attente est en augmentation, constate la présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec, Mélanie Bélanger.

Si on tient pour acquis qu'il y a 250 gastro-entérologues et que 38 000 personnes attendent, ça veut dire que chaque gastro-entérologue traîne sur ses épaules un retard de 160 patients à voir, en plus de ses activités cliniques, fait-elle remarquer.

Ce qui est inquiétant, c'est que, chaque mois, il y a 2000 demandes de plus que ce qu'on est capables de traiter. Ce déséquilibre ne peut pas continuer indéfiniment.

Une citation de :Mélanie Bélanger, présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec
Sur le terrain devant l'hôpital.

Mélanie Bélanger, présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec

Photo : Radio-Canada

La Dre Bélanger suggère notamment de donner de meilleurs outils aux omnipraticiens.

On est ouverts à discuter avec les omnipraticiens pour leur donner de la formation et du soutien, pour les aider à prendre en charge certains patients, précise la Dre Bélanger. C'est certain qu'il y a des améliorations à apporter, parce qu'avoir autant de patients en attente, ce n'est pas sain, ce n'est pas viable à moyen terme.

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin, président de l'organisation, a récemment publié une lettre à l'attention de ses 9500 membres où il évoquait les irritants de la profession. C’est le cas de l’accès trop souvent laborieux aux consultations spécialisées et à certains examens, écrivait-il.

Joint par Radio-Canada, le médecin de famille et deuxième vice-président de la FMOQ, Sylvain Dion, est bien conscient des impacts que la pandémie a eu sur la disponibilité du personnel et des appareils.

Il suggère néanmoins que les établissements de santé fournissent une information publique sur les délais par spécialité dans chaque région. Le plus important, c’est nos patients, et quand on reçoit des appels répétés pour avoir des détails sur les délais et faire progresser une requête [...] c’est certain qu’on aimerait être capables de donner l’heure juste, explique-t-il.

Le Dr Dion croit également que le volume de requêtes par région représente une information pertinente pour une meilleure distribution des médecins spécialistes au Québec.

Sur ce point, la porte-parole du CISSS des Laurentides, Dominique Gauthier, reconnaît par écrit que le recrutement de médecins spécialistes demeure un défi. Elle précise que de nouvelles ententes entre différentes régions du Québec sont à venir, notamment avec Montréal.

Entre-temps, poursuit-elle, on offre parfois aux personnes en attente d’une consultation de se déplacer dans un secteur plus éloigné si un médecin spécialiste est disponible plus rapidement.

Les Centre de répartition des demandes de services (CRDS) s'adressent aux médecins de famille qui ont besoin d'un premier rendez-vous avec un médecin spécialiste pour leurs patients. On y trouve près de 25 spécialités.

Code de priorité clinique et délais :

  • A : 3 jours
  • B : 10 jours
  • C : 28 jours
  • D : 3 mois
  • E : 12 mois

Problème moins aigu à Montréal

Parmi les régions du Québec, on note en proportion nettement moins de requêtes à Montréal qu’ailleurs pour un médecin de famille, soit 12 % du total.

Comme le fait remarquer le conseiller-cadre aux relations médias pour le CIUSSS responsable du CRDS à Montréal, Jean-Nicolas Aubé, les requêtes hors délai s’expliquent par la physiatrie, la gastro-entérologie, l’urologie, l’ophtalmologie et l’hématologie.

Nous travaillons déjà avec les associations concernées pour trouver des solutions, précise M. Aubé.

Nous en sommes également à réévaluer les rendez-vous dans ces spécialités afin de voir s'ils sont toujours nécessaires en spécialités ou si un médecin de famille pourrait les prendre en charge.

Une citation de :Jean-Nicolas Aubé, conseiller-cadre aux relations médias, CIUSSS

La situation en Montérégie est également moins tendue, toutes proportions gardées, qu’ailleurs au Québec. Au 31 mars, on comptait 68 111 requêtes en attente, dont 46 % hors délai.

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