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Washington veut un sommet sur l'Ukraine, Moscou est satisfait

Joe Biden et Vladimir Poutine se serrent la main.

Joe Biden et Vladimir Poutine se sont déjà rencontrés, notamment à Moscou, en 2011, sous la présidence de Barack Obama.

Photo : Reuters / Alexander Natruskin

Agence France-Presse

Moscou ne cache pas sa satisfaction : un sommet Poutine-Biden, à l'initiative de la Maison-Blanche, revient à une reconnaissance de la puissance russe à sa juste valeur, après des semaines d'escalade verbale et de bruit de bottes autour de l'Ukraine.

Depuis janvier et l'arrivée au pouvoir du nouveau président américain, les relations entre Moscou et Washington se sont dégradées à grande vitesse. L'ambassadeur russe a ainsi été rappelé après que Joe Biden a jugé que son homologue était un tueur.

La Russie a écopé en outre de nouvelles sanctions, été conspuée pour avoir emprisonné le principal opposant du pays, Alexeï Navalny, et prise en flagrant délit, selon Washington, de multiples piratages informatiques.

Puis Moscou a déployé une armada de dizaines de milliers de soldats russes à la frontière ukrainienne, accusant Kiev d'intentions pouvant justifier une invasion.

Lors d'un entretien téléphonique mercredi, le président Biden et la chancelière allemande Angela Merkel se sont mis d'accord pour demander à Moscou de réduire ses troupes à la frontière ukrainienne.

Les deux dirigeants sont d'accord pour demander à la Russie de réduire ses récents renforcements de troupes à la frontière orientale de l'Ukraine, afin de permettre une désescalade de la situation, a indiqué le porte-parole d'Angela Merkel.

Dans ce contexte, la proposition de Joe Biden d'un sommet à deux dans une ville neutre est une surprise diplomatique qui semble largement réjouir Moscou, Washington ayant le premier fait un geste.

Si le Kremlin n'a pas accepté d'emblée la proposition, formulée par M. Biden lors d'un entretien téléphonique mardi soir avec M. Poutine, le président russe s'est entretenu le soir même avec son homologue finlandais, Sauli Niinsto, dont le pays a accueilli en 2018 la dernière rencontre de ce niveau, entre M. Poutine et Donald Trump.

Les diplomates aux ordres du Kremlin

La diplomatie russe a en tout cas rapidement fait savoir qu'elle attendait ses ordres.

C'est de la compétence de l'administration présidentielle mais, bien entendu, nous ferons notre part du travail, a dit mercredi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

Des responsables russes ont aussi loué l'importance de l'événement.

Le vice-président du Conseil de la fédération (Chambre haute), Konstantin Kossatchev, a considéré qu'un tel sommet était une nouvelle d'ampleur mondiale et que Biden avait montré qu'il voulait que cette rencontre ait lieu vite.

Pour le chef de la commission des Affaires étrangères à la Douma, les États-Unis ont fait un pas pour passer de l'affrontement au dialogue. C'est bien que les dirigeants de deux plus grandes puissances nucléaires soient prêts à coopérer, a souligné Léonid Sloutski.

Et Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique, a comparé l'importance d'un sommet Biden-Poutine au sien, en pleine guerre froide, avec Ronald Reagan, qui avait débouché sur un traité de désarmement nucléaire.

Le politologue russe Fiodor Loukianov relève dès lors qu'en Russie la perspective de cette rencontre va être présentée comme un important succès.

Et c'est le cas d'une certaine manière, alors qu'il y a peu encore Biden s'exprimait de manière insultante envers Poutine, dit-il.

D'ores et déjà, estime-t-il, la température est retombée. Il affirme s'attendre à ce que la pression militaire aux frontières ukrainiennes baisse bientôt, car personne n'a intérêt à des heurts militaires.

Mercredi soir, des responsables turcs ont indiqué que les États-Unis avaient renoncé à déployer cette semaine deux navires de guerre en mer Noire en passant par les détroits turcs.

L'annonce de ce déploiement était survenue dans un contexte de flambée de tensions entre la Russie et l'Ukraine, et la décision d'envoyer des bâtiments de guerre avait été accueillie comme un signe de soutien de Washington à Kiev.

Biden critiqué

À l'inverse, la nouvelle de l'organisation d'un sommet laisse certaines figures de l'opposition russe dépitées. Elles y voient une concession à Poutine et à sa quête de reconnaissance.

Un sommet? De quoi les États-Unis ont-ils encore à parler avec Poutine? C'est exactement ce que désire Poutine, une rencontre en tête à tête qui le légitimise, s'emporte sur Twitter l'ancien champion du monde d'échecs et critique du Kremlin Garry Kasparov.

Des partisans du président russe se réjouissaient d'ailleurs pour exactement les mêmes raisons.

C'est Biden qui a demandé la conversation téléphonique d'hier, c'est Biden qui a appelé et c'est Biden qui voulait discuter d'un sommet, note, plus qu'un brin moqueur, Vladimir Solovev, propagandiste des autorités et figure honnie de l'opposition.

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