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Allégations d'agression sexuelle : un prêtre poursuivi était décédé depuis près d'un an

Paul Breau, vêtu d'une soutane verte, lit une messe.

Le père Paul Breau lors d'une messe diffusée en 2012 à l'émission Le jour du Seigneur (capture d'écran)

Photo : Radio-Canada

Pascal Raiche-Nogue

Le prêtre catholique retraité Paul Breau, qui a été ciblé par une nouvelle poursuite judiciaire le mois dernier, est en fait décédé en juin 2020. La nouvelle était complètement passée sous le radar jusqu’à maintenant.

La semaine dernière, Radio-Canada rapportait le dépôt d’un avis de poursuite contre le père Paul Breau, qui a travaillé dans le sud-est du Nouveau-Brunswick pendant des décennies.

Le plaignant – un homme de Shediac – allègue qu’il l’a agressé sexuellement à plusieurs reprises alors qu’il avait environ 13 ou 14 ans.

Il poursuit également l’archidiocèse catholique de Moncton et l’archevêque actuel, Mgr Valéry Vienneau. Il avance que ces derniers sont responsables par procuration des actions alléguées du père Breau.

Dans la foulée de la publication de notre reportage, des auditeurs nous ont mis la puce à l’oreille que le père Breau est en fait décédé il y a quelques mois et que ses proches ont choisi de ne pas publier d’avis de décès.

Aucune information à ce sujet ne semble en effet avoir été publiée en ligne, notamment dans les sites de nécrologie. Il a donc fallu s’y prendre autrement.

Le foyer de soins où demeurait Paul Breau n'a pas pu nous éclairer. L’archidiocèse et la paroisse où il a terminé sa carrière en 2015 (Notre-Dame-d'Acadie, située à l'Université de Moncton) n’ont pas répondu immédiatement à nos demandes.

La confirmation de sa mort nous est venue de documents déposés en Cour des successions, en septembre dernier, par son exécuteur testamentaire.

On y apprend que le père Paul Breau est décédé le 21 juin 2020. Il avait 89 ans. Il a été enterré trois jours plus tard au cimetière Notre-Dame-du-Calvaire, à Dieppe.

Ça ne change pas la responsabilité potentielle du diocèse

L’ancien prêtre Paul Breau

L’archidiocèse de Moncton avait aussitôt démis Paul Breau de toutes ses fonctions.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

L’avocat d’Halifax qui représente le plaignant qui a déposé un avis de poursuite le mois dernier, John McKiggan, n’était pas au courant du décès de Paul Breau.

Nous ne savions pas s’il était vivant. Nous avons effectué une recherche pour un avis de décès pour tenter de déterminer cela. Donc vous nous l’apprenez, dit-il en entrevue.

Il doit maintenant discuter avec son client – et avec les autres personnes qui l’ont contacté en lien avec des allégations visant le défunt prêtre Paul Breau – pour prévoir la suite des choses.

Nous allons déterminer si nous voulons amender les plaidoiries pour poursuivre la succession ou si nous voulons simplement limiter la poursuite à l’archidiocèse [de Moncton] pour sa responsabilité dans ce qu’a fait [le père Paul] Breau, explique-t-il.

L’avocat monctonien Brian Murphy, qui représente des victimes alléguées du défunt prêtre, était déjà au courant de son décès lorsque nous l’avons contacté. Il en a eu vent dans le cadre de procédures impliquant le père Breau et l’archidiocèse.

C’est dommage que le père Breau soit décédé, bien sûr. Mais ça ne fait pas du tout de différence dans notre cas.

Il note que ses clients ne ciblaient pas seulement Paul Breau, mais aussi son employeur au moment des agressions alléguées, soit l’archidiocèse catholique de Moncton.

Ce dernier a des polices d’assurance et des biens, fait remarquer Me Murphy.

Si la poursuite déposée par Me McKiggan est toute récente, les dossiers pilotés par Me Murphy sont beaucoup plus avancés.

Brian Murphy affirme que des ententes de principe ont été conclues afin que l’Église dédommage ses clients.

Selon lui, les dossiers seront clos en bonne et due forme dès que l’archidiocèse réglera le différend qui l’oppose à son assureur, the co-operators. Le litige entre ces deux parties dure depuis 2015.

Paul Breau avait des actifs totalisant 740 454 $

La pierre tombale de Paul Breau, située dans un cimetière de Dieppe.

La pierre tombale du père Paul Breau est située dans le cimetière Notre-Dame-du-Calvaire, à Dieppe (capture d'écran)

Photo : Radio-Canada

Des documents déposés à la Cour des successions en septembre dernier – dont Radio-Canada a obtenu copie – permettent de mesurer les actifs détenus par le père Paul Breau lors de son décès.

L’homme d’Église n’avait pas de propriété foncière, de maison ou d’actifs matériels. Mais il détenait des actifs financiers totalisant 740 454 $.

Il s’agit de fonds qui pourraient éventuellement se retrouver dans la mire des avocats représentant ses victimes alléguées.

Les deux avocats à qui nous avons parlé ne sont pas du tout surpris par l’ampleur des actifs de Paul Breau.

La plupart des gens tiennent pour acquis que les prêtres sont habituellement pauvres. Mais bon nombre d’entre eux ont des actifs considérables lors de leur décès parce qu’ils n’ont pas payé de loyer et qu’ils n’avaient pas d’enfants à envoyer à l’université, affirme John McKiggan.

Brian Murphy abonde dans le même sens. Il note que les prêtres reçoivent un salaire.

Habituellement, ils ont des revenus et pas beaucoup de dépenses. Et n’oubliez pas que le père Breau est décédé à un âge avancé. Je ne suis pas du tout surpris qu’il avait beaucoup d’argent.

Le père Paul Breau a en effet connu une très longue carrière. Il a occupé divers postes dans le sud-est du Nouveau-Brunswick de 1955 à sa retraite en 2015.

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