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Toutes les chirurgies non urgentes seront annulées à Rouyn-Noranda

Vue sur l'hôpital de Rouyn-Noranda et le lac Osisko.

L'hôpital de Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Luneau

La pénurie de personnel infirmier force la direction du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue à annoncer des ruptures de service.

Radio-Canada a appris que toutes les interventions chirurgicales non urgentes prévues à Rouyn-Noranda seront annulées à partir de la semaine prochaine pour une durée indéterminée. Seuls les cas urgents seront traités.

Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue devrait en faire l’annonce jeudi.

Des ruptures de service pourraient aussi avoir lieu au service d’obstétrique à Ville-Marie, toujours en raison du manque de personnel.

Selon nos informations, les récents changements apportés par le gouvernement afin de diminuer le recours au personnel d’agences de placement ont amplifié la pénurie de personnel. Des infirmières d’agences ont décidé de ne plus pratiquer dans la région.

L’une des modifications à l’arrêté ministériel est que les infirmières ayant travaillé dans le secteur public doivent être au minimum 90 jours sans pratiquer avant de pouvoir être engagées par une agence.

Une décision qui a des conséquences en région éloignée. Prenons par exemple le cas de l'infirmière clinicienne Marianne Leblond. Depuis plusieurs années, elle pratique dans des régions comme l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord à titre de main-d'œuvre indépendante.

Comme les besoins sont grands avec la pandémie, elle a accepté de travailler aussi à temps partiel auprès de patients atteints de la COVID-19 dans le réseau public du Québec.

Elle est maintenant considérée comme une employée du système public, impossible donc pour elle de continuer à travailler en région pour le moment.

C’est un peu comme si le gouvernement m’envoyait dans le coin réfléchir et [me] donnait une punition pour avoir voulu aider. C’est clair qu’avec les conséquences que la situation m’inflige, moi, je ne veux plus toucher au réseau public; c’est malheureux, explique Marianne Leblond, qui a pris la décision d’aller travailler en Ontario pendant cette période de 90 jours.

L'hôpital de Ville-Marie.

L'hôpital de Ville-Marie (archives)

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Elle dit comprendre le souhait du gouvernement de vouloir diminuer le recours aux agences, mais, selon elle, cette solution n’est pas la bonne.

Oui, on veut que des infirmières déménagent en région idéalement, mais il faut aussi qu’on pense à la main-d’oeuvre indépendante, parce qu’en ce moment, c’est 30 à 50 % de leur main-d’oeuvre infirmière qui provient d’agences de placement. [...] Là, on veut couper les agences, ils mettent la hache là-dedans, ils mettent des règles extrêmement strictes, mais sans penser à une alternative. Moi, ça me fait beaucoup de peine de voir ça, parce que c’est vraiment la population qui va vivre les conséquences, croit Marianne Leblond.

L’arrêté ministériel prévoit aussi que les frais accessoires comme les frais d’hébergement, de transport et de repas doivent maintenant être inclus dans le prix maximal que peuvent réclamer les agences. Des frais qui sont surtout nécessaires dans les régions éloignées.

Il est donc maintenant beaucoup moins payant pour les agences et leurs employés de travailler en région éloignée. Certaines auraient déjà annoncé ne plus vouloir pratiquer dans la région pour cette raison.

Moi, je souhaite aller aider en région, mais je n’irai pas à tout prix. Si finalement je dois payer mon déplacement, mon hébergement et que je n’ai pas un salaire qui est attractif, c’est certain que je n’irai pas. Je vais aller pratiquer en Ontario et dans les Maritimes où ils ont des besoins et que ce sera beaucoup plus facilitant pour moi, estime pour sa part Marianne Leblond.

Envisager d’autres options

Marianne Leblond croit qu’il serait important de consulter les principales intéressées, les infirmières, afin de trouver des solutions.

Pourquoi elles quittent la profession? Pourquoi vont-elles dans des agences de placement? Comment retrouver les conditions comparables aux agences de placement? D'imposer des règles pour restreindre leur choix, ce n’est clairement pas la solution; au contraire, ça crée plus de frustrations, les gens vont peut-être juste changer de carrière ou se réorienter vers autre chose, affirme Marianne Leblond, qui propose d’ailleurs une solution de rechange aux agences de placement.

Elle souhaiterait que le gouvernement mette en place le même système que pour les médecins dépanneurs. Les infirmières pourraient alors être des travailleuses indépendantes.

Le mécanisme permet aux établissements d’afficher leurs besoins, et les médecins peuvent [postuler à] ces quarts de travail. Ce processus est encadré. Les médecins vont être engagés selon leur expérience pertinente, ils vont être placés dans un milieu où ils pratiquent normalement; ce serait la même chose pour les infirmières, affirme Marianne Leblond, qui est tout à fait d’accord avec le fait que les agences de placement ne sont pas la solution à long terme.

Mise à jour du 15 avril

Des informations ont été précisées par la présidente-directrice générale du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue.

Caroline Roy affirme que, bien qu'il ait été envisagé de fermer aussi le bloc opératoire à Ville-Marie, les interventions chirurgicales se poursuivent pour l’instant.

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