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L'Université Laurentienne, un précédent inquiétant pour les milieux minoritaires

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Le campus de Moncton de l'Université de Moncton

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

L’Université de Moncton n’est pas à l’abri des compressions comme celles qui se sont produites à l’Université Laurentienne, croit le recteur Denis Prud’homme. Le licenciement massif annoncé lundi inquiète, jusqu'au Nouveau-Brunswick.

On est tous à risque, déclare le recteur de l'Université de Moncton, Denis Prud’homme. On ne pensait pas que cet événement-là pouvait arriver au sein des universités canadiennes. C’est arrivé.

Ça a été une triste journée hier pour les universités au Canada, particulièrement les universités dans les communautés linguistiques aux situations minoritaires. Évidemment que cela affecte grandement l’accès à des programmes en français.

Une citation de :Denis Prud’homme, recteur de l’Université de Moncton

Le recteur indique qu’à l’Université de Moncton, cela fait dix ans qu’il y a des compressions, demandées par le conseil des gouverneurs afin équilibrer le budget de l’institution.

Un total de 30 millions de dollars a été supprimé du budget dans la dernière décennie, et près de 80 administrateurs et professeurs ont été licenciés.

Le président de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton, Mathieu Lang, confirme avoir ressenti les répercussions de ces compressions.

Les départs à la retraite non remplacés, les remplacements de postes temporaires par des chargés de cours, la diminution des cours options, et le regroupement d’élèves pour faire de plus grandes salles de classe sont des exemples de changements constatés dans l’établissement.

Il y a effectivement de l’impact sur notre capacité à offrir nos programmes, donc il va falloir un peu se réinventer et s’actualiser dans les prochaines années, affirme Denis Prud’homme.

Denis Prud’homme assis devant des documents.

Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l'Université de Moncton, le 26 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada

En parallèle, les universités sont parfois au pied du mur, et le modèle de financement des institutions est souvent critiqué.

Denis Prud’homme relate que chaque année, les conventions collectives, l’inflation et les infrastructures font augmenter les coûts de 3 à 4 %.

Pour l’Université de Moncton toutefois, les augmentations de subventions gouvernementales et provinciales sont de 0,7 %. Alors, c’est certain qu’on se doit de faire des compressions, si l’on veut avoir un budget équilibré, explique Denis Prud’homme.

Mathieu Lang, souligne que si la situation financière de l’Université de Moncton est sérieuse, elle n’est pas catastrophique comme celle de l’Université Laurentienne. Mais tout le monde doit être sur le qui-vive, dit-il.

Un cauchemar en Ontario

C’est un total de 69 programmes, dont 28 de langue française, qui a été aboli cette semaine dans l’établissement postsecondaire bilingue du nord de l’Ontario. Aux prises avec d'importants problèmes financiers, elle a eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

C'est une première au Canada, puisque cette loi a été prévue pour le secteur privé.

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L'Université Laurentienne à Sudbury, en Ontario, le 7 avril 2021.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

C’est un précédent inquiétant qu’on a laissé une institution publique utiliser cette loi-là, croit le professeur agrégé au département d’histoire de l’Université Laurentienne, Joël Belliveau.

Originaire du Nouveau-Brunswick, il est l’un des 110 professeurs qui seront remerciés de leurs fonctions le 15 mai prochain. Ce dernier enseigne à l’Université Laurentienne depuis près de 12 ans.

Sa conjointe est pour sa part en quatrième année du programme de sage-femme, qui a aussi été coupé. Elle ne sait pas encore qui va superviser son stage, car ses quatre professeurs ont été congédiés.

Ce choix est incompris par Joël Belliveau, puisque les frais du programme sont couverts par le gouvernement.

C’est le seul programme de sage-femme à l’extérieur du Québec en français. Il dessert les communautés autochtones du nord de l’Ontario aussi.

Les rumeurs de congédiement circulaient déjà depuis quelque temps dans les corridors. On savait que ça allait mal, dit Joël Belliveau. Mais tout le monde supposait que cela allait être beaucoup plus léger comme coupures que ce qui est arrivé cette semaine.

Lundi matin, le couperet est tombé, de manière très brutale et froide et calculée. Il y a énormément de gens qui ont beaucoup de peine et qui ont beaucoup de mal à accepter comment cela se termine.

Une citation de :Joël Belliveau, professeur au département d’histoire de l’Université Laurentienne

Une firme de ressources humaines engagée pour l’occasion leur a annoncé la nouvelle sur Zoom.

Consternation dans les communautés minoritaires francophones

Alors que pratiquement tous les programmes en arts, en sciences humaines et en sciences sociales ont été éliminés à l’Université Laurentienne, l’impact sur la communauté francophone de l’Ontario crée une onde de choc.

C’est un rêve qui se termine. L’Université Laurentienne, c’est un peu l’Université de Moncton, affirme Joël Belliveau. C’est un lieu où beaucoup d’institutions culturelles sont nées. C’est très lié à l’identité franco-ontarienne du Nord.

Et l’Acadie se joint à l’Ontario dans cette consternation face aux compressions.

C’est le futur qu’on touche. C’est les travailleurs de demain. C’est aussi notre capacité comme pays et comme province de se positionner à la recherche et au développement du savoir, dit Mathieu Lang. Ça me fait peur pour la francophonie en général.

Mathieu Lang devant la pavillon Léopold-Taillon de l'Université de Moncton.

Mathieu Lang devant la pavillon Léopold-Taillon de l'Université de Moncton le 14 avril 2021.

Photo : Radio-Canada

Pour un Acadien, si un programme n’existe pas à l’Université de Moncton, ou bien il va dans une université anglophone, ou bien il se déplace au Québec, ou ailleurs, et une fois qu’il est parti de la province au début de l’âge adulte, ça se peut qu’il ne revienne pas. On parle d’assimilation, on parle d’érosion, illustre-t-il.

À titre d’exemple, environ 90 % des diplômés de l’Université de Moncton travaillent au Nouveau-Brunswick, les compressions budgétaires peuvent donc avoir des répercussions à long terme sur la main-d’œuvre francophone en milieu minoritaire.

Mathieu Lang croit qu’une planification plus stratégique, qui implique le gouvernement et les universités francophones est nécessaire, et que l’accessibilité devrait toujours être une priorité pour les communautés minoritaires du pays.

Il faut que les gouvernements prennent des actions positives pour soutenir notre capacité à offrir une panoplie de programmes qui répondent aux besoins de la société, et cela dans toutes les sphères, dit pour sa part Denis Prud’homme.

Ce dernier croit aussi nécessaire la mise en place des mesures préventives, pour éviter que la situation de l’Université Laurentienne ne se produise à nouveau.

Avec les informations de Marie-Ève Brassard et Francis Beaudry

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