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De Paris à Saint-Pétersbourg : l’improbable destin de l’horloge de Notre-Dame

Les efforts sont en branle pour reconstruire l’horloge de Notre-Dame. À Saint-Pétersbourg, un fleuron de l’ex-Union soviétique s'active pour prêter main-forte aux horlogers de France.

Xavier Giraudet tient des outils.

L'horloger français Xavier Giraudet travaille chez Raketa depuis 4 ans.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

On se croirait dans un laboratoire de recherche médicale.

Tous les employés portent le sarrau blanc, la plupart sont assis devant des microscopes avec des pinces à la main et des masques de protection au visage (COVID oblige).

Un horloger regarde à travers une lunette d'approche.

Le travail de l'horloger demande beaucoup de minutie.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Le silence est aussi de mise, pour ne pas perturber la concentration qu’exige ce travail de moine qu’est la fabrication de montres mécaniques.

Chacune est fabriquée à la main, du boîtier au mécanisme, comme dans le bon vieux temps. Il y a un air de nostalgie dans la pièce principale de la manufacture Raketa, un fleuron de l’ex-Union soviétique.

Des montres Raketa séparées dans un contenant.

Des mouvements de montres Raketa.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Des affiches à la gloire de ces montres, qui étaient autrefois utilisées par l'Armée rouge et les premiers cosmonautes, décorent les murs. Les machines de l’époque meublent encore l’usine, de l'équipement comme il ne s'en fait plus aujourd’hui. L’entreprise a été sauvée de la faillite il y a dix ans par l’entrepreneur français David Henderson Stewart, qui est installé en Russie depuis 20 ans.

Des employés, bras au ciel.

Une pendule conçue en Russie pour Notre-Dame-de-Paris

Photo : Archives/Raketa

On est très fiers d'avoir contribué à sauvegarder l'horlogerie russe qui, autrement, aurait disparu. On n'avait pas de marché. Personne ne voulait faire des montres mécaniques. Et pourtant, on a réussi. C'est presque un miracle.

Une citation de :David Henderson Stewart, directeur général de Raketa

Mais si quelqu'un lui avait dit qu’un jour son entreprise en Russie participerait à reconstruire l'horloge de Notre-Dame de Paris, il ne l’aurait jamais cru. David Henderson Stewart baisse même la tête et se cache les yeux quand il admet qu’il n’avait jamais remarqué l’horloge de la cathédrale.

David Henderson Stewart sur un balcon.

Le directeur général de Raketa, David Henderson Stewart, devant l'horloge monumentale du magasin pour enfants Dietsky Mir à Moscou.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

J'ai vécu à Paris très longtemps avant de venir en Russie et je n'avais jamais remarqué cette horloge. J'ai honte de le dire aujourd'hui, mais c'est le cas de beaucoup de personnes.

Une citation de :David Henderson Stewart, directeur général de Raketa

Il va sans dire que, le soir où Notre-Dame de Paris a pris feu, ce sont ses horlogers qui lui ont parlé de la valeur historique de cette pendule unique de la marque Collin, entièrement mécanique, avec trois corps de rouages qui faisait sonner les cloches aux heures et aux quarts depuis son installation en 1867.

Une fois l'émotion de l'incendie passée on s'est tous dit : "Au fait, il y a une pendule là-haut", raconte Xavier Giraudet, un horloger français qui travaille chez Raketa à Saint-Pétersbourg depuis 4 ans.

Un cadran sur une toiture.

Un des quatre cadrans de l'horloge de Notre-Dame apparaissant de chaque côté de la flèche de Viollet Le Duc.

Photo : Getty Images

En guise de solidarité, ses collègues russes et lui ont organisé une cagnotte, un geste symbolique, pour offrir leur aide aux horlogers français.

Sauf que la perte est totale.

L'horloge de Notre-Dame de Paris a non seulement fondu dans les flammes, mais il n’existe aucun plan original. Ces plans n’ont jamais été conservés dans les archives.

Dans le petit monde de l'horlogerie, c’est la consternation.

Des flammes éclairent la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Des étincelles remplissent l'air alors que des pompiers de Paris pulvérisent de l'eau pour éteindre les flammes lors de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.

Photo : Reuters / Philippe Wojazer

D'où naît à Paris l'Association Horloge Notre-Dame, qui se donne comme mission de militer pour que la pendule ne soit pas oubliée dans le cadre de l’immense projet de restauration de la cathédrale mené par les architectes des Bâtiments de France.

L'espoir de reconstruire l’horloge à l'identique renaît subitement quelques mois plus tard, quand une pendule quasi jumelle à celle de Notre-Dame est découverte intacte dans l’église de la Sainte-Trinité du 9e arrondissement.

Mécanisme d'horloge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le mécanisme d'horloge est construit par l'horloger Collin en 1867.

Photo : Horloge Notre-Dame/Bruno Cabanis/Jean-Baptiste Viot

La nouvelle est extraordinaire et voyage rapidement. De Paris à Saint-Pétersbourg, en passant par la Suisse, les horlogers se mobilisent.

Une fois que cet ouvrage a été retrouvé, ça nous a servi de base pour comprendre et coordonner avec Paris les travaux, et déterminer comment on pourra contribuer.

Une citation de :Xavier Giraudet, horloger de Raketa

Qui fera quoi n’est pas encore clair, puisqu'il s'agit d'une tâche colossale, d'autant plus que, pour l'instant, les horlogers et les ingénieurs travaillent sur la base d’un logiciel 3D qui a reproduit le mécanisme de l’horloge de la Sainte-Trinité.

Artium Smirnov devant deux écrans d'ordinateur.

L'ingénieur Artium Smirnov travaille à reproduire l'horloge de contrôle.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

En raison de la pandémie, tout se fait à distance, dit Artiom Smirnov, un ingénieur russe de 28 ans, qui passe des heures à étudier le modèle de la Sainte-Trinité afin de déterminer quelles sont les pièces que la manufacture de Raketa sera en mesure de produire en série, des vis aux goupilles. On parle de milliers de morceaux, affirme l'ingénieur avec fierté.

Les détails ne sont pas encore clairs, mais déjà, c’est une expérience enrichissante et un honneur de faire partie d’un projet aussi riche, même si j’ai l'habitude de travailler sur une échelle complètement différente.

Une citation de :Artium Smirnov, ingénieur

Les horlogers russes travaillent plus spécifiquement à recréer l'horloge de contrôle, c'est-à-dire le système de rouage qui retransmet l’heure au cadran.

Si les horlogers de Raketa sont si convaincus de pouvoir la reproduire, c’est qu'ils ont déjà à leur actif la plus grande horloge mécanique du monde.

Celle du magasin pour enfants Dietsky Mir, à Moscou, dont le mécanisme monumental pèse plus de 4 tonnes.

Les mécanismes d'une horloge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'horloge mécanique du Dietsky Mir à Moscou est la plus grande du monde.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

L’horloge est constituée d’au moins 5000 pièces, le tout sur une hauteur de 13 mètres et une largeur de 7 mètres.

Celle de Notre-Dame est beaucoup plus petite que celle de Detsky Mir, mais la construction du mécanisme et les principes fondamentaux restent les mêmes, dit David Henderson Stewart, en ajoutant qu'il est plus facile de travailler sur de grands modèles que sur des minuscules.

Mais disons que ça occupe les soirées, parce que c’est un honneur vraiment de travailler sur ce projet, dit l’horloger Xavier Giraudet. Mais c’est aussi risqué dans les circonstances, parce que tout se discute à distance et on veut éviter les quiproquos.

Portrait de Xavier Giraudet.

L'horloger Xavier Giraudet est établi à Saint-Pétersbourg.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Si la presse russe et la presse française ont rapporté que Raketa va restaurer l’horloge de Notre-Dame de Paris, c’est complètement faux.

Mais nous allons y participer, et ça, en tant qu'horloger qui vit en Russie, c’est une grande fierté.

Une citation de :Xavier Giraudet, horloger Raketa

Car ultimement, c'est l’organisme public des Bâtiments de France qui aura le dernier mot. Mais étant donné leur savoir-faire et leur équipement uniques, la contribution russe sera indispensable.

Une salle avec des outils de précision.

Raketa emploie une centaine de personnes.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

C’est un pont qui est très beau entre la France et la Russie grâce à l'horlogerie, dit le directeur général David Henderson Stewart, qui comprend aujourd'hui l’importance de ressusciter la pendule que les horlogers considèrent comme étant le cœur de Notre-Dame.

Pour eux, c'est un peu le cœur de Notre-Dame. C'est un monument qui est figé, qui ne bouge pas, alors que l'horloge, elle, bouge en permanence. C'est comme le corps. Quand on dort, on ne bouge pas, mais le cœur bat toujours. Et là, l'horloge de Notre-Dame, elle avance toujours. Elle mesure le temps qui passe, et donc, symboliquement, c'est très, très fort.

Une citation de :David Henderson Stewart

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