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L’Ontario a-t-il assez d’infirmières pour tous ses lits de soins intensifs?

Un homme sur une civière entouré de quatre membres du personnel d'un hôpital.

La gestion d'un lit de soins intensifs nécessite plusieurs employés spécialisés, soulignent médecins et infirmières. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Le nombre d'admissions dans les unités de soins intensifs continue de grimper en flèche en Ontario. Le gouvernement a annoncé dernièrement avoir débloqué des fonds pour la création de centaines de nouveaux lits destinés aux soins intensifs. Or les spécialistes – médecins ou infirmières – préviennent que ce projet de la province ne suffira pas à améliorer la situation avec laquelle ils doivent composer.

Selon le personnel, le système de santé – et plus particulièrement les unités de soins intensifs – était déjà à bout de souffle avant l'arrivée de la COVID-19.

Interrogée sur l'augmentation alarmante du nombre d'admissions dans les unités de soins intensifs en Ontario en raison des cas de COVID-19, la ministre de la Santé, Christine Elliott, a déclaré lundi que la province prenait des mesures pour accroître la capacité des hôpitaux en redéployant du personnel, en reportant des opérations chirurgicales électives et en transférant des patients.

D'ici la fin de la semaine, nous prévoyons créer 350 nouvelles places, a déclaré Mme Elliott. Elle a ajouté que le plan est de libérer à terme de 700 à 1000 lits.

Nous créons de la capacité et nous nous assurons que chaque Ontarien ayant besoin d'un lit aux soins intensifs en obtiendra un.

De son côté, le personnel médical qui travaille dans les unités de soins intensifs affirme que chaque nouveau lit nécessite des ressources – notamment des employés spécialisés et formés – qui ne sont tout simplement pas disponibles.

Au minimum, il faut disposer de l'espace physique, a déclaré le Dr Michael Detsky, médecin aux soins intensifs du Sinai Health System de Toronto.

Les pompes à perfusion, les respirateurs, les appareils de dialyse, les moniteurs, tout cela doit être disponible en temps réel pour les patients.

Le Dr Detsky a signalé qu'en plus de l'espace et de l'équipement, chaque lit nécessite un ensemble d'employés de soutien, notamment un inhalothérapeute, un physiothérapeute, un pharmacien et un travailleur social. Cela s'ajoute aux infirmières spécialement formées, qui, selon lui, sont essentielles.

Ce n'est pas comme s'il y avait une abondance de cliniciens disponibles pour s'occuper des lits existants et des nouveaux lits, a-t-il déclaré.

En discutant avec des collègues de mon hôpital et d'autres hôpitaux, j'ai eu l'impression qu'il n'y avait tout simplement pas assez de personnel pour s'occuper des patients. 

Pas assez d'infirmières formées

La pénurie d'infirmières spécialisées en soins intensifs est un problème qui, selon Birgit Umaigba, existait déjà avant la pandémie, mais qui est maintenant exacerbée par celle-ci.

Mme Umaigba, une infirmière basée à Toronto et spécialisée dans les soins intensifs et la médecine d'urgence, estime que chacun des patients qui sont dans l'état le plus critique devrait avoir une infirmière attitrée.

Il manque parfois trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix infirmières, selon Mme Umaigba.

Devoir jongler entre deux patients très malades sous respirateur [rend] les erreurs inévitables.

Denise Morris, infirmière gestionnaire à l'unité de soins intensifs médico-chirurgicaux de l'Hôpital général de Toronto, a vu le nombre de lits de son unité passer de 30 l'an dernier à 44.

On veut évidemment que ces lits soient ouverts, mais fournir un personnel adéquat et sécuritaire est un défi, c'est le moins qu'on puisse dire, dit-elle.

Le nombre de lits augmente plus vite que le bassin de ressources humaines dont nous disposons. Nous devons repenser la manière dont nous fournissons les soins.

La province affirme qu'elle redéploie du personnel – y compris des infirmières – d'autres hôpitaux qui se trouvent dans des régions moins durement touchées. Toutefois, certaines personnes travaillant dans le domaine de la santé ont souligné que ces employés n'avaient pas toujours une formation spécifique.

Il se peut que les infirmières n'aient pas vraiment l'expertise requise pour travailler dans ces unités, a déclaré Matt Patterson, un infirmier de Toronto qui a passé 9 de ses 17 années de carrière aux soins intensifs.

La fatigue

Les hôpitaux doivent composer avec une pénurie de personnel spécialisé dans les soins intensifs. Et ceux qui y travaillent sont épuisés après plus de 12 mois dans un contexte de pandémie. 

La Dre Shelly Dev, médecin spécialiste aux soins intensifs de l’hôpital Sunnybrook de Toronto, affirme que le personnel des unités de soins intensifs est mis à rude épreuve.

Peu importe le nombre de lits, s’il n’y a personne en santé et capable de vous aider et de vous fournir des soins lorsque vous êtes dans un de ces lits, ça ne sert pas à grand-chose, dit-elle.

Ils sont physiquement détruits par l'intensité de leur travail.

Une citation de :La Dre Shelly Dev

Elle ajoute que le personnel de la santé veut faire de son mieux pendant ces périodes chaotiques, mais parfois, il n'en est tout simplement pas capable.

Notre capacité à fournir ce genre de soins – que nous sommes si fiers de fournir – diminue, a-t-elle déclaré.

Le recrutement

CBC News a demandé au ministère de la Santé pourquoi la province ajoute plus de lits sans les ressources nécessaires pour les accompagner. Le ministère n’a pas répondu directement à la question.

Il n'a pas non plus répondu directement à la question du recrutement. 

La semaine dernière, la province a diffusé deux décrets d'urgence pour soutenir le redéploiement de professionnels de la santé et d'autres travailleurs dans les hôpitaux, peut-on lire dans le communiqué.

En outre, nous donnons aux hôpitaux la possibilité de transférer des patients vers d'autres établissements si leurs ressources risquent fortement et immédiatement d'être débordées. 

Interrogés sur les mesures prises pour répondre à la demande dans les unités de soins intensifs de l'Ontario – y compris l'inscription de médecins de l'extérieur de la province –, l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario (OMCO) et l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) ont répondu qu'ils accélèrent la paperasserie pour soutenir le système de soins de santé, et ce, depuis l'année dernière.

Les personnes qui travaillent dans les unités de soins intensifs de l'Ontario s'inquiètent des semaines à venir et de l'équilibre à trouver entre la gestion des lits et les ressources limitées. Malgré tout, Mme Morris affirme que le dévouement du personnel des soins intensifs de l'Hôpital général de Toronto est inébranlable.

C’est très stressant et franchement effrayant, dit-elle, mais le personnel est dévoué et il se présente tous les jours.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario
Avec les informations de CBC News

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