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Les Noirs et Autochtones surreprésentés dans les interactions avec les agents de la CTT

Des dizaines d'usagers se pressent dans un autobus de la CTT dans le nord-ouest de Toronto pendant l’heure de pointe du matin.

À Toronto, les usagers noirs du transport en commun sont surreprésentés dans toutes les catégories d’infractions de la CTT, selon une nouvelle étude.

Photo : Radio-Canada / (Ellen Mauro/CBC)

Les personnes noires et les Autochtones sont largement surreprésentés dans les groupes interpellés par les agents de contrôle et de sécurité de la Commission de transport de Toronto, selon un nouveau rapport. Ils sont aussi plus souvent sanctionnés.

Deux chercheurs de l'Université de Toronto ont examiné plus de 121 000 rapports d'événements de contrôleurs des titres de transport et d'agents de police de la Commission de transport de Toronto (CTT) déposés entre 2008 et 2018.

L'étude révèle que les Autochtones sont près de quatre fois plus susceptibles d'être interpellées par un agent de la CTT que ce que leur représentation dans la population générale ne le prévoit. Les Noirs le sont deux fois plus.

Akwasi Owusu-Bempah assis.

Le professeur de sociologie à l'Université de Toronto, Akwasi Owusu-Bempah, estime que les contrôleurs de titres de transport ont besoin de plus de formation.

Photo :  CBC

Le professeur de sociologie Akwasi Owusu-Bempah et le professeur en criminologie Scot Wortley ont également constaté que 19,2 % de tous ces incidents concernent des personnes noires, que ce soit dans le cas d'un avertissement formel ou d'un constat d'infraction, alors que ces dernières ne représentent qu'environ 9 % de la population torontoise.

Si les agents de la CTT chargés du contrôle traitaient tous les usagers de la même façon, on ne verrait pas des disparités raciales aussi importantes que celles documentées dans notre analyse, précisent les auteurs de l'étude.

Les personnes noires sont aussi surreprésentées dans toutes les catégories d’infractions de la CTT comme le flânage et la violation des règlements affichés et, ce, peu importe la station.

Nous ne pouvons pas, pour le moment, écarter la possibilité que les préjugés - conscients, inconscients et systémiques - aient contribué de manière significative aux disparités raciales flagrantes observées.

Une citation de :Akwasi Owusu-Bempah et Scot Wortley, auteurs du rapport

Le professeur au Centre de criminologie de l'Université de Toronto, Scot Wortley, explique que certains groupes ont été injustement contrôlés, notamment les femmes noires, comparativement aux autres femmes et même les hommes racisés.

Les usagers blancs du transport en commun, en revanche, sont plus susceptibles d'être excusés ou d'être avertis verbalement, note le rapport.

Le profilage racial fait en sorte que les usagers noirs et autochtones sont plus susceptibles d'être arrêtés pour des infractions que les personnes blanches qui se livrent exactement au même comportement, peut-on lire dans l'étude.

Caitlyn Kasper assise pose pour une photo.

L'avocate autochtone Caitlyn Kasper affirme que la CTT traîne des pieds.

Photo : Radio-Canada

Malheureusement, je ne suis pas surprise. On voit ce genre de discrimination de la part de plusieurs institutions, qu’elles soient publiques ou gouvernementales, lance l’avocate de Services juridiques autochtones, Caitlyn Kasper, elle-même autochtone.

Souvent, ces interventions se transforment en harcèlement de la part de l'agent, affirme-t-elle, et les membres de notre communauté ne sont pas pris au sérieux.

La CTT traîne des pieds et doit être plus proactive.

Une citation de :Caitlyn Kasper, avocate pour Services juridiques autochtones

Selon elle, il faudra responsabiliser les agents [qui perpétuent ces biais et préjugés] par des sanctions rapides et appropriées, pour briser ce cycle de discrimination.

Jusqu'à ce que cela se produise, il sera très difficile de favoriser de bonnes relations avec les communautés, ajoute Caitlyn Kasper.

Données manquantes

Les auteurs de l'étude sur les pratiques de contrôle de la CTT et les relations raciales soulignent que les données sur la race sont manquantes dans 28,7 % des cas, ce qui représente 35 006 rapports d'événements.

Sans ces informations, impossible de savoir si davantage de citoyens ont été victimes de préjugés raciaux lors d'interventions d'inspecteurs, par exemple, mais les auteurs s'en doutent.

Nous pensons qu'il est très probable que l'augmentation des informations raciales manquantes entre 2008 et 2018 serve à masquer l'ampleur réelle des disparités raciales dans les activités d'application des règlements de la CTT, peut-on lire dans le rapport.

Le criminologue Scot Wortley devant un micro.

Le criminologue Scot Wortley étudie et compile des données raciales depuis des années.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Scot Wortley note qu'il y a eu une chute dramatique des incidents sur les personnes racisées entre 2014 et 2016 qui concorde avec cette baisse marquée de la collecte de données raciales.

Pour tenter de remédier au problème, les chercheurs recommandent fortement à la CTT de retirer aux inspecteurs l’option de donner un avertissement verbal puisque ces échanges informels ne sont pas documentés.

Selon l’avocate autochtone Caitlyn Kasper, il faut que cette collecte de données soit faite de manière systématique pour responsabiliser la CTT et ses employés.

Les auteurs de l'étude estiment que l'ensemble des données raciales dresserait un portrait encore plus sombre des pratiques du service de transport public.

Les prochaines étapes

Combattre le racisme systémique au sein de l'organisation passe par la formation, la responsabilisation et la réforme, selon les auteurs.

Les résultats de l'étude seront utilisés pour mettre en place des initiatives ciblées pour créer une organisation qui est inclusive pour les clients et les employés, affirme la CTT.

Une série de mesures sont en cours telles la création d’un projet pilote de caméra d'intervention pour ses agents sur le terrain.

Selon Akwasi Owusu-Bempah, il sera crucial de non seulement apporter ces changements, mais aussi d'en faire part au public.

Une mise à jour des progrès et des recommandations adoptées par la CTT sera faite au mois de juin.

Le rapport final des deux chercheurs est attendu au début de l'année prochaine. Il comprendra une analyse supplémentaire pour déterminer davantage le rôle que les préjugés raciaux peuvent jouer dans les décisions de conformité de la CTT.

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