•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La mort de Jacques Levesque au Manoir Liverpool était évitable, selon la coroner

Un homme sourit à travers une fenêtre.

Jacques Levesque est décédé subitement dans des circonstances nébuleuses au Manoir Liverpool quelques jours après cette photo.

Photo : Isabelle Levesque

Visiblement ébranlée par ce qu'elle a entendu au troisième jour de ses audiences publiques sur situation vécue au Manoir Liverpool, la coroner Géhane Kamel a dit rester sur l'impression que la mort de Jacques Levesque était« évitable ».

La journée de jeudi s'est ouverte avec l’écoute de l’appel qui a été fait au 911 le jour de l'accident. Les médias ne sont pas autorisés à révéler tout le contenu.

On y apprend que les employés du Manoir Liverpool ne sont pas intervenus auprès de Jacques Levesque, alors qu’il était en train de s’étouffer.

Il est possible de dire que cet appel permet de comprendre que les deux employées présentes n’ont pas tenté de dégager ses voies respiratoires.

Seules des manœuvres de réanimation ont été faites une fois qu’il avait complètement cessé de respirer et que les services d’urgence étaient en route vers le Manoir Liverpool.

J'avais peur de lui

Dans un témoignage ponctué de contradictions, l’infirmière auxiliaire qui s’occupait de M. Levesque a admis ne pas avoir fait la manœuvre de Heimlich qui vise à libérer les voies aériennes sur l’homme de 60 ans parce qu’elle avait peur de lui.

C’était une personne qui était très agressive quand il faisait de l’hypoglycémie. Il fallait faire très attention quand on l’approchait.

Une citation de :L'infirmière auxiliaire qui est intervenue auprès de Jacques Levesque

L’infirmière auxiliaire, que nous ne pouvons pas identifier, a raconté que le taux de glycémie de Jacques Levesque était très bas lorsqu’elle l’a mesuré, ce jour-là.

Rapidement, elle est allée lui chercher de la nourriture. Il a commencé par manger du pain avec du beurre d’arachides, a-t-elle expliqué, avant de prendre du jus d’orange, un morceau de banane et du fromage. Une solution de glucose liquide lui a aussi été administrée.

Il lui lance un mouchoir

Malgré cela, son taux de glycémie est demeuré trop bas. L’infirmière auxiliaire a raconté que M. Levesque est devenu dans un drôle d’état et qu’il vacillait de l’avant vers l’arrière, alors qu’il était assis dans son lit.

Selon elle, M. Levesque lui aurait lancé un mouchoir, un geste qu’elle a alors perçu comme un signe d’agressivité. Elle a cependant reconnu un peu plus tard qu’aucun son ne sortait de sa bouche.

À un certain moment dans son témoignage, l’infirmière auxiliaire a raconté que M. Levesque avait tout mangé, avant de confirmer qu’il avait encore de la nourriture dans sa bouche.

Elle aurait alors voulu approcher M. Levesque pour l’aider, mais sa collègue préposée aux bénéficiaires lui aurait dit de ne pas s’approcher en raison de son agressivité.

Je suis très impuissante. J’ai de la peine. Je me sens triste de ne pas pouvoir l’approcher, lui venir en aide.

Une citation de :L'infirmière auxiliaire qui est intervenue auprès de Jacques Levesque

La coroner s’impatiente

Devant les faits qui lui ont été présentés, la coroner Géhane Kamel s’est impatientée. Elle a remis en question qu’un simple mouchoir lancé ait été interprété comme un geste d’agressivité.

Cet homme-là est décédé alors qu’une collègue vous aurait dit de ne pas vous approcher, mais vous êtes membre d’un ordre professionnel, Madame? Vous avez l’obligation de porter assistance, a insisté la coroner.

Oui, a reconnu l’employée, mais pas de mettre ma vie en danger. Une réponse qui n’a visiblement pas plu à la coroner Kamel. Elle a alors demandé si M. Levesque n’aurait pas dû être secouru plus tôt, alors que son visage avait déjà changé de couleur en raison de la suffocation.

J’ai fait de mon mieux madame [...] J’avais peur de lui. La peur nous empêche de faire des choses.

Une citation de :L'infirmière auxiliaire qui est intervenue auprès de Jacques Levesque

L'employée a indiqué que Jacques Levesque n'a jamais été seul entre le moment où il a reçu sa nourriture et où l'ambulance est arrivée.

Trous de mémoire

En début d'après-midi, c'était au tour de l'autre employée présente lors de l'accident de témoigner. Tout au long de son interrogatoire, la femme peinait à répondre aux questions. La coroner Géhane Kamel a d'ailleurs qualifié son témoignage de très évasif.

Elle a notamment eu de la difficulté à expliquer précisément de quelle manière Jacques Levesque pouvait être agressif avec le personnel.

Cette préposée aux bénéficiaires a aussi dit ne jamais avoir eu connaissance que M. Levesque était en train de s'étouffer avec de la nourriture, même au moment où sa respiration a complètement cessé.

Pour moi, c’était plus une hypoglycémie qui se transforme en comateux qui arrive à la mort.

Une citation de :La préposée aux bénéficiaires qui est intervenue auprès de Jacques Levesque

Aussitôt contredite

Cette version des faits a été contredite peu de temps après par une employée du CISSS de Chaudière-Appalaches qui était aussi présente lors de l'accident.

Elle a dit se souvenir qu'après l'accident, la préposée aux bénéficiaires et l'infirmière auxiliaire pleuraient et lui avaient confié ne pas avoir tenté la manœuvre de Heimlichparce qu'elles avaient peur d'être agressées par M. Levesque.

L'employée du CISSS a aussi souligné la position inadéquate dans laquelle l'infirmière et la préposée avaient amorcé le massage cardiaque du résident.

D'ailleurs, la coroner Kamel a reproché cet élément à la préposée aux bénéficiaires, lui soulignant que jamais un massage cardiaque ne doit être prodigué alors que la personne inanimée est couchée dans un lit.

J’ai comme bloqué, a admis la préposée. Ça aurait peut-être été différent si j’avais vécu ça avant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !